Sanou Daouda, Burkinabè vivant en Belgique : «Nous voulons accroitre l’importance culturelle de Bobo»

Quand on s’intéresse au Fasofoot, on connaît Daouda Sanon. Ex-footballeur burkinabè passé par l’USFRAN, l’ASFA-Y et les Étalons. Il fait partie de la génération des années 90 qui a hissé le football burkinabè au sommet du football africain. Il est le Président de l’Association des Burkinabè de Belgique (ABB). Natif de Bobo Dioulasso (Burkina Faso) et résident en Belgique, il nous parle de Bobo-Dioulasso, de projets et il nous raconte des anecdotes qui ne vous laisseront pas indifférents !

Natif de Bobo, vous rappelez-vous des lieux et des moments forts de votre vie à Bobo ?

Bobo ce n’est pas seulement ma ville natale, elle m’est sacrée parce que j’y ai grandi. Des moments importants de ma vie à Bobo : je commencerai par ma scolarité effectuée, de la maternelle en passant par l’école primaire (Hamdallaye, Medina-coura et Niénéta B) au lycée municipal de Bobo. Ensuite, il y a le sport avec les compétitions OSEP (Organisation du Sport à l’Ecole Primaire) & USSU-BF (Union des sports scolaires et universitaires), les terrains de foot de quartiers et de Lycées, sans oublier ceux de l’élite du foot (l’USFRAN, l’Hippodrome et le Stade Wobi).

Bobo, c’est toute la candeur de mon adolescence, jusqu’à l’obtention de mon bac, avant de partir pour l’université à Ouagadougou.

Ma vie à Bobo, ce sont aussi des lieux et des bâtiments comme le Patro, l’abattoir, le marigot Houet et la Guinguette, les édifices imposants de la gare ferroviaire (RAN) et de la mairie centrale avec ses magnifiques décorations florales d’antan. Mon père y était le chef du bureau domanial.

Bobo, ce fut aussi les escapades au Jardin public (Parc animalier), les baignades à la Guinguette à Nasso avec sa forêt classée et son exceptionnel écosystème, les séances de cinéma dans les salles mythiques à ciel ouvert (Houet, Sya, Guimbi), l’arrivée de la télévision (Noir/blanc et en différé de 19h à 23h) dans les années 80. Enfant, j’étais émerveillé par les dessins animés tels que Yamatélé, Bouba et Tom Sawyer.

Un autre lieu à Bobo, c’est le Centre Culturel Français Henri Matisse. Ce lieu inespéré du savoir, donnait l’opportunité de lire et d’éplucher des ouvrages, des BD, des encyclopédies et autres. Je raffolais de livres de théâtres, de BD sur les Indiens Apaches et Sioux, Obélix & Astérix, Tintin, Zambla, Rahan, Bleck le roc, Akim, de grands auteurs de la littérature française plus tard.

Quels évènements ! Vous avez fait beaucoup d’expériences dans cette ville qui offrait jadis à ses citoyen(ne)s des opportunités de se réaliser et de se construire, mais c’est quoi Bobo pour vous aujourd’hui ?

C’est ma source vivifiante ; ce sont mes racines ! C’est la ville où résident encore et toujours mes parents. Nulle part dans le monde, je ne me sentirais autant chez moi qu’à Bobo. Cette ville m’est très chère car elle m’a forgé par l’éducation communautaire qui, de nos jours, se perd un peu. Hélas !

Bobo incarne des valeurs intrinsèques indéniables qui sont transmises pas seulement dans le cercle familial, mais aussi en société, dans nos cercles culturels, artistiques (musique, théâtre, danses, etc..) et sportifs (foot, boxe, basket, athlétisme etc..). Je m’en voudrais de passer sous silence le mérite inestimable de mes formateurs au foot (des minimes aux seniors) : Kassamba Mamadou dit Youl, Hien Eugène (R.I.P), Batiéba Ouattara et Sidiki Diarra dit Netzer (R.I.P) qui m’ont formé à l’USFRAN et mis sur orbite. Tout ça sous la houlette du regretté Président Dramane Zerbo. Je salue la mémoire de ceux qui ne sont plus de ce monde.

Avec tout ce vécu à Bobo, avez-vous des anecdotes à nous raconter ?

J’en suis peu fier en réalité. Il y a l’anecdote du café : un soir d’hivernage, petite fraîcheur oblige, avec mes potes du quartier nous nous mîmes en tête d’aller boire du café accompagné de pain beurré (un luxe) sur le boulevard Général Eboué chez Mochitjè. Naturellement personne n’avait un kopeck en poche. Gaillardement, on s’installa sur le banc et chacun passa commande : « 1 verre de café avec une 1/2 baguette beurrée. Il faut doubler le lait sucré ». Après le service, on avala gloutonnement le breuvage en un temps record. Pendant que Mochitjè s’activait autour de son fourneau, nous profitâmes pour prendre la tangente à toute allure dans la pénombre. Ce dernier s’étant rendu compte de notre désertion, s’empara d’un long sabre et se lança vainement à notre poursuite. C’était minable ! Si ventre vide n’a point d’oreille, avec le recul, j’avoue qu’il n’a point de cervelle (rires) !

