Safiata Ouédraogo épouse Traoré, l’enseignante à la plume révolutionnaire : « La force d’une femme ne s’éteint jamais »

Enseignante d’allemand, artisane à ses heures et désormais autrice engagée, Safiata Ouédraogo, épouse Traoré, trace un sillon singulier dans le paysage culturel burkinabè. Entre les salles de classe du Lycée municipal de Yagma et le silence inspirateur de ses nuits d’écriture, elle livre un combat contre l’ignorance à travers son premier ouvrage, « Tablik Zobsebgo ».

 

Fille d’enseignant, Safiata Ouédraogo semble avoir hérité très tôt du virus de la transmission. Son parcours académique est un modèle de persévérance. Après un baccalauréat A4 obtenu en 2003 au Lycée Ouezzin Coulibaly de Bobo-Dioulasso, elle s’oriente vers la germanistique à l’Université Joseph Ki-Zerbo (UJK-Z) de Ouagadougou.  Sa licence en poche en 2006, elle intègre l’École normale supérieure de Koudougou (ENSK). Sa carrière débute avec un CAP/CEG option français-allemand au Lycée provincial Bassy de Ziniaré, avant qu’elle ne rejoigne le lycée Philippe Zinda Kaboré à Ouagadougou pour y passer son CAPES. Depuis 2018, c’est au Lycée municipal de Yagma qu’elle partage son savoir avec ses élèves. Depuis le 4 août 2026, le nom de Safiata Ouédraogo résonne désormais dans les cercles littéraires grâce à une œuvre au titre évocateur « Tablik Zobsebgo ». Littéralement, l’expression signifie « s’appuyer sur l’obscurité et monter sur le vent ». Pour l’autrice, c’est l’adjectif qui qualifie le mieux l’ignorant total. « J’ai souhaité conserver ce titre pour préserver son authenticité. Il traduit fidèlement le fond de mon récit », explique-t-elle. Ce récit, c’est un « cri du cœur » pour elle, nourri par l’observation des réalités sociales. Safiata y dénonce les préjugés, les clichés et ces tabous qui enferment les jeunes filles dans des mariages précoces ou mal préparés. À travers sa plume, elle fustige l’ignorance qui devient une arme de souffrance contre autrui. Le choix de la date de dédicace de son œuvre, un 4 août, ne doit rien au hasard. En écho à la Révolution burkinabè, Safiata Ouédraogo voit en son livre une forme d’insurrection. « Pour moi, cette œuvre représente une révolution contre les injustices sociales, les violences faites aux femmes et toutes les formes d’oppression », confie-t-elle avec conviction. Son message est clair : un appel vibrant à la liberté, à la dignité et à la justice. Safiata Ouédraogo est ce qu’on appelle une femme de défis, jonglant avec un agenda rigoureusement planifié. Épouse et mère, elle trouve son équilibre grâce au soutien de son mari. Quand les copies sont corrigées, elle troque ses stylos pour des perles ou la fabrication de savon. Passionnée par les arts, elle ne se contente pas d’écrire ; elle accompagne des apprenants dans des projets culturels et s’investit dans des associations féminines. Son objectif ? Permettre aux femmes d’acquérir une autonomie financière à travers des activités génératrices de revenus.

 

L’autonomisation comme rempart contre les dérives sociales

 

Elle enseigne le perlage et la savonnerie, procède d’une conviction profonde : l’économie est le premier levier de la dignité. « L’autonomisation économique constitue un levier essentiel pour l’épanouissement des femmes et des jeunes filles », affirme-t-elle. Mais au-delà de la survie financière, Safiata y voit un remède aux maux qui rongent la cellule familiale. Constatant que l’instabilité des foyers et les difficultés matérielles sont souvent à l’origine de l’échec scolaire et des dérives sociales, elle appelle à une responsabilité partagée. Pour elle, une femme autonome est une femme mieux armée pour assurer le rôle éducatif que la société actuelle peine parfois à assumer. Ce combat pour l’indépendance, l’écrivaine le voit déjà porter ses fruits dans les rues de Ouagadougou et d’ailleurs. Dès l’aube, elle observe ces femmes qui investissent tous les secteurs d’activité avec une détermination. « Une véritable prise de conscience est en cours », se réjouit-elle, y voyant l’essor d’une Nation qui apprend à compter sur ses propres forces. Si madame Traoré écrit pour dénoncer, elle écrit aussi pour guider. Dans ses tiroirs, plusieurs manuscrits attendent patiemment leur heure, dont des poèmes dédiés à la jeunesse. Son message aux nouvelles générations est sans ambiguïté : la réussite est le fruit du labeur et non du mirage. Elle met en garde contre les illusions dorées des réseaux sociaux et des télénovelas qui peuvent détourner les jeunes de la réalité. « L’avenir leur appartient, mais ils doivent rester attachés aux valeurs que nous leur transmettons afin de résister à toutes les formes de manipulation », prévient-elle. Son écriture se fait ici bouclier, protégeant les consciences contre l’embrigadement. Alors que « Tablik Zobsebgo » continue son chemin vers les lecteurs, Safiata, elle, ne connaît pas le repos. D’autres récits sont en cours de finalisation, forgés dans la même exigence de vérité. Elle avance avec la patience de l’artisan, attendant que chaque mot trouve sa juste place.

Aïcha TRAORE