Christelle Paré épouse Dabré, journaliste sportive : « Il faut faire vos preuves pour mériter ce qui vous est dû »

Courageuse et passionnée de sport, Christelle Paré épouse Dabré est journaliste sportive à la Radiodiffusion télévision du Burkina (RTB), section télévision. Elle a réussi à se frayer un chemin et se faire une place dans ce milieu à priori masculin.  À   l’honneur dans notre rubrique de la semaine, elle nous raconte son parcours.

Il ne faut pas s’en tenir au fait qu’on soit une femme dans un milieu masculin

 

Pouvez-vous nous parler de votre formation et nous présenter votre métier de journalisme sportif ?

Je suis titulaire d’une maitrise en communication et journalisme option journalisme obtenue à l’Université de Ouagadougou. Après la maîtrise, j’ai commencé  à travailler à la télé. Après la télé, j’ai fais une formation de deux ans à l’Institut des sciences et techniques de l’information et de la communication (ISTIC) et je suis sortie avec le diplôme de conseiller en sciences et techniques de l’information et de la communication. Pour ce qui est de mon métier de journaliste sportif, c’est comme le journalisme tout court. Juste qu’on s’intéresse à un domaine particulier, de passion et d’émotion.

 

Quel a été votre parcours pour devenir journaliste sportive ?

Ici c’est un peu dommage, mais on ne forme pas le gens spécifiquement dans ce domaine, c’est plutôt une formation du genre générale. Moi, je suis arrivée à la télé par un concours de circonstances. À ma troisième année, j’ai fait un stage à la télé en 2005 où j’étais à la rédaction au niveau du journal télévisé (JT).  Après ma maîtrise, j’ai demandé un autre stage à la télé pour me perfectionner. En ce moment, le directeur c’était Yacouba Traoré. Il nous a fait savoir qu’il y a des places qu’on voudrait féminiser un peu, notamment le service des sports. Il nous a demandé si on était intéressée. J’ai donnée mon accord, car c’était un défi pour moi. J’avais même fait un sujet quand j’étais toujours à l’université sur l’absence des femmes dans les rubriques sport et politique. Ainsi quand l’opportunité s’est présentée, je n’ai pas hésité et depuis novembre 2007, je suis dans ce domaine. On était 3 au départ.

 

Quelles sont les qualités et compétences requises pour pratiquer ce métier ?

Comme tout métier de journalisme, il faut d’abord être curieux et surtout humble, parce qu’on ne finit jamais d’apprendre. Au niveau du sport, il faut de la passion. C’est surtout cet élément qui peut faire la différence entre le journalisme classique et le journalisme sportif. Parce qu’au sport, quand on n’est pas passionné, c’est compliqué.

 

Est-ce qu’il vous est arrivé des situations où vous aviez l’impression d’avoir été traitée avec faveur dans ce milieu ?

Je ne dirai pas du tout. C’est vrai qu’on a été bien accueilli quand on est arrivé, mais le défi c’est qu’on était attendue de pieds fermes. La moindre erreur n’était pas permise. Mais cette attitude est compréhensible, car ce n’est pas parce que nous sommes des femmes que tout nous sera facilité. Il faut bien qu’on fasse nos preuves. C’est d’ailleurs  grâce à ces critiques que nous nous sommes améliorées jusqu’à ce jour.

Le journalisme sportif est un métier de passion

 

Est-ce qu’à un moment donné vous avez essayé de quitter ce milieu ?

Oui ! A plusieurs reprises. Et jusqu’à présent, parfois je me demande si j’ai fait le bon choix parce que vraiment, ce n’est pas facile. Tu as l’impression quelques fois de ne pas être comprise, qu’on essaie de te mettre les bâtons dans les roues. Avec la situation, vous voyez qu’il n’y a plus de femme dans le milieu. Je suis la seule présentement qui sois là. C’est vrai qu’il y a une qui est venue s’ajouter, mais je veux dire parmi les pionnières. On était 3 au départ, les deux sont parties, moi je suis restée. Mais, c’est vraiment compliqué.

 

Quels conseils avez-vous à donner aux femmes qui veulent se lancer dans le journalisme sportif ?

Je les encourage vraiment à s’y lancer. C’est parce qu’il n’y a pas assez de femmes maintenant qu’il y a toujours un peu de la méfiance. J’invite les filles, les femmes qui s’y intéressent à venir, car c’est très intéressant, c’est exaltant. Et c’est aussi une autre manière de faire le journalisme qui est beaucoup plus de la passion. Vous rencontrez les gens, vous partagez leurs émotions, vous partagez leurs déceptions. Aussi, il ne faut pas s’en tenir au fait qu’on soit une femme dans un milieu masculin. Il faut faire vos preuves pour mériter ce qui vous est dû. Il faut être humble, cultivé, accepter de se remettre en cause ; tout cela additionné à une dose de passion pour avoir sa place dans ce domaine.

 

Quels sont vos plus beaux souvenirs dans ce métier ?

Grâce à ce métier, j’ai eu la chance de visiter beaucoup de lieux. Je me rappelle une fois j’étais à Alger, précisément à Sétif pour suivre un match, j’étais là seule femme dans le stade. J’ai été aussi au Niger, à Niamey où nous avons eu la chance de rencontrer le président de la Fédération de football du Niger. Mais, il n’avait pas voulu parler. J’avais un collègue que j’ai connu au cours d’une formation à Bamako qui s’est adressé au président en lui signifiant que j’étais la seule femme du groupe. Grâce à cette remarque, il a accepté parler. Ce sont des moments de joie pour moi. Il y a aussi les moments de tristesse. Lorsque tu commets une erreur et qu’on te tombe dessus d’une manière assez déconcertante, bien que cela nous amène à nous améliorer, c’est quand même frustrant des fois.

Aïcha TRAORE

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