Alidou Yanogo : « Nous devons nous aider et faire bouger Bobo-Dioulasso »

Cet artiste professionnel, devenu au fil des années, assistant-chorégraphe et chorégraphe dialogue avec son corps avec le public. Sa compagnie Donsen (pas de danse en Dioula) l’a amené sur beaucoup de pistes et de scènes. Alidou Yanogo, Bobolais installé à Genève en Suisse depuis 2008, se définit lui-même comme danseur-chorégraphe. Entretien.

Bobo m’a donné les ailes pour m’envoler

Comment définis-tu Bobo ?

Bobo, pour moi, c’est la ville où je suis né et où j’ai envie d’être tout le temps ! C’est aussi, la Semaine nationale de la culture appelée (SNC) ; les matchs de football, Maracana. Je jouais au football avec les jeunes de mon âge du quartier. Il y a aussi les masques de Dioulassoba et la vie du quartier à Accart-Ville qui est plus un quartier de footballeurs que d’artistes. Pour la danse, il fallait aller à Dioulassoba, le vieux quartier du centre-ville de Bobo. Bobo, m’a donné les ailes pour m’envoler !

Et la danse ?

À Bobo, on danse jour et nuit. La danse, je l’ai commencée dans les rues de Bobo pour « gagner de petits jetons », comme on le dit ! (Rires). Alors, je faisais avec des amis de petites acrobaties, nous jouions aux échassiers-comédiens dans les rues pour gagner de l’argent.

Comment êtes-vous devenu danseur et chorégraphe professionnel ?

Le professionnalisme a vraiment commencé en 1998 quand j’ai participé à des ateliers et à une manifestation chorégraphique qu’était « le Festival Dialogue de Corps » à Ouagadougou. J’ai pu faire la connaissance de chorégraphes tels que Salia ni Seydou et Seydou Boro. Aussi, avec l’appui du Centre Culturel Français (ndlr : aujourd’hui Institut français), je suis allé à Poitiers en France faire des stages.

Je fais la dance afro-contemporaine avec une inspiration africaine

Après tout cela, j’ai continué à travers des rencontres comme danseur dans la compagnie de Koffie Koko, la Compagnie Yaala, la troupe Farafina Yelemba et Chorégraphe dans la Compagnie Yiriba,  Rokia Koné de la Côte d’Ivoire, Gregori Macoma d’Afrique du Sud et Matteo Moles et Filibert Tologo. À partir de 2004, je faisais des spectacles régulièrement en Europe. Mais, le déclic est venu en 2007 avec la création de la compagnie Yiriba à Bobo-Dioulasso et en 2008, je me suis installé à Genève en Suisse.

Quels types de danses faites-vous ?

Je fais aussi bien la danse traditionnelle africaine que la danse moderne. Mais, aujourd’hui, je fais la danse afro-contemporaine avec une inspiration africaine. Je m’inspire des pas de danses africaines du Faso, de Bobo.

Peu-t-on vivre de la danse et de la chorégraphie en Europe ?

Ce n’est pas facile ; la vie en Suisse est chère et il faut se battre pour se faire connaître. Il y a eu des moments où j’ai essayé quelques fois d’autres jobs, mais je suis toujours revenu à mon amour, à ce que je connais et je fais le mieux, la danse et la chorégraphie ! La danse et la chorégraphie m’ont permis de faire des tournées en Suisse, en France, en Italie, en Autriche, en Colombie, au Brésil, en Afrique du Sud et dans beaucoup d’autres pays africains. Moi, je suis reconnu en Suisse comme danseur et chorégraphe et j’arrive à m’en sortir.

Pouvez-vous nous parlez de vos créations ?

La création qui m’a révélé au public c’est vraiment le spectacle « Donsen » en 2011 au Festival International de danse afro-contemporaine de Fribourg. Lors de ce festival, j’ai obtenu le premier prix. En 2013, il y a eu la création du spectacle Marbayassa et en 2016, le spectacle Tounga (Migrant ou aventurier). Toutes ces créations ont été faites à Genève au sein de grands théâtres et avec des artistes et musiciens professionnels connus et reconnus.

Et à Bobo, travaillez-vous avec des gens ?

Chaque année, je vais à Bobo et je donne des stages et depuis 2018, j’ai initié avec Régué Noumoutiè Ouattara (qui vit en Italie) un festival de danse du nom de « Sirakoro » qui signifie en dioula « ancienne route ». Ce festival a vu le jour grâce à une alliance entre le Centre culturel Siraba et le Centre culturel Katouma à Bobo. Le Festival « Sirakoro » se définit comme un lieu ouvert aux rencontres et aux échanges culturels entre les artistes et les créateurs de tout horizon. Il se tient chaque année à Belle-Ville à Bobo devant le Centre culturel Katouma.

Où crées-tu tes spectacles ?

Bobo m’inspire et quand je suis là-bas, je sens toutes les vibrations et je sens que tout va bien ! Je serai en 2021 à Bobo avec mes danseurs et danseuses pour créer mon prochain spectacle. Ma compagnie s’appelle Donsen, comme le spectacle avec lequel j’ai eu le premier prix en 2011 au Festival International de danse afro-contemporaine de Fribourg.

Travailles-tu avec des Bobolais et Bobolaises ?

Bien sûr que oui ! Il y a des années, j’ai donné des stages au Centre Culturel Français de Bobo. Actuellement, je travaille avec un danseur qui s’appelle Faraz Barka. Il y a deux Bobolais qui vivent en Suisse aussi qui font partie du projet. Je n’oublie pas aussi une Suissesse qui ira aussi avec nous. Si tout va bien, nous irons nous inspirer à Bobo.

Comment rendre Bobo attractive sur le plan culturel ?

C’est la volonté de tout le monde, de tous les artistes qui sont au Burkina Faso et dans la diaspora !

Si chacun crée son petit festival et amène ses ami (e) s, ne pensez-vous pas que ça fait une répétition et que cela crée une concurrence nuisible à Bobo entre les artistes et surtout pour les danseurs et chorégraphes ? Où y a-t-il une autre explication ?

Ça ne crée ni de concurrence ni de jalousie. Il faut seulement bien programmer les festivals pour que tout ne se passe pas au même moment ! Il y a aussi la Semaine nationale de la culture (SNC) qui n’est plus aussi bien médiatisée comme dans le passé. Nous devons nous aider et créer et faire bouger Bobo qui est la ville que nous adorons tous ! L’idéal serait d’avoir un grand festival plus important que la SNC, mais c’est difficile !

Et si les artistes se regroupaient par discipline pour créer un seul festival ? Par exemple tous les danseurs/danseuses créeraient un festival de danse et les chorégraphes un festival de chorégraphie, ça drainerait plus de monde à Bobo le temps de chaque festival.

C’est une bonne idée et je crois que Serge Aimé Coulibaly a eu aussi cette idée. Il n’est pas facile de quitter l’Europe pour aller travailler avec les gens sur le terrain, car souvent les gens attendent jusqu’à la fin pour croire en ce que tu fais. On n’a pas de subventions et nous finançons et réalisons ce festival nous-même.

Kibidoué Eric BAYALA

 

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