Entretien avec Philippe Pruvost : Bobo ressemble à un lieu de pèlerinage

Pour Philippe Pruvost, Bobo une fois, c’est Bobo pour toujours ! Dans ses souvenirs, Bobo ressemble à un lieu de pèlerinage. Et comme dans toutes les religions, les pèlerins suivent des rituels et des cultes. Aussi, est-il souvent revenu à Bobo, revoir la ville, échanger avec des anciens amis et voir Bobo changé. Dans cet entretien, il parle de Bobo ; on y ressent la nostalgie du vécu du Français qui a séjourné à Bobo à la fin des années 70.

J’ai été affecté en novembre 1978 comme Volontaire du Service national (VSN) au “Centre culturel Franco-Voltaïque ” de Bobo-Dioulasso

Comment as-tu connu Bobo?

A la fin de mes études j’aurais dû effectuer mon service militaire, alors obligatoire. J’ai tenté une autre option en déposant un an auparavant un dossier de candidature auprès du ministère de la Coopération à Paris pour un service civil à l’étranger. J’ai eu la chance d’être retenu et j’ai été affecté en novembre 1978 comme Volontaire du service national (VSN) au «Centre Culturel Franco-Voltaique» de Bobo-Dioulasso (devenu plus tard le Centre Culturel Henri Matisse» puis aujourd’hui «L’institut Français »)

J’avais déjà voyagé un peu en Europe, en Amérique du Nord et en Asie, mais c’était mon premier séjour en Afrique noire. J’ai donc vécu à Bobo de novembre 1978 à décembre 1979. Le Ministère de la Coopération avait pensé me faire plaisir en me libérant pour Noël alors que je n’avais qu’une seule envie, rester à Bobo !

Pourrais-tu s’il te plait nous dire ce que tu faisais comme travail au Centre Culturel Français ?

Là, il faut que je parle un peu de ce pourquoi j’étais là, à savoir mon rôle au Centre Culturel.

J’étais en quelque sorte un peu animateur, un peu organisateur, d’autant que mon patron, très occupé, cumulait les fonctions de Directeur du Centre et de Consul Honoraire de la France.

C’était un endroit qui, en journée, était très fréquenté par les adolescents et écoliers des établissements scolaires de la ville. Le Centre employait 9 personnes, le directeur et moi-même inclus. Son premier centre d’intérêt était la bibliothèque qui comptait 11 000 livres et était gérée par 3 personnes. Je dois citer parmi ces trois-là mon grand copain burkinabé, Boniface, collègue au Centre et camarade au dehors, décédé trop tôt en 1997 autour de la quarantaine. Il y avait aussi «Majesté», Conombo Jean Gustave (dit Tonton Drissa, dans Bobo-Diouf). Le Centre proposait toutes sortes de manifestations : expos de photographies, poteries, batiks, sculptures, dessins, bronzes, et j’en passe. En soirée, nous recevions des conférenciers racontant leurs voyages, des orchestres, des poètes, des troupes de théâtre, sans oublier le ciné-club. Ces manifestations étaient le fait aussi bien d’artistes burkinabé ou africains que d’artistes français rémunérés par la France et qui assuraient des représentations dans les divers Centres Culturels Français à travers le monde.

Combien de fois es-tu retourné à Bobo après ton premier séjour ?

Je suis retourné à Bobo en 1982 avec ma première compagne, rencontrée à Paris peu de temps après mon retour de Coopération. Puis, sur un coup de tête, seul en 1988. Et encore une fois, seul, en 1998 en pleine Coupe d’Afrique des Nations (CAN 98). Bobo ne me quittait pas. Les années ont défilé, et j’ai mis 20 ans avant de revenir en novembre 2018, 40 ans exactement après mon premier séjour. Avant de prendre ma retraite en septembre 2018, je m’étais dit que mon premier voyage, presque un pèlerinage, serait pour le Burkina. J’avoue que j’ai hésité un peu à cause de la situation sécuritaire à Ouaga, dans le nord et à l’est du Faso. La nostalgie l’a emporté ainsi que l’envie de revoir Arouna et Jean-Paul, les 2 survivants, avec moi-même, de l’équipe des 9 personnes qui travaillaient au Centre Culturel.

C’est quoi Bobo pour toi aujourd’hui ?

Quand je suis arrivé en bus de Ouaga, je n’ai pas reconnu les faubourgs de la ville. Tout était nouveau, ville étendue, grandes avenues, ronds-points, constructions diverses. Ce n’est que dans le taxi entre la gare routière et le centre-ville que Bobo m’est petit-à-petit revenu en mémoire.

