Entretien avec Aly Sy TRAORÉ

Brillant dans tout ce qu’il fait, études, boulot et vie associative, Aly Sy TRAORE, est l’exemple parfait du Burkinabè qui travaille et aime ce qu’il fait. Ce Responsable d’Exploitation d’une plateforme logistique chez Carrefour, une des plus grandes entreprises de grande distribution en France, où il réside depuis 2009 a suivi des études en Gestion de l’Eau, en Génie Industriel et s’est spécialisé avec un master spécialisé en Logistique dans une prestigieuse école de commerce à Bordeaux. Attaché à son Bobo natal, il voit les images de Sya quand il est à Paris, Lyon, Bordeaux, Saint-Étienne et Marseille.

 

Aujourd’hui Bobo c’est quoi pour toi ?

Ça c’est une question qui n’est pas facile à répondre dans le sens où je suis loin de Bobo ; cela n’enlève rien à la réalité de mes sentiments. La vérité, c’est que Bobo est la ville à laquelle je me sens le plus attaché. Depuis que j’ai quitté Bobo, j’ai fait plusieurs villes. La toute première fois c’était pour faire un détour au Collège de Toussiana. Plus tard,  ce sera le grand saut avec ma venue en France, j’ai vécu à Lyon, à Bordeaux, Sainte Etienne, Paris, en Provence. Mais jamais, je n’ai trouvé une ville aussi chaleureuse que Bobo ; jamais je n’ai trouvé un environnement aussi épanouissant tant humainement que culturellement. Je dirais même que Bobo c’est la meilleure ville que je connais. D’ailleurs je dois tout à Bobo parce que j’estime que mon parcours commence tout d’abord là-bas. Si je réussis aujourd’hui ce que j’entreprends, c’est grâce au mental que j’ai pu me forger aux côtés des Bobolais, jeunes de mon âge ainsi qu’auprès des aînés, mes «kôrôs». Ces derniers m’ont inspiré à travers leurs expériences et m’ont montré la voix grâce à leurs conseils. Ainsi je suis devenu un homme concentré sur ses objectifs malgré l’adversité, je sais garder mon calme quelle que soit la situation et je voue un profond respect aux aînés et à mes hiérarchiques. Ces valeurs me guident tous les jours et c’est Bobo qui me les a inculquées.

 

Quels sont les lieux, les quartiers, les bâtiments qui t’ont marqué à Bobo ?

Mon quartier c’est Accart-Ville, c’est à Accart-Ville que j’ai grandi. Ce qui est bien avec Accart-Ville c’est que ce n’était pas loin «de la brousse». Le secteur 22 est arrivé plus tard. Enfants, on se permettait d’aller ainsi découvrir la brousse. Nos promenades dans ces coins-là, m’ont marqué et permis d’apprendre énormément. Bobo, c’est une grande famille dans une seule ville où on s’épanouit aux côtés de toutes et tous. Tout le monde connaissait tout le monde et les adultes ne laissaient pas les jeunes prendre des initiatives déviantes sans intervenir. Bien que les «kôrôs» ne soient pas de ta famille, cela était un devoir pour eux. Ça c’est la ville de Bobo !

Bobo est doté de beaux bâtiments emblématiques, mais c’est un quartier qui m’a toujours impressionné à savoir le secteur 5. C’est un quartier où on a l’impression que Bobo n’est pas arrivé, on est plongé dans un autre monde. Observer ce quartier sans prendre de recul conduirait à ne voir que des règles occidentales et une distance humaine. Cependant, à travers des interactions avec des gens qui habitent dans ce quartier – comme j’ai pu faire l’expérience aux collèges de Toussiana et de Tounouma – on découvre que malgré le semblant de cordon occidental qu’on pourrait imaginer, les habitants du 5 sont bel et bien des Bobolais authentiques par la personnalité, par la générosité, par la manière de voir les choses ; finalement dans cette ville de Bobo, il n’y a point d’endroit où sa culture et ses valeurs ne pénètrent !

«A Bobo tout le monde connaissait tout le monde et les adultes ne laissaient pas les jeunes prendre des initiatives déviantes sans intervenir»

 

Que voulez-vous dire par les valeurs et la culture de la ville de Bobo ?

A Bobo, la manière de voir les choses c’est une attitude positive ! C’est aussi cette attitude d’être toujours à l’écoute des autres pour être à leur service. Cela fait également partie de l’attitude positive du Bobolais ; et ensuite on peut aussi relever l’attitude qui peut sembler un peu négative du Bobolais, comment dirais-je ? C’est important à bien cerner ce que je veux dire, c’est que le Bobolais, sait se débrouiller mais n’exploite pas toujours la totalité de son potentiel. Voici un aspect qui doit être amélioré dans la ville de Bobo car quoi qu’il advienne, il y a toujours un soutien, une main tendue pour te sortir des difficultés. Avec le temps et le recul, c’est ce que moi j’ai pu constater comme aspect négatif de notre solidarité et de notre vivre-ensemble. Nous devons vraiment prendre en compte cet aspect et nous améliorer pour le bien des générations à venir. D’ailleurs je suis engagé dans une association qui contribue à cela à Bobo entre autres villes.

