Sally KONATÉ RICHER : «Bobo a beaucoup donné, c’est à la nation de lui donner aussi»

Salimata KONATÉ Epouse RICHER et Sally pour les intimes. Son école primaire, elle l’a faite à Tounouma fille B/Tounouma Nord. Depuis 2002 elle réside à Paris après 15 ans de services au Faso en tant qu’enseignante du primaire à l’école Hamdallaye à Bobo-Dioulasso, dans la ville qui l’a vu grandir ! Après avoir travaillé pendant douze ans dans le commercial en France, elle travaille aujourd’hui avec les enfants en crèche pour la Mairie de Paris. Celle qui porte plusieurs cultures dans son cœur nous parle de Bobo, sa ville.

Sally KONATÉ RICHER,

Quels sont les moments de votre vie à Bobo qui vous manquent dans la diaspora ?

Je suis doublement de la Diaspora, car je suis née d’un père Burkinabè en Côte d’Ivoire et c’est à l’âge de cinq ans que je suis arrivée à Sya, chez une cousine qui était ma tutrice. Aujourd’hui, je réside à Paris. Bobo, c’est ma vie, c’est mon cœur et tout m’a marqué à Bobo ! Pour moi, Bobo, est une grande famille, à cause de la solidarité, de l’accueil et c’est une ville qui rassemble, car elle ne rejette personne. L’enfant du voisin, c’est ton enfant et ton enfant, c’est l’enfant du voisin. Ce brassage m’a marqué à Bobo, car on ne trouve pas ça partout. Je n’oublie pas la sortie des masques où on se retrouvait à faire la fête même si on n’est pas d’origine Bobo. Il y a aussi le Djonmêle, les fêtes chrétiennes et les fêtes musulmanes que nous célébrions ensemble, peu importe que l’on soit enfant de chrétien ou enfant de musulman.

 

Où habitiez-vous à Bobo et où êtes-vous allée à l’école ?

J’habitais à Diarradougou et j’ai fait l’école Tounouma filles B. C’est après notre départ que l’école est devenue mixte ; cependant á notre dernière année, il y avait déjà deux garçons. Ce fut des moments inoubliables, surtout pour moi qui suis musulmane et qui partais dans une école dirigée par les soeurs religieuses. De plus, je me retrouvais dans les églises avec mes copines ; c’est ça le brassage à Bobo ! Aussi, je fréquentais les quartiers Tounouma, Yôrô-Kôkô, Kombougou. Cela a été important pour moi qui vivais à Diarradougou car j’ai tissé des relations qui existent jusqu’à nos jours.

 

Quels types de relations avez-vous avec Bobo en étant dans la diaspora ?

Moi et Bobo, c’est comme un enfant qui quitte sa mère, et qui va quelque part, mais qui revient toujours voir sa maman. Même si je monte au septième ciel, je retomberai sur mes pattes à Bobo.

Aujourd’hui, il n’y a pas mal de changements en bien et en mal. Par Example, la solidarité dont je parlais à tendance à disparaitre. Elle n’est plus vivante comme au moment où nous étions jeunes. Cela s’explique aussi par le fait que la ville s’est agrandie. Les gens se sont installés partout. Mais, il y a des choses à améliorer et comme on plaisante entre nous en ces termes : « quand tu quittes Bobo, tu reviens retrouver Bobo pareille ! ». Aujourd’hui, Bobo doit évoluer. Par exemple, le Centre Universitaire Sourô Sanon, il existe depuis des années, mais la population grandit, mais lui il ne s’agrandit pas. On doit avoir mieux que ça !  Bobo a donné beaucoup de fils et filles à la nation ; c’est à la nation burkinabè de donner maintenant à Bobo !

 

Quels sont les endroits qui représentent Bobo pour vous ?

