Décès en détention d’Aminata Guelwaré, attention à la dérive

Condamnée au même titre que d’autres personnes après le procès du coup d’Etat de septembre 2015, Aminata Guelwaré n’a pas eu la chance. Malade, elle s’est éteinte ce 3 octobre 2020 des suites de maladie. Du coup, la toile, le landernau politique et des acteurs de la société civile, se sont emparés du dossier. Exigeant certains une autopsie du corps car pour eux, c’est parce que militante engagée et déterminée, et en détention, qu’elle a trouvé la mort. Sans doute soupçonnent-ils quelqu’un d’être à l’origine de cette mort que tout le monde aurait voulu éviter.

Toute mort fait mal. En outre, toutes les morts sont égales. Ce qui revient à dire que même militante engagée dans un parti ou dans la société civile, sa mort n’est pas différente, sur le plan biologique, de celle de toute autre personne en détention, quelles que soient les raisons. Par conséquent, il ne sied pas de la particulariser quand bien même qu’il faut se battre pour éviter que des gens meurent en prison.

Aussi, au regard de la suspicion qui pouvait survenir et qui est finalement survenue à l’annonce du décès de cette militante, la justice aurait dû autoriser l’autopsie du corps. Même contre la volonté de la famille car, une fois morte dans les circonstances que l’on connait, le corps d’Aminata Guelwaré n’appartient plus entièrement à sa famille. La preuve en est qu’aujourd’hui, il s’est trouvé des partis politiques, des organisations de la société civile et des Burkinabé lambda pour réclamer justice pour elle. C’est de bonne guerre, mais il faudra travailler à ne pas accentuer davantage la douleur des parents et amis de la défunte. Car en effet, personne ne peut souhaiter qu’un détenu meure en prison. Malheureusement, ils sont nombreux qui y meurent presque chaque jour, dans l’anonymat le plus total. Eux tous ont besoin de la compassion de tous.

La mort d’Aminata Guelwaré ne devrait en aucun être récupérée pour quelles que raisons qu’elles soient. Les raisons de se battre pour elle existent certainement. Mais, elles ne devraient pas aller au-delà du simple fait que sa mort afflige tout le monde. Y compris ceux avec qui elle n’avait pas de relations de militantisme.

Tout compte fait, le coup d’Etat de septembre a fait des morts dont les ayant-droits attendent toujours d’être indemnisés. Il y a des Burkinabé qui portent à jamais les séquelles de ces folles journées qui ont suivi le coup. Alors, au nom de la paix, de la cohésion sociale et pour le repos de l’âme de la défunte, il faut savoir faire la part des choses. Djibrill Bassolé a bénéficié d’une liberté pour raison de santé et se soigne depuis longtemps en France. D’autres en ont bénéficié. D’autres en bénéficieront.

Dénis Dafranius SANOU

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