Protection de l’environnement :« C’est l’environnement qui nous donne tout… »,

Sophie Salamata Sedogo / Hema est professeur des lycées et collèges admise à la retraite. Elle est à la tête de l’association La saisonnière.  Une association qui fait de l’agriculture biologique, l’économie verte, son cheval de batail. Nous l’avons rencontrée dans le cadre de notre rubrique Tribune de femme, cette chronique qui fait la promotion du leadership féminin.

 

Vous êtes la présidente de « La saisonnière », présentez-nous cette association

L’association était créée sous forme de groupement en 2003 et érigée en association en 2006. Nos activités étaient basées sur la transformation des produits locaux, les bouillies, les couscous et autres. Nous sensibilisions aussi nos membres sur les thèmes d’actualité tels que la lutte contre les mutilations génitales féminines, la lutte contre le sida, l’hygiène, etc. Depuis, nous nous sommes surtout focalisés sur la couture et récemment l’environnement avec l’agroécologie. Nous avons renforcé nos connaissances par la production du bio char et du charbon vert. Notre vision c’est qu’on ne parle plus de pauvreté à visage féminin au Burkina Faso. On ambitionne améliorer les conditions de vie des femmes à travers l’alphabétisation, le maraîchage, la transformation, la protection de l’environnement. Nous avons aussi la coupe couture pour les jeunes filles. Notre siège est à Bendogo et nous avons d’autres sites à l’intérieur de l’écurie et à Gampèla. En plus de cela, nous avons créé un réseau de femmes productrices en agriculture biologique. Ce réseau dispose de 11 jardins au niveau de la ceinture verte de la ville de Ouagadougou.  Ce réseau nous permet de nous concerter et de parler le même langage et de faire avancer l’agroécologie dans la ville de Ouagadougou.

 

Expliquer comment votre activité respecte l’environnement ?

Je vous raconte l’histoire de notre jardin situé à Bendogo. En 2006, nous étions dans l’agriculture conventionnelle. Comme nous sommes des femmes, nous avons bénéficié d’une grande organisation mondiale un don de produits chimiques composé de 3 tonnes d’urée et 3 tonnes d’engrais NPKk pour un terrain d’à peine 1 hectare. Nous avions aussi eu des bidons de produits chimiques, des pesticides avec des applicateurs.  Les donateurs nous avaient fait former par le ministère de l’Agriculture sur le dosage. Malheureusement, nous n’avons pas respecté les prescriptions et nous avons assécher complètement notre sol. Tout ce qu’on mettait devenait improductif. En plus nous avons pollué l’air avec ces bidons de pesticide, ce qui dérangeait les riverains. Certains ont développé des maladies pulmonaires aussi bien au niveau de nos militantes qu’au niveau de de la population qui avait demandé à ce que nous quittions même le quartier. C’est là qu’est venu le déclic. Nous avons compris qu’il faut changer. Nous avons changé rapidement en nous disant que nos grands-parents n’avaient pas utilisé ces produits chimiques, mais les greniers étaient pleins. Nous aussi nous allons passer à l’agriculture naturelle avec l’utilisation de la fumure organique. Là aussi on à commencé au départ sans formation. On a été confronté à des difficultés. Notre jardin a encore été envahi par des herbes. Après, on a eu la chance d’être formé en fabrication du compost par le professeur Sedogo de l’université. Depuis, on fabriquait notre compost. D’abord le compost dans la grande fosse ensuite il est venu nous apprendre à faire le compost aérobie, c’est à dire à même le sol. Tout cela nous a permis de sauver notre sol, de sauver aussi l’atmosphère autour de nous.

Actuellement, on a été certifié bio SPG par le Conseil national pour l’agriculture biologique, et cette formation nous a permis même de certifier nos trois sites et de certifier et quelques jardins de notre réseau. Nous avons pu certifier sept jardins en agriculture biologique. Nous fabriquons aussi des bio pesticides. Nous avons un bio pesticide  dénommé le Toukguili, parce qu’il permet non seulement de lutter contre les parasites nuisibles de la plante mais apporte aussi des éléments dont la plante a besoin. Si on a un chercheur qui peut l’introduire au laboratoire pour l’analyser, cela sera une bonne chose. Toujours en matière d’environnement, depuis 2024 nous avons eu la chance d’être formés en charbon vert appellé charbon écologique appelé, et le bio char qui est un engrais.  Dans le ménage, on peut fabriquer ce charbon écologique à partir des résidus ménagers. C’est simple, ça consiste à faire une combustion très élevée de la biomasse, réduire en poudre, lier et mettre dans les moules. C’est une bonne chose de procurer de l’énergie et réduire les gaz à effet de serre. Notre domaine de prédilection, c’est la fabrication du bokashi. C’est un compost japonais en matière organique à décomposition que nous proposons aux membres de notre réseau et à d’autres personnes.

 

Quel est l’objectif de ces deux produits ?

D’abord l’assainissement de l’environnement. Quand vous allez dans certains services et maisons, il y a beaucoup d’arbres. On balaie les feuilles mortes, on les assemble sans savoir quoi faire avec.  Donc notre objectif c’est l’assainissement en utilisant ces résidus de matière végétale et de matière animale. C’est l’ensemble qu’on appelle la biomasse.

 

Votre message à l’endroit des Burkinabé en ce qui concerne la croissance économique soucieuse de l’environnement ?

Nous invitons la population burkinabè à faire attention à l’environnement parce que l’environnement, c’est notre tout. C’est l’environnement qui nous donne à manger, qui nous permet de respirer. Le polluer, c’est nous faire du mal à nous même. Il faut qu’on prenne certaines mesures telles que la fabrication du charbon vert pour la réduction de l’utilisation du bois de chauffe et pour avoir de l’énergie endogène. La matière est là, au lieu de la jeter, on la recycle en charbon. Cela ne peut qu’augmenter l’économie de la famille, voire l’économie de tout le pays; sans compter qu’il y a le chômage.  Il y a les jeunes, des femmes qui sont là et qui peuvent être organisés en coopérative autour de ces activités de l’agroécologie.

 

Quel est votre regard sur l’entrepreneuriat féminin ?

L’entrepreneuriat féminin, c’est le thème d’actualité. On a conscience que les femmes peuvent entreprendre et contribuer au développement de notre pays. Il y a des initiatives, malheureusement par manque de moyens, par manque de formation, elles décollent mais percent très difficilement. Elles sont confrontées à des difficultés telles que les moyens d’ordre matériels, l’accès à la terre pour mon domaine. Pour celles qui se lancent dans la transformation des produits, il y a des bons produits basés sur nos connaissances endogènes, malheureusement l’équipement et l’emballage font défaut. Il reste beaucoup à faire dans cet entreprenariat surtout dans le domaine agricole. Comme conseil pour les femmes entrepreneures, il faut qu’elles aient le courage et sachent qu’elles doivent intervenir dans les dépenses du foyer d’abord et aussi au développement du pays. Il faut qu’elles soient courageuses, persévérantes, qu’elles puissent se faire former et qu’elles acceptent ce qu’on appelle  »les métiers salissants  ». Il faut qu’elles luttent contre certains stéréotypes, qu’elles se débarrassent des complexes.

Aïcha TRAORE