Mouna N’Diaye, cinéaste : « Il y a beaucoup de pression sur les femmes dans le cinéma »

Maïmouna N’Diaye  n’est plus à présenter. De père Sénégalais et de mère Nigériane, elle est née en France. Actrice, réalisatrice et animatrice, elle fait partie des meilleures actrices de l’Afrique et du monde. Pétrie de talent  et de créativité, cette femme fait parler d’elle dans le cinéma mondial. Que pouvons-nous retenir d’elle ? Notre rubrique met à l’honneur, cette icône du 7eme art.

‘’Je n’aime pas jouer les rôles de méchant’’

Comment Mouna N’Diaye passe-t-elle ses journées ?

Comme toute personne qui travaille. Soit j’écris, soit je suis en répétition, soit je suis en production. Je fais des courses de la maison et je rends aussi visite à des amies les weekends.

 

Comment êtes-vous arrivée au cinéma

J’ai toujours voulu faire le cinéma parce que j’avais envie d’être une autre personne et de pouvoir jouer des personnages qui marquent, des personnages qui défendent des causes. J’ai d’abord commencé par le théâtre. Ensuite, j’ai été actrice de cinéma. La première pièce dans laquelle j’ai joué, a été adaptée au cinéma. C’est ainsi que c’est parti.

 

Quel est le rôle, en tant qu’actrice de cinéma, que vous avez le plus aimé ?

J’aime tous les rôles que je joue, en général ce sont des rôles que j’aime de part la force du personnage. Les rôles que j’ai eus à jouer jusqu’à présent, je les ai tous aimés. On ne peut pas jouer un rôle qu’on n’aime pas. On n’est pas crédible, ça ne va pas ensemble. Si on accepte de jouer un personnage, c’est qu’on l’a aimé.

 

D’actrice de cinéma à animatrice d’émission télé, comment la transition s’est-elle faite ?

Il n y a pas de transition. J’ai fait une formation d’animatrice il y a longtemps. Quand j’étais étudiante, j’ai animé dans des camps de  vacance, des colonies de vacance. Après, j’ai eu la chance de m’exercer auprès d’un frère animateur, Souleymane Coulibaly alias Soro Solo, à la radio nationale de Côte d’Ivoire. Ensuite je suis passée à la RTI avec une émission « Couleurs femmes » avec Kady Diallo, « la route de la cuisine » avec Anna Balo, Bogolan TV. J’ai toujours eu cette corde à mon arc. Je ne suis pas passée du coq à l’âne. Ça fait partie de ce que je sais faire.

 

Quelle est l’actualité de Mouna N’Diaye ?

J’ai tourné un film au Maroc avec une réalisatrice-productrice marocaine (Fatima Boubakdi), une série au Sénégal « WARA » avec Toumani Sangaré et Oumar Diack comme réalisateurs. Je viens de finir la réalisation de mon premier court-métrage, avec Waati film. Je suis co-metteur en scène avec Athanaz Kabré au CITO (Carrefour international de théâtre de Ouagadougou) de la première création majeure du CITO, « La Patrie ou la mort » de l’auteur Mamadou Tindano. La diffusion du spectacle est prévue pour la troisième semaine du mois d’octobre, autour du 23. J’anime mon émission à LCA. Je suis en train d’écrire un long métrage. En gros, je ne chôme pas.

 

Vous avez été membre de jury aux Journées cinématographiques de Carthage (JJC) en novembre 2018, présidente de jury court métrage aux JJC en 2016. Vous étiez également  la seule Africaine dans le jury officiel du 72ème festival de Cannes. Que vous inspirent toutes  ces expériences ? 

Ce sont des expériences riches humainement et professionnellement, parce qu’on rencontre des personnes qui ont beaucoup plus d’expérience, on échange. Ça fait des relations en plus pour les projets à venir.  Ça élargit le carnet d’adresses, ouvre des perspectives.

 

Parlez-nous de vos distinctions depuis 2016 après au FESPACO 2015 et à la nuit des SOTIGUI.

En 2015 le prix de la meilleure interprétation féminine avec Fargass Assandé qui a eu le prix de la meilleure interprétation masculine avec le film « L’œil du Cyclone »  réalisé par Sékou Traoré. Le film a obtenu en tout huit distinctions entre autres, les deux interprétations, l’Etalon de bronze, le prix de l’UEMOA, celui de la CEDEAO. Ce film a reçu plusieurs prix à travers le monde. Il a été le plus grand film dans lequel j’ai joué de toute ma carrière et qui m’a apporté une reconnaissance à l’international.

 

Quel est votre regard sur le rôle que joue la femme dans le cinéma ?

De plus en plus, les femmes trouvent leur place dans le cinéma. Je leur dis de ne pas attendre qu’on leur donne une place, elles doivent la prendre et ce dans tous les domaines du cinéma. Il y a de plus en plus de femmes à des postes comme la  réalisation, la production, la technique, le cadrage, et ça va aller en augmentant. Elles doivent s’imposer. Dans le milieu du cinéma en général et au Burkina-Faso en particulier, il y a beaucoup de pression sur les femmes. Ce n’est pas toujours facile de gérer un plateau constitué en majorité d’hommes, ça demande une grande force de caractère, une bonne dose de patience et beaucoup d’énergie et d’humilité à la fois.

La vie est un combat en général, au cinéma comme ailleurs, c’est ensemble que nous allons y arriver. Les femmes doivent se battre, ne pas attendre qu’on vienne les prendre par la main pour avoir un poste. Elles doivent se former, avoir un bagage ou à défaut s’entourer de personnes compétentes qui vont vous épauler et non vous tirer vers le bas… Qu’elles prennent leurs responsabilités de la même manière qu’elles les prennent à la maison.

 

Quel est votre plus beau souvenir dans le cinéma ?

Pour moi, tous les tournages sont de bons souvenirs … Les meilleurs souvenirs sur les plateaux, c’est au moment du repas, la pause entre deux prises, d’échanger avec les autres comédiens, avec les techniciens. Bien sûr, le festival de Cannes est un merveilleux souvenir. Tous les festivals auxquels j’ai participé (FESPACO, JCC, Écrans noirs, Khouribga, les Trophées francophones, Vue d’Afrique, Louxor), sont de beaux souvenirs. Rencontrer des personnes différentes chaque fois, échanger, on rigoler, on apprend de la culture de l’autre. Tout ça, c’est très enrichissant. Ce sont de merveilleux souvenirs.

 

Votre mot de fin

Vivement la fin de cette pandémie (Covid-19 : ndlr) pour qu’on puisse recommencer à travailler et à voyager comme avant. Il est vrai que les artistes ont été, disons les premières victimes économiquement de cette pandémie (plus de rassemblements, plus de festivals, plus de sales de cinéma, plus de théâtre, plus de concerts, plus de boites, plus de carnavals, plus de café-concert…). Mais, ce sont eux qui ont réagi spontanément quand il s’agissait de faire des messages, de continuer à écrire, de faire des concerts confinés. Même si on dit nous, artistes, continuons à faire des choses, à écrire, à travailler. Le fait d’être confinés ne nous a pas trop dérangés, quand on sait qu’en général on a besoin de s’isoler pour créer. Il ne faut pas prétexter de cette pandémie pour baisser les bras. Il faut que ça nous fasse réfléchir, penser la vie autrement, concevoir les choses différemment. Il faut qu’on repense notre façon de vivre. On va apprendre à vivre avec la covid-19 comme on vit avec le palu, la grippe, le diabète, l’hypertension.

Aïcha TRAORE

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