
Dans la plupart des services déconcentrés à Bobo-Dioulasso, derrière les façades imposantes et les bureaux climatisés, se cache une réalité bien moins reluisante. Franchir le seuil des toilettes de plusieurs services publiques revient souvent à pénétrer dans une zone de non-droit hygiénique. Ces endroits infectes, restent pourtant une nécessité. Une de nos équipes a fait le constat sur le terrain, le mercredi 28 juin 2026.
Dans la ville de Sya, peu sont les toilettes des services publics où l’hygiène est appréciable. L’état des toilettes laisse à désirer. Odeurs nauséabondes, seau insalubre visible dès l’entrée, des portes sans poignées, des interrupteurs hors d’usage, chasses d’eau défectueuses depuis des mois, carrelages jaunis, absence de savon sont entre autres le vécu quotidien de nombre d’usagers. Les portes censées conférer l’intimité au personnel ou à la personne qui y va pour se soulager, sont très souvent défectueuses. Ce qui oblige à maintenir la porte pour qu’elle ne s’ouvre pas par inadvertance. Pourtant, une institution publique n’est pas qu’un simple bâtiment de béton ; c’est le visage de l’État. Lorsqu’une toilette ou autres endroits au sein du service est insalubre, c’est le message d’un service public qui ne se respecte pas lui-même, et qui, par extension, manque de considération pour le citoyen qu’il accueille.
Des responsabilités
Beaucoup de responsables considèrent la gestion de l’hygiène dans les services publics comme une tâche mineure, indigne de leur rang. Si l’insalubrité vient à s’installer dans un service de l’Etat, c’est parce qu’il y a l’absence de suivi et le manque de responsabilité à protéger la santé de son personnel de travail. Le rôle des directeurs et responsables de services est ici central. Les lignes budgétaires dédiées à l’entretien et au matériel de nettoyage sont parfois les premières à être détournées ou négligées au profit de dépenses plus visibles. Un responsable qui possède ses propres toilettes privées, impeccables et verrouillées, se déconnecte totalement de la réalité vécue par son personnel et les usagers. Cette fracture crée une indifférence managériale. Le rôle sociétal de chaque service public est de faire en sorte qu’il soit un lieu saint.
La propreté n’est pas qu’une question de balai, c’est une question de dignité humaine. Considérer les toilettes comme un lieu saint signifie reconnaître que le bien-être physique des agents est la condition sine qua non de leur productivité. Un usager qui trouve des locaux propres et en bon état, repart avec une image positive de l’autorité de l’État. C’est un contrat social silencieux qui se joue dans ces quelques mètres carrés.
De nouvelles mesures s’imposent
Pour que cette situation change, les futurs responsables, directeurs de services doivent adopter une approche radicalement différente, le directeur doit inspecter tous les matériels dédiés à l’hygiène et l’assainissement au moins une fois par semaine. Exiger des sociétés de nettoyage des passages fréquents et vérifiables par un carnet de pointage. Mettre en place un mécanisme simple (numéro d’appel) pour signaler une panne ou un manque de propreté. Rappeler aux usagers et agents que la propreté est l’affaire de tous par un affichage pédagogique. Le futur responsable de service ne doit plus être celui qui reste enfermé dans son bureau, mais celui qui veille à ce que l’environnement de travail, jusque dans ses recoins les plus intimes, respire la santé et la propreté. Pour l’avenir, il faudrait que l’hygiène devienne un critère d’évaluation de la performance des directeurs d’institutions d’État.
Judicaël DOFINI