Pour moi, c’est l’architecture de la ville, sa gare ferroviaire et cette gare m’a vu grandir, car ma tutrice qui était commerçante voyageait avec le train entre Bobo et Abidjan. Quand je suis en visite à Bobo, je vais voir la gare de train et surtout l’admirer. Il y a aussi le marché de Bobo, mais depuis que l’on l’a rénové je n’y suis pas encore rentrée. Mais je me rappelle toujours l’architecture soudanaise du marché avec ses quatre entrées : Kôko-donda, Sikasso-cira-donda, Diarradougou-donda et Accart-ville-donda. Je me rappelle aussi du marigot Houet, où on se baignait après l’école ; de même que les petits marchés surtout celui de Farakan que l’on appelle « cinq-heure bâ».

Les quartiers qui m’ont marqué, il y a Sakaby avec ses vergers, où nous partions manger les mangues. Je n’oublie pas Farakan, où il y a la grande famille derrière l’école en face de la « mosquée wahabia » ; c’était notre « QG » avant d’aller voir les « masques blancs » à Dioulassoba, ou aller voir les films du mini-FESPACO au ciné Houet.

 

Vous êtes en plein dans « Bobo Avant avant » (BAA)

Oui, c’est vrai. Le projet BAA, je suis devenue l’une des administratrices du groupe sur Facebook après des échanges avec l’initiateur du groupe Abdoul Salam KONÉ qui vit aux États-Unis. Aujourd’hui quand on arrive à Bobo, nous sommes comme des touristes parce que la jeune génération ne nous connait pas. Seuls les lieux que l’on visite réveillent des souvenirs. La crainte de voir les lieux emblématiques de Bobo disparaître a aussi plaidé pour la création de BAA. Aussi, dans le groupe BAA, nous parlons des gens qui ont marqué la vie et la ville de Bobo, des lieux historiques « oubliés », par exemple vers le marigot Houet, le puits profond appelé « Alla Kôlon ». Les personnes qui ont marqué positivement Bobo peuvent servir d’exemple pour les jeunes générations. Je profite inviter tous les Bobolais et Bobolaises où qu’ils soient à animer le groupe sur les réseaux sociaux. BAA essaye de réveiller ces souvenirs et c’est comme une retransmission de l’histoire, de nos valeurs et manières de vivre passées aux jeunes.

 

Bobo a besoin de beaucoup de choses, de modes de vies, mais est-ce que ce projet noble peut être un tremplin pour un projet de développement socio-économique ?

Bobo est une ville carrefour qui adopte tout le monde et tout le monde s’adapte à Bobo. Quand nous étions plus jeunes, il y avait des sociétés telles que SAP, et Bobo était le poumon économique du Faso. Mais tous les jeunes ont fui Bobo, d’autres à Ouaga, mais nous on est allé plus loin en Europe ! Il faut créer des activités qui apportent des richesses à cette ville. Nous sommes parties de Bobo, mais nous la portons toujours dans nos cœurs. Bobo est une ville cosmopolite, c’est ce qui fait sa richesse, car ses natifs et ses adoptifs portent un seul nom : Bobolais et Bobolaises. Il faut investir et développer davantage l’industrie et le commerce en complément de ce qui se fait déjà sur place.

 

Que faites-vous pour Bobo ?

Les réalisations en famille sont des obligations et ça on n’en parle pas ici. Moi, je suis active dans la vie associative et je suis membre de « l’Association Faso Durable » qui travaille dans le développement durable. On l’a créée pour tout le Burkina Faso, mais pour le moment nous travaillons avec la Mairie de l’Arrondissement 7 de Bobo. Par exemple, pendant cette période COVID-19, nous avons fait des récoltes de fonds et nous aidons les femmes qui vendaient dans les marchés, car ces marchés étaient fermés et ces femmes ainsi que leurs familles vivaient dans la précarité. Les fonds collectés sont allés à ces femmes vulnérables. Aussi, cette année, nous avons scolarisé des collégiens qui sont orphelins dans deux villages rattachés à l’arrondissement 7.

Nous avons des projets de forages dans les écoles ainsi que des projets de plantation d’arbres à Bobo. Cependant, nous attendons des dossiers de financement pour des projets plus grands, notamment le recyclage et la transformation de déchets à Bobo. L’assainissement de la ville de Bobo fait partie de nos projets, car il y a trop de déchets et de dépotoirs sauvages.

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