 

Quelles sont les principales activités de cette association ?

En effet, je suis Coordonnateur de l’Association Faso Durable qui est une association de Burkinabè installés en France et au Burkina Faso. Elle œuvre dans le domaine du Développement Durable au Burkina Faso et a pour ambition de contribuer à apporter des solutions et des réalisations concrètes pour aider le Burkina Faso à lutter contre l’avancée de la désertification et contre l’ensemble des conséquences catastrophiques du changement climatique.

On a un partenariat avec l’arrondissement n°7 de Bobo-Dioulasso avec qui nous montons des projets dans le domaine de la gestion de l’eau, autour aussi de campagne de reboisement car notre ville perd de plus en plus la densité d’arbres que l’on pouvait y connaître à l’époque. Nous avons aussi entrepris une action pour venir en aide aux personnes vulnérables économiquement à cause du coronavirus. Nous avons ainsi distribué des vivres et des produits de désinfection à Bobo et à Ouaga. Notre projet phare a été lancé en octobre 2020 dans le domaine de l’éducation. On parraine des filles et des garçons qui sont malheureusement des orphelins et qui vont au collège dans des conditions difficiles.  L’association à travers les cotisations de ses membres et de donateurs prend en charge les scolarités de ces jeunes et les accompagne dans leur parcours.

 

Comment rendre Bobo attractif sur le plan économique ?

La première étape pour moi c’est que les Bobolaises et Bobolais réalisent la richesse et le potentiel de Bobo-Dioulasso. Moi, mon domaine c’est l’industrie donc je vais me focaliser sur l’industrie parce que Bobo ne réalise pas assez son potentiel industriel. Si vous connaissez bien le Burkina Faso, vous savez bien que les régions des Hauts-Bassins et des Cascades, représentent le grenier du pays. On produit énormément de matières premières dans notre région. Cependant nous assistons impuissants, à la désertification industrielle de la ville depuis maintenant 30 ans. Le pire c’est qu’en plus de perdre de plus en plus sa capacité industrielle, Bobo continue à compter parmi ses habitants une jeunesse meurtrie par le manque d’emploi. D’une part nous avons une production abondante et diversifiée de produits agricoles. D’autre part nous avons une démographie très dynamique avec une population bobolaise estimée en 2020 à plus de 800 000 âmes. La région dispose donc également d’un énorme réservoir de main-d’œuvre ainsi que d’un marché de consommation conséquent. Bobo-Dioulasso représente ce que le «consommons Burkinabè»  peut offrir de meilleur, mais seulement comment faire ?

Pour profiter de ce formidable potentiel industriel de Bobo, et rendre plus attractive la région, je pense que la première étape c’est la formation. D’ailleurs j’ai un projet que je suis en train de mettre sur place avec des amis qui est de former les jeunes, de les pousser vers l’entreprenariat et aussi se faire embaucher dans les entreprises. L’esprit d’entreprenariat et surtout l’auto-entreprenariat permettront dans une première étape de transformer les produits locaux, pour une consommation locale et nationale.

L’étape suivante devrait être la dynamisation du secteur bancaire pour apporter des capitaux en quantité suffisante et dans des conditions adéquates pour enclencher la montée en gamme des capacités de production de la région. Cela permettra de faire des économies d’échelle massive conduisant à une compétitivité certaine de nos entreprises industrielles. Ce sera alors venu le temps, d’écouler massivement la production burkinabè dans toute la sous-région ouest-africaine ainsi que vers l’internationale. Avec une telle vision, je suis convaincu que Bobo peut être la boîte de vitesse du développement industriel du Burkina Faso.

 

Quels sont les conseils que vous donnerez par exemple à Monsieur Nikiéma ou bien à madame Ouattara qui cherchent à investir à Bobo ?

A mon avis sur un marché primaire comme le nôtre, nous devons faire preuve de pragmatisme. Il faut regarder ce que consomme le plus grand nombre de Burkinabè. Une fois cela identifié, l’étape suivante est de regarder parmi ces produits quels sont ceux que nous importons le plus. Une fois qu’on a identifié cela, il faut miser notre énergie sur ces produits importés massivement et proposer des solutions de productions locales quitte à y aller «molo molo». Prenons l’exemple du pain, toute la farine de blé est importée de l’extérieur vers le Burkina Faso, alors que nous avons la capacité de produire du blé au Burkina. Donc quelqu’un qui me demanderait par exemple de le conseiller sur un investissement au niveau de la région de Bobo moi je pense que cette personne-là devrait investir dans la production et la transformation du blé. C’est un exemple parmi tant d’autres et je me tiens à disposition de tout investisseur pour cheminer de la réflexion à la réalisation concrète au service du Faso !

Entretien réalisé par

Kibidoué Éric BAYALA

 

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