 

Ce qui m’a impressionné, c’est l’explosion démographique. Entre 600 000 et un petit million d’habitants d’après ce que j’ai lu. En 1979 nous étions environ 120 000 Bobolais. A rapprocher des 21 millions de Burkinabé contre 7 millions il y a 40 ans. Dans le centre-ville, j’ai eu parfois un peu de mal à traverser la rue vu le trafic incessant des vélos, des motos et des voitures. Cela étant, le charme de la ville opérait toujours avec ses grandes avenues ombragées et la multiplicité de ses petits commerces.

Quels sont les lieux, les quartiers, les bâtiments qui t’ont marqué à Bobo ?

Je ne vais pas être très original : le grand marché d’abord avec son animation et sa belle architecture. Mais j’ai retrouvé, compte-tenu des circonstances évoquées plus haut, un marché sans aucun tourist ;  ce qui m’a procuré une sensation un peu étrange.

La mosquée de Dioulassoba ensuite. Quand je suis repassé la voir elle était en rénovation, ceinturée par une palissade en tôles. Les ouvriers m’ont quand même permis de faire quelques photos. Et bien sûr la gare, la fameuse gare de Bobo avec sa grande place. Aujourd’hui SITARAIL. De mon temps la RAN.

Sinon, je fréquentais en soirée l’hôtel restaurant « l’Auberge» tenue par Hélène et Samir. Sa position centrale en faisait le point de rencontre des Coopérants, membres d’ONG, militaires français, commerçants et entrepreneurs Burkinabé, ainsi que de quelques demoiselles. Le soir, vu que je n’avais qu’un malheureux poste de radio chez moi, je trainais dans quelques maquis et dans mes 2 discothèques préférées, «la Renaissance » et « Vénus», aujourd’hui disparues. Et il y avait bien évidemment les spectacles du Centre Culturel : ciné-club, concerts, etc,… J’aimais également beaucoup les quartiers africains, et notamment Koko où j’habitais. Ma maison se situait sur l’avenue Guimbi Ouattara, un peu après Saint Vincent de Paul et quelques maisons avant la maternité. Sinon, j’allais parfois me promener en moto dans les environs de Bobo. J’appréciais particulièrement la Guinguette ainsi que la vallée du Kou.

Des anecdotes sur Bobo ?

J’ai deux anecdotes. Un jour de 1979, alors que j’étais parti à moto faire un tour à Sindou, ma piste en a croisé une autre sur une sorte de carrefour avec un gros caillou au centre. Je n’ai pas fait attention au fait qu’en traversant ce carrefour j’étais passé à gauche de ce caillou. Un coup de sifflet m’a stoppé et un gendarme est sorti de nulle part. J’avais pris le rond-point à l’envers ! Ayant le sentiment de m’être un peu fait piéger, j’ai voulu protester. Le gendarme m’a cloué le bec en me disant que c’était le colonisateur français qui avait installé ce rocher. J’ai écopé d’une amende de 2400 francs pour « circulation à gauche et refus d’obtempérer ».

Mais nous nous sommes séparés bons amis. J’ai toujours ce PV chez moi.

La seconde anecdote. Lors du voyage de 2018, j’ai voulu revoir ma maison. Arrivé devant, j’ai commencé à prendre quelques photos avant d’être interpellé par un homme de l’autre côté de la rue. Il s’agissait du propriétaire qui se demandait bien pourquoi je photographiais sa maison. Après lui avoir expliqué que je l’avais habitée il y a fort longtemps, avec quelques anciennes photos à l’appui, il m’a gentiment invité à venir déjeuner chez lui. J’avoue avoir été très ému en pénétrant à nouveau dans cette maison quittée 40 ans plus tôt. Malheureusement j’ai appris l’année dernière via internet que Monsieur Mayabouti était décédé en mars 2020 à l’âge de 72 ans.

Pour finir je voudrais dire qu’il existe sur Youtube un petit clip musical très sympa consacré à Bobo-Dioulasso, écrit et interprété par le groupe français MUNDIVAGO (juste oublier les 3 ou 4 plans tournés au bord de la mer sans rapport géographique avec Bobo). Les quelques personnes avec qui j’ai discuté lors de mon dernier voyage à Bobo ne semblaient pas le connaître.

https://www.youtube.com/watch?reload=9&v=S7GgQp7lklk

ph.pruvost@free.fr

Pourrais-tu te présenter s’il te plait ?

Philippe Pruvost

 

Je m’appelle Philippe, 64 ans, j’ai eu deux  vies maritales au cours  desquelles j’ai eu deux  enfants de 31 et 15 ans.

J’ai fait des études en histoire de l’art, d’archéologie et de réalisation audiovisuelle. Cependant, j’ai eu une carrière professionnelle sans rapport avec mes études dans des fonctions marketing et commerciale. Je suis retraité depuis un peu plus de 2 ans ; je vis en région parisienne.

Entretien réalisé par Kibidoué Éric BAYALA

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