Démissions des partis politiques, rien que pour des intérêts personnels

Depuis la confection et la publication des listes de candidatures des partis politiques aux élections législatives de novembre prochain, il ne se passe pratiquement pas un seul jour sans qu’on assiste à une démission dans un parti politique. Qu’ils soient de la majorité ou de l’opposition, ils sont tous atteints par ce syndrome. Qui, en vérité n’est pas du tout nouveau sous nos tropiques. C’est d’ailleurs l’un des points communs à tous les partis politiques si bien qu’ils sont tous coutumiers du phénomène.

En effet, c’est ce qu’on a appelé à un moment donné (et qui l’est toujours) le nomadisme politique. Exactement comme des bergers nomades qui se déplacent  avec leurs troupeaux en fonction des saisons, à la recherche de quoi faire paitre les animaux. C’est donc la saison du nomadisme politique où chaque homme politique décide de quitter un parti politique pour un autre,  parce que ses intérêts personnels ne sont plus garantis là où il était. Quel cynisme ? Des députés n’ont pas trouvé mieux que d’attendre le dernier mois de la législature pour démissionner de l’Assemblée nationale (donc du parti qu’il représentait), parce qu’ils n’ont pas voulu perdre leurs intérêts au Parlement. Des conseillers municipaux en ont fait de même, parce qu’ils n’ont pas été bien classés sur les listes de candidature. Si bien que le paysage politique, à défaut d’être lézardé, est en pleine recomposition. Chacun veut mieux se positionner pour garantir ses propres intérêts pour les cinq prochaines années. Et c’est cela la politique, la démocratie au Burkina, comme dans d’autres pays d’Afrique.

Cette pratique éhontée du nomadisme politique est la preuve palpable qu’il n’y a pas d’idéal en politique. Il n’y a pas non plus ni d’idéologie ni de conviction qu’on défend. A la limite, s’il y a un domaine dans lequel la moral est morte depuis longtemps, c’est bien celui de la politique. Où le seul engagement qui vaut semble être l’intérêt pour soi-même. Comment veut-on que dans un tel contexte, les populations aient confiance ?

Cela n’est certainement pas surprenant car c’est seul au Burkina Faso où n’importe qui, sans aucun passé militant ni syndicaliste, devient du jour au lendemain un homme politique. Comme si c’est lorsqu’on a échoué dans tous les domaines qu’on fait la politique. Qui devient ainsi un gagne-pain et non un domaine où on défend les intérêts de la communauté.

Les pouvoirs publics doivent se donner les moyens d’épurer le milieu politique. Car, c’est à partir de lui que partent toutes les dérives qui gangrènent ainsi l’ensemble de la société. Comment veut-on que le citoyen lambda soit civique, alors que l’homme politique qui le lui demande est pire que lui ? Comment peut-on demander aux Burkinabé d’être des hommes intègres, alors que l’homme politique qui l’exige ne l’est pas ? Les élections doivent toujours être des occasions de consolidation de la démocratie et des valeurs qu’elle défend. Malheureusement, avec une telle classe politique, elles constituent un risque de division sociale.

Dabaoué Audrianne KANI

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