Gouvernement Dabiré II : L’étonnante histoire d’une entrée inattendue

La composition du premier gouvernement du second mandat du président Roch Marc Christian Kaboré délivre de plus en plus de secrets. Voici un des plus étonnantes. Une dame s’est retrouvée au gouvernement, à son propre étonnement, suite à un malentendu curieux.

La dame ? Maminata Traoré née Coulibaly ; Ministre délégué auprès du Ministre de l’Enseignement Supérieur, chargé de la Recherche Scientifique et de l’Innovation. Une promotion admirable pour une jeune dame. Mais, il y a des dessous extraordinaires à cette ascension. Car sa nomination a été inattendue pour l’intéressée elle-même.

Quand la composition du gouvernement est rendue publique, c’est l’étonnement général dans la famille et l’entourage de Mme Traoré de la voir y figurer, personne n’en revient. Maminata Traoré, dont l’époux avait été au Darfour dans le cadre des missions des Nations unies, est une dame sans histoires. Elle est plutôt effacée, et parmi tous ceux qui la connaissent, personne ne se souvient l’avoir entendu parler politique. Elle n’est militante d’aucun parti. Elle est tout aussi inconnue dans les milieux gouvernementaux, de la société civile et dans les associations.

On sait seulement qu’elle est la cousine de Mélégué Traoré, fille d’Ardiouma Coulibaly, un ancien garde républicain aujourd’hui disparu. Il semble qu’elle soit la sœur cadette du colonel Kassoum Coulibaly, aujourd’hui en mission à Abuja. Il était l’aide de camp du Président Mélégué Traoré quand il régnait à l’Assemblée nationale. Beaucoup de personnes ont fait le lien entre sa nomination et le Président Mélégué, mais il semble que celui-ci n’y est pour rien dans cette affaire. Du moins, à ceux qui l’interrogent il dit, sans trop convaincre semble-t-il, qu’il n’a pas joué de rôle dans l’affaire.

Les ressortissants de Kankalaba d’où vient la nouvelle ministre et ceux de Sifarasso, village de son époux dans le Kénédougou du nom de Traoré Sibiri, se disent tous surpris également. Mais on connait ce dernier pour son militantisme enflammé à l’UPC. Il était l’un des plus virulents contre les députés dissidents qui il y a deux ans, en cours de législature, avaient créé leur propre groupe parlementaire en se détachant du groupe UPC. Le colonel Charles Lona Ouattara était l’un des meneurs des dissidents. Curieusement, le colonel est un cousin de Sibiri Traoré, ce qui n’empêche pas ce dernier de lancer des attaques à la flamme contre les dissidents de l’UPC.

Et puis, voilà : au lendemain des élections un poste est offert au MBF, le nouveau parti du député Simboro. Le chef de l’Etat demande le nom d’une ressortissante de la zone du Houet, du Kénédougou et de la Léraba. Il faut trouver une femme militante à la hauteur. Le MBF a du mal à identifier l’oiseau rare. Un ami de l’un des dirigeants du parti dit connaître une dame, ‘‘bien’’. C’est la femme de Sibiri Traoré. Tous conviennent qu’on ne peut trouver meilleur choix. En effet, Maminata Traoré est un haut cadre du CNRST, un cadre compétent et apprécié de tous. Ainsi décidé, ainsi fait. Le Premier ministre et le Président du Faso acceptent le nom sans poser de questions. La Dame Traoré est nommée ministre délégué.

Mais voilà : le MBF s’est lourdement trompé. Personne parmi ses responsables ne sait que cette dame est l’épouse du virulent pourfendeur du MBF, Sibiri Traoré. Erreur gravissime. Après coup, les responsables du MBF s’aperçoivent que le nouveau ministre délégué n’a jamais milité et que son mari est l’adversaire acharné qu’ils connaissent bien. Erreur et amertume. Que faire ? C’est à faire verser des larmes au MBF qui ne digère pas la chose. Dame Traoré quant à elle, qui savoure son prestigieux statut de membre du gouvernement, n’en avait jamais rêvé, et n’a rien demandé. Mais elle a du mal à expliquer à ses parents, ses amis et ses proches cette promotion soudaine. On se demande à présent ce que vont faire le pourfendeur Traoré et son épouse de ministre. Monsieur Traoré va sans doute mettre de l’eau dans son vin. Certains se demandent, à l’allure où vont les choses au Burkina, s’ils ne vont avec sa bienheureuse épouse, adhérer au MBF. On en a vu d’autres dans ce pays.

Quant aux ressortissants de Kankalaba, ils applaudissent à rompre leurs mains pour ce cadeau inattendu. Maminata Traoré est le troisième ministre de leur village, après Coulibaly Salikou sous le CSP, de 1982 à 1983, et Mélégué Traoré de 1992 à 1997. Ceux de Sifarasso de leur côté, ne tarissent plus d’éloges pour Sibiri et Madame Traoré. Quelle histoire ! Ainsi va le Burkina, ses politiciens et ses partis !

Firmin OUATTARA

Fermer le menu
facilisis adipiscing ut eget libero. Aenean ut accumsan