Entretien/Route Koumbia – Gombélédougou – Guéguéré «Ce qui est mis là-bas est infime par rapport aux besoins», DR Pascal Koudougou

Dans notre parution du lundi 19 juillet dernier, nous nous interrogions sur la nature et la qualité des travaux réalisés il n’y a pas longtemps sur cette route. Pour donner des éléments de réponses, Pascal Koudougou, Directeur régional des infrastructures et du désenclavement des Hauts-Bassins, nous a reçus samedi 24 juillet. Explications !

Monsieur le Directeur régional nous avons émis quelques inquiétudes quant à la qualité des travaux de réhabilitation de la route Koumbia – Gombélédougou – Guéguéré. Qu’en pensez-vous ?

D’abord je vais rectifier les termes. Ce ne sont pas des travaux de réhabilitation comme vous le dites, mais ce sont juste des travaux d’entretien courant. Les tâches qui ont été exécutées sur ce tronçon dont vous parlez, sont des tâches légères.

Est-ce à dire que L’Express du Faso a tiré bidet ?

Non ! Là où je suis d’accord avec vous, les trous sont là sur la chaussée. Puisque le marché ne comportait pas de matériaux à mettre en place. C’était juste venir gratter. Là où je suis encore d’accord avec les populations et vous, c’est qu’une fois qu’on voit des machines déployées sur une route, on pense qu’on veut ramener cette route à un standard donné.  Or, ce n’est pas toujours cela. Cela a un coût.

Quel est le coût des travaux réalisés sur cette route ?

Pour ce marché, nous avions un coût cumulé de 24 623 650 FCFA TTC. Deux entreprises ont travaillé sur ce chantier. La première, c’est ECBG pour un montant de 14 740 000 FCFA. La deuxième est  SOTRABD SA pour un montant de 6 627 500 FCFA.

Quelle était la nature exacte des travaux demandés à ces entreprises ?

Le marché des entrepreneurs ne comportait pas de rechargement. Le budget étant limité, on fait juste le minimum pour ne pas que l’eau ne vienne couper la route. Donc, on s’est occupé de drainer les eaux pour les éloigner de la route autant que possible. Il y a eu un reprofilage léger. Ça veut dire qu’on a juste gratté le dessus. Il y a aussi eu des dégagements dans les bas-côtés. Les dépendances de la route que sont les fossés ont été curés. Six radiers qui étaient en piteux état ont été rechapés par les entrepreneurs en y mettant juste mis une couche de béton. Trois nouveaux radiers ont été construits. J’y étais moi-même en fin décembre 2020, j’ai constaté cela.

Vous avez mentionné les entreprises qui ont réalisé les travaux. Et le contrôle, qui l’a fait ?

Pour l’entretien courant, le contrôle se fait à pied d’œuvre par la direction régionale des Infrastructures et du Désenclavement elle-même. Cette direction est structurée. Il y a le chef de service technique de gestion de contrats qui s’occupe de ce volet. Il a sous lui, des équipes qu’il répartit et qui font le suivi des travaux et qui me rendent compte, puisqu’ils font des procès-verbaux qui me parviennent. Et moi-même, je fais des contrôles inopinés.

Mais les populations et usagers de cette route restent sur leur faim !

C’est certain ! Mais, ce qui est mis là-bas est infime par rapport aux besoins. Cette route fait 75 km, de Koumbia au pont au niveau de Guéguéré. Je l’ai parcourue, j’ai vu que les dégradations sont profondes. Des dégradations qui méritent qu’on fasse un rechargement.

Pourquoi ne pas avoir fait de rechargement ?

Avant, c’était fait en régie, c’est-à-dire que nous-mêmes faisions les routes. Entretemps, les orientations gouvernementales nous ont amenés à privatiser l’entretien courant. En son temps, nous avions des routes qui avaient un certain niveau de service. A partir de ce niveau de service, on se dit que pour entretenir ces routes on avait besoin de 40 m3 de matériaux par km à mettre en œuvre pour juste boucher. Mais, cette même stratégie dit que chaque sept ans, nous devons faire ce qu’on appelle l’entretien périodique.

