Retard dans les universités publiques du Burkina : Des étudiants entre inquiétude et espoir

Les années académiques de la quasi-totalité des universités publiques au Burkina Faso connaissent des retards pour diverses raisons. Et ce n’est malheureusement pas hier que ce phénomène a commencé. Quelles peuvent être ces raisons ? Quelles solutions pour y remédier ?  Le 23 août 2023, nous sommes allés à la rencontre d’étudiants de l’Université Nazi Boni pour connaitre leur regard sur cette situation.

Après le Baccalauréat, bon nombre d’élèves en raison des moyens financiers modestes sont obligés de s’inscrire dans les universités publiques. Cependant, les choses n’avancent pas comme prévu, car ces universités font siennes les retards entrainant le chevauchement des années académiques. La licence qui est prévue pour trois ans, peut aller au-delà. Plusieurs facteurs expliquent ces retards ou chevauchements du point de vue des étudiants.

Pour Samira Traoré, étudiante en Communication d’entreprise à l’UNB et inscrite en 2019, « le retard est lié à l’indisponibilité des professeurs, la volonté manifeste de certains coordonnateurs pour la programmation des cours, le nombre pléthorique d’étudiants dans des promotions ». De ce fait, elle invite « les premiers responsables à faire en sorte que les étudiants puissent avoir une année normale, c’est-à-dire d’octobre à juillet et à revoir le système parce que ces retards ne leur profitent pas du tout », exhorte-t-elle.

Quant à Ali Bado, étudiant en Lettres modernes dans la même université, lui, pense que les retards sont liés entre autres, « au manque criard d’infrastructures dans nos universités qui ne permettent pas de programmer plusieurs promotions à la fois ». Aussi souligne-t-il, « l’insuffisance du corps enseignant qui est l’une des causes majeures et le non payement des arriérées de salaires des enseignants. Ce qui fait qu’ils refusent souvent de venir dispenser les cours et ou de disponibiliser les notes des devoirs. Cela joue sur la délibération des différentes sessions. De même, le cas du système de décrochage joue négativement sur la progression des promotions. Qu’il soit modéré ou radical ».

Ainsi, Ali Bado sollicite les premiers responsables des universités à se pencher réellement sur la question des infrastructures et aussi multiplier le recrutement des enseignants. « Nous avons des jeunes doctorants compétents qui sont au chômage. Pourquoi ne pas leur permettre de mettre en action les compétences acquises ? Cela permettra d’éviter l’expression (tel enseignant n’est pas disponible) », laisse-t-il entendre. De plus, il les invite « à penser à l’intégration des cours en lignes qui permettrait aux étudiants de rester chez eux et de suivre les cours. Avec cette méthode, je ne pense pas qu’on parlera d’insuffisance de salles pour programmer les promotions ».

Inscrit à l’UNB au département de Lettres en 2020, Moublé Zingué tout comme Bado, indexe « l’insuffisance du corps enseignant malgré l’effort fournit par l’État, du budget alloué à l’enseignement supérieur et des infrastructures pour contenir le nombre d’étudiants qui s’inscrivent chaque année » comme cause majeure des retards ou chevauchements des années académiques. « Les grèves à répétition qui ne facilitent pas la bonne marche des activités académiques. Le retard dans la disponibilité des copies de devoir. L’accès difficile à la connexion internet pour l’intégration des cours en ligne » sont entre autres causes qu’il évoque.

Fort de ce constat, Moublé Zingué, préconise « l’opérationnalisation des universités virtuelles pour faciliter les cours en ligne, l’amélioration des conditions de vie et d’étude pour remédier aux multiples grèves, l’orientation des étudiants dans les universités privées ce qui contribuera à décongestionner celles publiques », pour régler la question des retards. Par ailleurs, il invite les administrateurs à « construire assez d’infrastructures dans les universités et le corps enseignant à fournir l’effort de remettre les copies à temps ».

Comme cause des retards académiques, Issouf Coulibaly étudiant en SVT souligne « l’indisponibilité des docteurs, car certains d’entre eux, sous prétexte d’être sous-payés par l’État, préfèrent les universités privées et le retard de la disponibilité des notes ; et l’attitude des étudiants qui parfois refusent de composer sans justification solide ».Toutefois, il reconnaît la responsabilité de l’État qui, selon lui, ne recrute pas assez de personnel enseignant, et ce n’est pas par manque de diplômés.

En outre, il fait cas, tout comme ces devanciers, du manque d’infrastructures universitaires qui conduit aux surcharges des salles. « Plus les classes sont surchargées, plus les copies viendront en retard. En exemple, la filière Sciences Biologie communément appelée Chine populaire », déplore-t-il. Pour sa part, il propose le recrutement du personnel enseignant pour combler le besoin dans les différentes filières et invite l’administration à veiller au respect strict des normes préétablies pour le bon déroulement des cours et à mettre fin tant soit peu au libertinage des étudiants. « Nous accusons beaucoup de retard dans notre filière science biologique. Nous sommes de la promotion 2019, et jusque-là on n’a pas encore achevé la deuxième année. Nous espérons le faire en janvier prochain.

C’est vrai que le Covid a une part de responsabilité, mais les copies tardent aussi à la correction. Souvent par manque de salle, nous tardons à faire les devoirs. Il peut arriver qu’on compose un an après l’administration du cours. Le retard est aussi dû au manque d’enseignants. Il arrive que pour des modules, l’administration nous dise que des enseignants ne sont pas disponibles. Parfois on est tenté de se demander si ce n’est pas sciemment fait par l’administration. La preuve est que la promotion 2022 évolue et risque d’être en avance sur nous. Avant les vacances, ils ont achevé et les cours et les devoirs », nous confie un étudiant en sciences biologiques. Il suggère que « l’État ait un regard sur les enseignants recrutés, car pour la plupart du temps leur absence est due soit au fait qu’ils sont à l’extérieur ou qu’ils dispensent les cours dans les privées. Il faudrait qu’il veille à ce que ces derniers évacuent d’abord les horaires dans le public avant d’aller ailleurs ».

Jointe au téléphone afin d’avoir un rendez-vous pour recueillir le point de vue de l’administration, celle-ci n’a pas voulu s’exprimer sur le sujet, d’autant que son président serait en déplacement au moment de notre requête.

Abdoul-Karim Etienne SANON

Edwige N. H. KAM/Stagiaire

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