Région du Sud-ouest : A la rencontre des tisseuses de pagnes traditionnels ou Faso Danfani

Dans la région du Sud-Ouest, le tissage du pagne traditionnel communément appelé Faso Danfani est une activité très répandue, créatrice d’emplois et économiquement rentable. Ainsi, favorise-t-elle la fixation des jeunes filles dans leur terroir, tout en leur procurant des revenus substantiels. Si dans la zone, la première fonction du pagne tissé ou Faso Danfani était traditionnelle, de plus en plus, elle est devenue économique. C’est dans cette dernière fonction que s’inscrit notre reportage. Du fil100% coton burkinabè à la commercialisation, en passant par les différentes étapes du tissage du pagne, nous avons scruté chaque domaine pour mesurer la rentabilité de ce secteur porteur.

 Le tissage de pagne traditionnel ou Faso Danfani est devenu une activité économique, a un visage féminin dans la région du Sud-ouest. Permettant ainsi aux jeunes filles, vulnérables et déscolarisées notamment, de ne pas aller sur les sites d’orpaillage ou dans les plantations en Côte d’Ivoire. En un mot, elle permet à la gente féminine d’avoir une autonomie financière, la commercialisation des pagnes tissés étant bien rentable. Mais pour s’affirmer comme tisseuse professionnelle de pagne traditionnel, il faut passer par plusieurs étapes dont une formation de deux ans dans un centre professionnel et tout au plus une année de perfectionnement et posséder un diplôme reconnu dans le domaine.

D’où l’existence de centres de formation dans la région. De Gaoua à Diébougou en passant par Dano et bien d’autres villes de la région, on retrouve des centres de formation au métier à tisser. Ces centres sont le plus souvent des initiatives privées et de ce fait, ne bénéficient d’aucune subvention. Fonctionnant sur fonds propres, le fondateur est loisible de fixer les frais de formation. C’est ainsi que d’un centre à un autre, ces prix varient de 20 000 FCFA à 25 000 FCFA,voire même 40 000 FCFA dans certains centres. Chaque centre a sa spécificité qui la différencie de l’autre.

Tew-Maalou (la voie du succès)

L’un des centres de référence dans la formation professionnelle des tisseuses de pagnes traditionnels à Gaoua est bien celui de l’association Tew-Maalou « la voie du succès en langue locale).  Sans doute le « succès » pour ces jeunes filles vulnérables et démunies qui viennent y apprendre un métier. Selon la présidente de l’association, Madame Youl/Médard Judith, le centre accueille des filles mères déscolarisées, les forme au métier de tisseuse afin de leur permettre d’avoir des revenus. Actuellement (ndlr : cette année 2021), 27 filles sont en formation. La formation dure deux ans dans certains cas et une année de perfectionnement pour que les filles formées puissent s’installer à leur propre compte. Le centre compte toujours deux promotions. Les nouvelles en première promotion, débutent l’apprentissage. « C’est là-bas, comme l’indiquera Madame Youl, qu’il y a beaucoup de pertes, car les produits finis ne sont pas vendables ». Mais en deuxième année, et avec les corrections, elles s’améliorent et tissent des pagnes de qualité que le centre peut vendre entre 6500 FCFA et 10 000 FCFA. Selon Madame Youl, « c’est cette vente qui permet au centre de faire face aux dépenses quotidiennes de la formation ».

Chaque année scolaire le centre commande 50 balles de fil à la Filature du Sahel (FILSAH), basée à Bobo-Dioulasso. Dans chaque balle il y a 40 boucles de fil. A l’en croire, une balle de fil coûte en ce moment 125 000 FCFA alors qu’avant le COVID-19 elle s’achetait à 90 000 FCFA. Ce qui joue sur le prix de vente du pagne tissé. Faisant une estimation, Madame Youl notera que son centre produit au moins 500 pagnes par mois. Pour les filles de la deuxième promotion qui produisent des pagnes tissés vendables, lorsqu’une fille parvient à tisser 10 pagnes, le centre lui fait don d’un pagne qu’elle peut vendre. Une politique pour encourager les filles à produire plus.  Pour ce qui est des commandes, Madame Youl informe qu’elle en reçoit de Ouagadougou, de Bobo-Dioulasso, de Fada N’Gourma et même de Ouahigouya.

