Sénégal, Macky Sall a sauvé sa tête et son pouvoir

Même si lui et ses partisans peuvent se défendre de n’y être pour rien dans ce qui arrive à Ousmae Sonko, Macky Sall, le président du Sénégal n’en est pas pour autant très cleen dans les déboires de son opposant le plus farouche. Après Karim Wade qui constituait un véritable obstacle politique et qui a été emprisonné et contraint à l’exil, ce fut le maire de Dakar, Khalifa Sall, de passer sous le rouleau compresseur de Macky via la justice. Condamné à son tour, il ne pourra pas se présenter à la présidentielle. Aujourd’hui, il est pratiquement réduit au silence.

Ousmane Sonko, arrivé troisième à la dernière élection présidentielle avec 15 % des voix et qui constituait l’espoir dans l’opposition et dans la jeunesse est certainement en train de vivre ce que les deux premiers opposants ont vécu avant lui. Accusé de viol, puis poursuivi pour troubles à l’ordre public alors qu’il se rendait à une convocation d’un juge d’instruction, l’opposant sénégalais risque d’être privé de la prochaine élection présidentielle. Comme s’il avait trouvé dans la justice la parade pour éliminer tous ses opposants, Macky Sall balise ainsi le terrain pour assurer son avenir politique et celui de ses camarades. Idriss Seck, opposant ayant rejoint les rangs de la majorité, le président sénégalais veut être en roue libre pour les prochaines joutes politiques.

Malheureusement pour lui, cette fois-ci, il a eu devant lui un peuple sénégalais dont il semble avoir mal compris le message. Les 15 % de voix obtenues à la dernière élection présidentielle ne sont pas rien pour un jeune homme politique comme Ousmane Sonko. La jeunesse sénégalaise trouve et voit en lui celui qui peut porter ses aspirations. Ce n’est pas pour rien que cette jeunesse se mobilise à chacune de ses sorties pour lui apporter son soutien.  Même s’il peut se targuer de n’être pas directement concerné, le pouvoir de Macky Sall est à la croisée des chemins. Entre libérer Ousmane Sonko, et l’emprisonner, il a choisi le moindre mal. Ousmane Sonko est libre. Le cas Sonko constituait une arête dans la gorge du pouvoir sénégalais qu’il faut négocier et faire sortir sans trop perdre des plumes.

Au Sénégal comme ailleurs, les pouvoirs doivent noter que le temps de ruser et d’user de la justice pour se séparer des opposants qui dérangent est en train d’être révoqué. A son tour, la justice doit savoir que tant qu’elle se mettra à la solde des pouvoirs, les peuples se rendront justice eux-mêmes. Et c’est son image qui prendra le coup. Mais tant qu’elle comprendra que de son impartialité dépendront son image et sa crédibilité, les peuples la respecteront. Si aujourd’hui les Sénégalais se sont révoltés, c’est parce qu’ils ont l’impression (peut-être même la conviction) que le cas d’Ousmane Sonko n’est pas seulement judiciaire, mais surtout politique. Si le pouvoir veut la paix au Sénégal alors qu’il démontre, preuves à l’appui, que Sonko est poursuivi parce qu’il a commis un acte condamnable par les lois sénégalaises. Et que c’est de cela qu’il s’agit et rien d’autre. En attendant, Macky a sauvé sa tête et son pouvoir.

Dénis Dafanius SANOU

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