En quoi cela consiste-t-il ?

D’abord pourquoi l’entretien périodique ? Parce qu’on estime que chaque année, sur une route en terre, on perd 2 cm d’épaisseur du fait de l’usure. Or, la route est constituée de ce qu’on appelle les remblais et la structure. La structure, c’est la couche qui est en haut. La structure est composée de la fondation et de la base ou roulement pour ce qui est des routes en terre. Ce qui est en bas, c’est le remblai. Il faut qu’on fasse le remblai pour que la route soit hors d’eau, pour que l’eau ne la traverse pas. Et après, on place la structure sur le remblai. On doit faire en sorte que les quinze derniers centimètres ne soient pas totalement partis. Parce que si ça part, la structure est entamée. Il faut une réhabilitation en ce moment. Pour que ça ne parte pas, il faut que dans les 7 ans qu’on revienne mettre quinze autres centimètres. Parce que, si on enlève 7x2cm ça fait 14 cm ; donc des 15 cm il va rester 1 cm. C’est ce qu’on appelle l’entretien périodique. Les moyens étant limités, nous n’avons pas pu suivre ce rythme, puisque le réseau est vaste. Conséquences, si une route a été construite et a passé 20 à 25 ans sans entretien périodique, faites le calcul, on a 50 cm de trou. Vous constatez que la quasi-totalité de nos routes sont des fossés, des couloirs d’eau. Il faut fermer jusqu’au niveau du sol, ce que nous appelons terrain naturel, avant de poser de nouveau les 15 cm dont nous parlions tantôt.

Pour ce qui est de la route Koumbia-Gombélédougou-Guéguéré dont nous parlons, cela pourrait coûter combien ?

Pour vous donner une idée du coût des travaux dont les populations s’attendent à voir : je prends les 75 km sur une largeur de six mètres, avec une épaisseur de 15 cm. Si on calcule le volume de matériaux qu’on doit mettre en place, il nous faut 67 500 m3 de matériaux pour amener la route à un standard acceptable. Ce qui nous amène à un coût de 462,5 millions FCFA.

Or par moment, j’ai vu que la profondeur des trous atteint parfois 40 cm. Cela veut dire qu’il n’y a même plus de couche de roulement. C’est même en-dessous du terrain naturel. Pour amener au niveau du terrain naturel, il faut d’abord une certaine épaisseur avant de poser les 15 cm. Donc, les 462,5 millions dont je parle, c’est après avoir traité la sous-couche. Vous conviendrez avec moi que ce n’est pas le travail qui avait été demandé aux entrepreneurs.

Que faire alors ?

Nous avons choisi librement, consciencieusement de déclasser certaines routes. C’est-à-dire, de les sortir de l’entretien courant parce que leur niveau de dégradation ne permet pas de rendre visible ce qu’on investit comme argent dedans. C’est pour éviter le saupoudrage. Il y a une politique globale du ministère qui va tendre à faire en sorte que nous ramenons nos routes à un standard où nous pourrons parler d’entretien courant. Parce qu’actuellement, nous ne pouvons même plus appliquer la stratégie pour laquelle l’entretien courant a été mis en place.

Quel message avez-vous à l’endroit des usagers de cette route ?

Je comprends leur frustration. Si les populations voient des machines elles s’attendent à avoir une route impeccable. Et encore parler ici de machine, c’est trop dire. C’est une niveleuse qui a travaillé. On n’a pas vu de camion là-bas, puis qu’il n’y avait pas travail de camion. Et il n’y a pas eu de bulldozer là-bas, comme j’ai lu dans votre article. C’est une niveleuse qui a été utilisée pour gratter et nettoyer les fossés.

L’entrepreneur est payé au volume du travail exécuté. Vous ne pouvez pas lui demander de réaliser des travaux pour lesquels il ne sera pas payé. Ça pose problème. Nous avons des difficultés de ce genre avec les populations, les usagers. Mais, chaque route a un budget qui n’est pas extensible. Nous faisons avec.

Aly KONATE

alykonat@yahoo.fr

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