Thaghatoun « C’est Dieu qui veut »

A quelques pas du centre de Madame Youl, se trouve un autre centre géré par l’association Thaghatoun qui signifie « C’est Dieu qui veut ». Ce centre a été créé en 2016. L’association créatrice compte 25 membres issus des localités de Broum-Broum, de Gaoua et de Nioronioro. Chaque trois mois, ils se réunissent et paie chacun 1000 FCFA par mois. C’est ainsi qu’ils s’organisent et paient les fils qu’ils se partagent.

Dans le mini-centre qu’elle a ouvert chez elle à domicile, la présidente de l’association Thaghatoun, Madame Hélène Kambou/Poda, emploie 12 jeunes filles, toutes expérimentées. Le centre peut produire 16 pagnes dans le mois. Elles travaillent avec 7 métiers dont 4 offerts par le ministère de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat. Elles tissent avec des fils du Burkina achetés à FILSAH et aussi des fils provenant du Ghana. Le prix de vente du pagne est fixé en fonction du coût du fil. Alors que les pagnes tissés avec les fils du Burkina coûtent 5000 FCFA l’unité, ceux du Ghana sont vendus à 7500 FCFA.

Camille Kambou

C’est l’un des centres de formation de référence dans la ville de Gaoua. Il peut être considéré comme le centre « mère » des tisseuses professionnelles de la localité. Créé en 2012, il compte plusieurs filières : la couture, la coiffure, l’informatique et le tissage. Pour valoriser le Faso Danfani, le centre a trouvé la parade d’en faire l’uniforme de l’école. Chaque année, il recrute des tisseuses sur demande suivie de l’acquittement des frais de formation d’un montant de 40 000 FCFA. La formation dure deux ans. Zénabou Ouédraogo et Léa Palenfo y assurent actuellement la formation de 11 jeunes filles.

Par insuffisance d’espace, les premières années et les deuxièmes sont dans la même salle. Pendant que celles de la première apprennent les techniques de tissage, celles de la deuxième année font des modèles, et tissent les pagnes. Au niveau de ce centre, les formatrices sont strictes : elles travaillent uniquement avec du fil made in Burkina.

Pour les couleurs, elles font elles-mêmes la teinture. « Le centre peut produire plus de 16 pagnes par semaine », nous confie Zénabou Ouédraogo, formatrice principale. Au terme des deux ans de formation, le centre accompagne les filles pour leur installation en leur offrant des kits de travail. Pour Léa Palenfo, « la vente du pagne tissé est bien rentable ». Ainsi la vente du Faso Danfani rapporte chaque année au centre environ 480 000 FCFA.

Les centres de formation en tissage de pagnes traditionnels ne sont pas seulement au niveau de la ville de Gaoua dans la région du Sud-ouest. On en a aussi à Diébougou (centre Benkadi Nayo) et à Dano (Centre Hosnia confection).

Benkadi Nayo à Diébougou

On peut considérer le centre de formation professionnelle Benkadi Nayo de tissage de pagnes traditionnels de Diébougou comme une filiale du centre professionnel des jeunes filles Camille Kambou de Gaoua. Selon la directrice du centre, celui-ci a été créé en 2019 et compte à ce jour 15 apprenantes dont 5 en deuxième et dernière année de formation et 10 en première année. La formation au centre Benkadi Nayo est assurée par Eléonore Poda, formée au Ghana. Ce qui fait la différence de tisser dans ce centre où on utilise plus les fils du Ghana que ceux du Burkina. La raison, selon la formatrice, « est qu’on ne trouve pas les fils de couleur au Burkina ». Et en plus, elle ajoute que les fils teintés du Burkina déteignent assez vite.

A Benkadi Nayo, les tisseuses ont leur façon de produire les pagnes tissés. Elles lancent 4 pagnes ensemble par semaine. Ce qui permet au centre d’obtenir au moins 20 pagnes tissés par mois. Les pagnes tissés sont vendus en fonction de la qualité. Ainsi, ceux qui sont tissés au fil made in Burkina Faso sont vendus entre 4000 FCFA et 4 500FCFA l’unité et ceux avec le fil made in Ghana entre 10 000 FCFA et 14 000 FCFA.

