Politique : « J’ai été exclu du MPP sans être entendu » Alphonse Somda, maire de Diébougou

Lorsque nous l’avons contacté pour cette interview, Alphonse Somda a tout de suite donné son OK. « Vraiment j’ai besoin de m’exprimer”, a-t-il justifié. En effet ce dernier vient d’être exclu du MPP, sans être averti ni blâmé. Et pourtant le maire de Diébougou dit ne rien se reprocher. Dans cet entretien exclusif, Alphonse Somda, nous parle du travail que lui et l’ensemble de son conseil municipal abattent à la tête de cette mairie, mais des bisbilles qu’il a avec le secrétaire général provincial du MPP, de la loi sur le nomadisme politique et de son avenir politique. Nous l’avions rencontré ce samedi 8 mai 2021, à la mairie de Diébougou en plein chantier et qui fait face, comme la ville, à de nombreux délestages.

Monsieur le Maire, en quelques mots, présentez nous votre commune ?

La commune de Diébougou est une grande commune de 534 km2 ; avec une population estimée à plus de 63 mille habitants selon le dernier recensement. Au niveau des instances de la commune, nous avons un conseil municipal fort de 77 conseillers, un personnel communal riche de 26 agents.

Votre mandat tire vers sa fin, quel bilan à mi-parcours pouvez-vous dresser ?

Il est très difficile pour le maire que je suis de parler de ce qu’il a fait. Je suppose que lors de votre arrivée à Diébougou vous avez tendu votre micro aux populations pour recueillir leurs avis. Si vous ne l’avez pas fait je vous demande de le faire prochainement. En effet c’est ce que retiennent les populations qui est important. Car ce sont elles qui sont mieux placées pour parler et apprécier notre bilan. Nous avons une éducation qui ne nous permet pas de nous vanter en parlant de ce que nous avons fait.

Mais vous aveiz un programme et des objectifs à atteindre ; qu’avez-vous pu faire jusqu’à présent ?

Notre programme, il était riche. Avant de venir à la mairie j’avais écrit un programme que j’ai intitulé “Mes actions pour Diébougou”. Dans ce programme j’avais priorisé les domaines de l’éducation, de l’accès à l’eau potable et le développement des infrastructures et la santé. Dans le domaine de l’eau potable et de l’assainissement, dès notre prise de service, il était question de travailler à organiser notre commune par rapport à notre vision. Avant même d’être maire je menais des actions de développement et je connaissais les problèmes de cette commune.

Si vous devriez donner un pourcentage de réussite de vos projets, à combien vous l’évaluez ?

Sur la question de l’eau potable, nous avons décidé en premier lieu de la construction d’un forage dans chaque quartier ou dans chaque village ; nous avons devancé ce qui est aujourd’hui la politique nationale appelée “Système multi-villages”. En 2017, nous avons pris une délibération en conseil municipal qui redécoupait notre commune suivant le système des zones multi-villages qui nous a permis d’avoir six zones. Cela veut dire que, à partir d’un point d’eau ou d’un château d’eau, nous distribuons l’eau dans un réseau de villages. Au niveau de l’assainissement nous avons deux villages sur trente-une communes déclarées propres. Le taux d’assainissement est plus élevé en zone rural qu’en zone urbaine.
Sur le plan de l’éducation, où moi-même je suis un grand acteur, jai participé à la construction d’écoles avant même que je sois maire. Quand j’ai pris service, je me suis engagé à effectuer une visite dans toutee les quarante écoles de la commune en compagnie des CCEB et des représentants de la direction provinciale de l’éducation. Nous avons touché du doigt les réalités de nos écoles en ressentant les problèmes qui y sont. A la fin de cette tournée dans les écoles nous avons établi un rapport qui est devenu pour nous un guide. Nous nous sommes retrouvés avec plus de deux mille enfants sans actes de naissance. Et nous avons déposé auprès un projet auprès de l’UNICEF pour nous financer afin que ces enfants puissent avoir des actes de naissance. C’était une première de voir l’UNICEF financer directement une commune. Et nous avons donné plus de trois mille actes de naissance grâce à ce soutien.
Après les actes de naissance, nous avons doté tous les quarante-deux écoles de drapeaux. Depuis notre arrivée, chaque année nous construisons deux salles de classe sur fond propres de la commune.

Votre mandat a été prolongé, et il vous reste plus d’une année à la tête de cette commune. Quelles sont vos priorités pour la suite ?

Nous avons comme actions prioritaires la construction de caniveaux dans la ville de Diébougou. Si vous connaissez bien la ville vous allez constater que c’est pendant notre mandat que la commune a bénéficié du plus grand nombre de routes réalisées depuis le premier lotissement en 1953. Nous voulons travailler donc à sécuriser ces routes. Nous avons des ambitions et non des moindres à savoir, équiper nos routes de feux tricolores. Il y’a également des infrastructures marchandes que nous voulions réaliser. Nous avons eu l’accompagnement de l’Etat à travers le Programme d’appui aux collectivités territoriales (PACT) à hauteur de 25 millions de FCFA pour la construction au sein de la mairie de bureaux et d’une nouvelle salle de réunion qui pourra contenir l’ensemble des conseillers. Ainsi nous avons approché des partenaires et avec nos fonds nous avons décidé de construire cinq bureaux et une grande salle de réunion. C’est ainsi que vous constaterez que la mairie est en chantier actuellement.

Vous avez été élu sous la bannière du MPP, comment se porte ce parti à Diébougou ?