Je finirai par l’anecdote de la « cueillette » des noix de karité. Nous avions l’habitude de nous y adonner à ladite saison à Sakabi et à Dogona, à défaut d’aller sur la route de Banankélédaga. Quand l’envie de faire le chemin n’y était pas, nous nous postions sur les rails en attendant le passage des femmes qui rentraient de cueillette. Les sentiers étant touffus, nous peaufinions des nœuds dans les herbes qui faisaient chuter les braves femmes. Nous profitions pour vite ramasser quelques noix que nous dégustions au bord du Houet, sous le pont du train, derrière l’abattoir. Manque de pot, un jour, le fils aîné d’une des femmes était dans le cortège des cueilleuses. Plus âgé et plus fort que nous, il nous infligea une mémorable raclée. Ce fut l’épilogue de cette ruse malsaine. Mea culpa.

Que faites-vous dans la diaspora et dans quel pays résidez-vous ?

J’habite Lessines (ville natale du peintre surréaliste Réné Magritte) en Belgique, petite ville wallonne en Hainaut occidental (environ 20 000 habitants).  Depuis 2002, par mon intermédiaire, elle entretient une coopération exemplaire avec l’arrondissement 2 de Bobo, où je réside avec ma famille lors de nos séjours annuels.

Bientôt 20 ans de coopération dans le domaine environnemental, de la micro-finance, de l’expertise dans l’administration etc. La dernière réalisation en date est la construction du bâtiment (R+1) de l’État Civil avec un équipement informatique de pointe et une dotation en énergie autonome et en moyens de locomotion afin de pouvoir enregistrer les naissances dans les villages et contrées reculés. Chaque enfant né doit disposer du précieux sésame : un acte de naissance, qui ouvre les portes de l’école. C’est important. La somme des investissements depuis le début avoisine le million d’euros, dont les 90% sont subsidiés par le gouvernement wallon.

Certes, je suis impliqué dans la vie politique de ma ville d’adoption, mais cette coopération est bien antérieure à mon statut d’élu local comme conseiller municipal à l’action sociale. Ma plus grande fierté, c’est l’équipement du Centre de Santé et de Promotion Sociale (CSPS) de mon village (Desso) en matériels hospitaliers par l’envoi d’un conteneur il y a une quinzaine d’années.

Au sein de la Diaspora, je suis aussi administrateur de la jeune association “La Diaspora de Sya” dont le siège est à Nantes (Loire-Atlantique, France). Tout Bobolais/Bobolaises (natif ou d’adoption) en dehors du pays, désireux de rejoindre l’association peut prendre contact par mail : diasporadesya@gmail.com à l’attention de la secrétaire Mme Eve Beba et par facebook en tapant « Diaspora de Sya ». Mme S.Kassamba en est la présidente.

Et comment comptez-vous rendre Bobo attractif avec toutes vos activités et projets ? 

Sur le plan de la culture et des arts, une initiative hautement louable à venir et à mettre au compte de la diaspora, c’est le Festival SYA FASSA (Nerf ou louange de Sya en Dioula). C’est un projet avec des artistes bobolais de renommée mondiale comme Serge-Aimé Coulibaly, Seydou Boro, Hassan Kouyaté etc. Loin de concurrencer la Semaine nationale de la culture (SNC), ce festival annuel accroîtrait davantage l’importance culturelle de notre chère ville de Sya. Y faire converger la diaspora bobolaise périodiquement, avec en filigrane une couverture médiatique internationale, pourrait booster la vie sociale et économique de la cité.

Rendre Bobo attractif, c’est aussi des solutions contre le chômage, pour la salubrité, l’embellissement et la sécurité routière. Des contacts sont noués avec des associations bobolaises de jeunes (ICD : Initiatives Communautaires de Développement de M A.T Sanon) et de femmes (3A.F : Association Aide et Action au Faso de Mme Saré) pour le ramassage des sachets et déchets plastiques en vue de leur reconditionnement par une usine de la place. Ceci a l’avantage de créer des sources de revenus pour les membres de ces structures.

Toutefois, la réhabilitation d’un système d’égouttage et d’assainissement (fossés) pourrait répondre aux problèmes d’inondations en saison des pluies.

 Et sur le plan sécurité routière ?

Ma requête sécuritaire auprès des autorités municipales est la suivante : le boulevard de la Révolution revêt un caractère hautement dangereux du fait de sa transformation en gare routière. Il est inadmissible de fermer les yeux sur le désordre ambiant et son côté accidentogène. Combien de victimes faudra-t-il pour stopper l’hémorragie ? Ce boulevard est mortifère. Il tue, mutile à cause entre autres, de l’installation des compagnies de transports qui occasionnent un surpeuplement dangereux pour les usagers de la route. Sécuriser ce boulevard de la mort, c’est un devoir, c’est votre responsabilité. Merci à l’Express du Faso pour cette opportunité.

Kibidoué Eric BAYALA

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