Cependant, il faut reconnaître que l’association peine à couvrir les besoins des apprenantes. Comme exemple, il y a plus d’apprenantes que de métiers. Il n’a bénéficié d’aucun métier à tisser de la part du ministère de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat comme d’autres structures. Il ne reçoit que des appuis ponctuels du centre de formation professionnel des jeunes filles Camille Kambou de Gaoua dont il est le « fils ». Selon Eléonore Poda, le pagne tissé est très rentable. En 2020, année à laquelle le centre Benkadi Nayo a commencé la vente des pagnes tissés, il a fait un chiffre d’affaires de plus de 400 000 FCFA.

Hosnia confection à Dano

A Dano, le centre Hosnia confection de Madame Sedogo est une référence en matière de pagnes tissés. Le centre a été créé en 2009 et a déjà formé de nombreuses filles au tissage de pagne. Le coût de la formation est de 25 000 FCFA l’an. Le centre emploie aussi des filles formées. Celles qui ont été formées au centre et qui y travaillent sont rémunérées en fonction du nombre de pagnes tissés. Un pagne tissé est rémunéré à 500 FCFA. Selon la fondatrice du centre Madame Sedogo, elles produisent environ 150 pagnes par mois, soit 1800 par an. Le centre tisse principalement avec les fils de FILSAH Burkina et du Ghana. Pour Madame Sedogo, l’activité est très rentable. Elle a des boutiques de vente à Ouagadougou et son chiffre d’affaires tourne autour de 13,5 millions par an.

Transformation et commercialisation

Dans la région du Sud-ouest, quand on parle de transformation et de commercialisation du pagne tissé, un nom revient régulièrement sur les lèvres : Madame Poda/Tougouma Mariam, lauréat de plusieurs concours. Sa spécialité, c’est la transformation et la commercialisation du pagne tissé. Elle a mis en place à Gaoua un atelier de broderie, de haute et de simple couture. Pendant les foires et autres activités commerciales (avant le Covid-19), elle pouvait vendre entre 1500 et 2000 pagnes tissés par an. Madame Podane ne commande que des pagnes tissés avec le fil made in Burkina Faso. « 80% de mes commandes sont des pagnes tissés avec le fil de la FILSAH. Mais, il arrive que des clients commandent les pagnes tissés avec du fil du Ghana », nous confie-t-elle.

Pour elle, le pagne tissé est plus rentable à l’extérieur qu’au pays. Elle explique : « Au Burkina, quand tu vends un complet de pagne tissé à 30 000 FCFA on dit que c’est cher, alors qu’à Dakar on peut vendre le même pagne à 60 000 FCFA et ça ne suffit même pas ».

Madame Poda/Tougouma Mariam emploie une dizaine de personnes qui sont devenues, malheureusement, des contractuelles du fait du COVID-19. Avant la maladie à Coronavirus, elle pouvait se faire un chiffred’affaires d’au moins 5 millions de FCFA par an.  Contrairement à ce qui se dit au sujet du fil de FILSAH, Madame Poda indique que « le fil made in Burkina Faso n’a pas de problème. C’est la teinture qui gâte le fil ». Aussi, a-t-elle profité adresser une doléance à FILSAH de produire directement à l’usine des fils de couleur comme cela se fait au Ghana. Ce qui serait une grande avancée. Elle suggère également à l’Etat de subventionner les prix des fils ; ce qui va réduire les coûts de production et permettre aux Burkinabè de consommer plus le pagne tissé ou Faso Danfani.

FILSAH, l’abonné absent

Pour des informations complémentaires et traduire les suggestions des tisseuses qui utilisent le fil made in Burkina, une demande d’entretien a été adressée à FILSAH, la société qui produit les fils au Burkina. Une première tentative nous a permis de formuler nos préoccupations qui ont été déposées auprès de la direction de cette entreprise. Ces préoccupations tournaient autour de la quantité de coton transformé, de la quantité de fils produits, de la rentabilité de l’usine (chiffred’affaires), de la non-production de fil en couleur, de l’absence de points de vente à l’intérieur du pays et la commercialisation à l’extérieur. Malheureusement, jusqu’à présent, notre requête est restée sans suite.

Firmin OUATTARA

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