Je pense que je ne suis pas la bonne personne à qui vous devez poser cette question. Mais ce que je sais, c’est qu’effectivement j’ai été élu sous la bannière du MPP avec tous les problèmes que rencontrent les grands partis. A Diébougou, vous devez tendre le micro au premier responsable du parti, c’est à lui de vous donner les nouvelles du parti.

En tant de responsable et membre du parti, vous êtes quand même autorisé à parler de votre parti ?

J’ai été exclu du parti. J’ai été exclu du parti parce que j’aurais soutenu un autre candidat qui n’est pas celui du MPP. Tout mon mandat, je n’ai jamais eu un soutien du député de ma formation politique malgré les problèmes que j’avais. J’ai fait face à toutes sortes de problèmes ; vous pouvez vous renseigner en ville. La crise d’orpaillage de loto, il y a eu mort d’hommes. L’éboulement qui a causé la mort de seize personnes, je ne l’ai pas vu ; lors de l’attaque terroriste, il n’était pas présent. Et c’est ce dernier qui doit être reconduit ! Et je le dis ce n’est pas faute de n’avoir pas informé la hiérarchie. J’ai écrit et j’ai tenté d’avoir un rendez-vous avec le président du parti. Je vais vous surprendre qu’il m’est arrivé d’obtenir à trois fois le rendez-vous à partir de Diébougou. Je me déplace à Ouagadougou avec mon groupe car je ne me déplace pas seul. On passe une nuit à l’hôtel, et toute la journée à Ouagadougou et on est pas reçu et on rentre à Diébougou. Dans toute chose, il y’a une logique. Pendant la campagne, je n’ai jamais participé à aucun meeting et rassemblement que celui du MPP. Je peux vous dire que je suis l’un des artisans du résultat obtenu par le président du Faso dans notre commune. Et dans cette commune, je suis un grand militant du parti.

Pensez-vous que ce sont des accusations gratuites dont bous avez été l’objet ?

J’ai été exclu du MPP sans être entendu. Personne ne m’a appelé pour quoi que ce soit. J’ai reçu uniquement une note me signifiant mon exclusion. J’ai entendu un vocal de Simon Compaoré dire qu’il a battu campagne pour le mouvement SENS. Et on est venu me remettre ma notification. Même dans une simple association ce n’est pas comme cela que ça se passe. Les sanctions sont graduées : avertissement, blâme et exclusion. Depuis mon arrivée dans le parti, des gens se sont opposés mais nous avons gagné aux élections. La commune de Diébougou est divisée en trois zones. Il y a la zone de Diébougou qui pourvoit à 29 conseillers, la zone de Bala 28 conseillers et la zone de Bamako 20 conseillers. Chaque leader bat la campagne dans sa zone. Nous avons été battus à Diébougou ; sur les 29 conseillers le MPP a eu 13, à Bamako sur les 20 , nous n’avons eu que 8. C’est dans la zone de Bala que sur les 28 conseillers, le MPP a obtenu 20. Et c’est l’avance prise dans cette zone qui a fait qu’on a gagné les élections. Des gens ont tapé la poitrine pour dire que tant que qu’ils seront “secrétaire général”, je ne serai pas maire de Diébougou. Nous avons plusieurs fois attiré l’attention de tous les grands responsables du parti sur la problématique. Tout le monde est au courant. En 2016 si un évènement arrivait on allait me jeter en prison alors que je n’étais pas au courant. Lorsque nous étions au primaire, les jeunes ont décidé que cette fois-ci c’est moi, ou personne ne sera mairie. Les jeunes avaient décidé que si les gens venaient de Ouagadougou leur imposer un autre candidat que moi, ils mettraient automatiquement le feu a tous les véhicules. Et tout cela était organisé sans que je ne sois au courant. Les gens sont bien informés de ce qui se passe à Diébougou ici ; que ce soit le Premier ministre ainsi que le président du parti, Simon Compaoré.
Vu que vous n’avez plus d’autre recours, dans quel parti politique allez-vous déposer vos valises ?
J’ai été exclu. Quand on vous exclut d’un parti vous faites quoi ? D’abord les gens ne veulent plus vous voir ; ils sont plus forts que vous. Dans la vie, la seule chose que l’on ne pas cacher ce sont les liens familiaux. Dans tous les cas, nous ‘ius somme satisfaits de ce que nous avons fait comme réalisations. Après cette interview je vous demande de sortir et de recueillir les avis des populations par rapport à nos résultats. Pour le moment, je ne peux dire où je vais déposer mes valises.

Après votre exclusion du MPP, allez vous terminer votre mandat ou quitter la mairie ?
Pourquoi quitter la mairie ? Les textes sont clairs là-dessus. Et les textes sont faits pour être appliqués. La loi sur le nomadisme politique est claire. C’est écrit dedans que tous les élus qui démissionnent librement de leur formation politique sont déchus de leur mandat. Je n’ai pas démissionné du MPP c’est eux qui m’ont exclu. De la même façon que la loi protège les formations politiques, c’est de cette même manière qu’elle protège les individus.
Avez-vous l’ambition de briguer un autre mandat même si ce n’est pas sous la bannière du MPP ?
Vous savez que c’est la population elle-même qui m’a demandé d’être maire. En temps opportun, si la même population m’appelle encore je serai là pour répondre. A toute la population de Diébougou je dis merci, merci pour la compréhension, pour l’accompagnement, pour le soutien et la confiance.

Interview réalisée par

Firmin OUATTARA
Retranscrite par Aymeric Kani

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