
Le 4 août 1983 constitue une date très importante dans l’histoire du Burkina Faso. Ce jour-là, le capitaine Thomas Sankara accède au pouvoir à la faveur d’un coup d’État mené par des officiers révolutionnaires. Petit rappel historique.
Tout a commencé le 10 janvier 1983 où le capitaine Thomas Sankara est nommé Premier ministre. Son discours anti-impérialiste et son engagement en faveur de la justice sociale renforcent sa popularité. Le 17 mai 1983, il est arrêté et placé en résidence surveillée. Cette arrestation provoque des manifestations à Ouagadougou et dans plusieurs villes du pays. De Juin-juillet 1983, le capitaine Blaise Compaoré, basé à Pô, prépare avec plusieurs officiers une opération pour libérer Thomas Sankara et prendre le pouvoir. Et la nuit du 4 août 1983, les troupes venues de Pô entrent à Ouagadougou. Le régime du Conseil de salut du peuple du Président médecin-commandant Jean-Baptiste Ouédraogo est renversé. Thomas Sankara est porté au pouvoir. Cette prise de pouvoir met fin au régime du Conseil de salut du peuple et ouvre une nouvelle page de l’histoire nationale avec la Révolution démocratique et populaire (RDP). Le nouveau régime ambitionne de rompre avec les pratiques politiques du passé, de restaurer la dignité du peuple burkinabè et de bâtir un État fondé sur l’intégrité, la justice sociale et l’autosuffisance.
Les premières réformes
Dès les premiers mois, le Conseil national de la Révolution engage une série de réformes profondes. L’État entreprend une lutte contre la corruption, les privilèges et le détournement des deniers publics. Les hauts responsables sont invités à adopter un mode de vie sobre. Les dépenses de prestige sont réduites et les véhicules de luxe de l’administration sont remplacés par des modèles plus modestes. Les Comités de défense de la Révolution (CDR) sont créés afin d’associer les citoyens à la gestion de leurs quartiers, villages et lieux de travail. Les Tribunaux populaires de la Révolution (TPR) sont instaurés pour juger les faits de corruption et de mauvaise gestion. Le gouvernement lance également de vastes campagnes de salubrité publique, de reboisement et de construction d’infrastructures communautaires.
Le 4 août 1984 : naissance du Burkina Faso
Le premier anniversaire de la Révolution est célébré avec un événement historique. La Haute-Volta devient officiellement le Burkina Faso, signifiant « le pays des hommes intègres ». Ce changement traduit la volonté de rompre avec l’héritage colonial et de construire une identité nationale forte. Le pays adopte également un nouveau drapeau aux couleurs rouge et verte frappé d’une étoile dorée à cinq branches au milieu, un nouvel hymne national, le « Ditanyè », ainsi que de nouvelles armoiries inspirées des idéaux révolutionnaires.
Les grandes réalisations de la Révolution
Sous la présidence de Thomas Sankara, plusieurs secteurs connaissent des transformations importantes. Dans le domaine de la santé, une vaste campagne de vaccination permet de protéger des millions d’enfants contre la rougeole, la méningite et la fièvre jaune. De nombreux dispensaires et centres de santé sont construits. En matière d’éducation, des écoles sont ouvertes dans plusieurs localités, tandis que des campagnes d’alphabétisation sont organisées afin de réduire le taux d’analphabétisme. L’agriculture devient une priorité nationale. Les producteurs sont encouragés à accroître les rendements afin d’atteindre l’autosuffisance alimentaire. Des barrages, des retenues d’eau et des aménagements hydro-agricoles sont réalisés. Sur le plan environnemental, le gouvernement mène des campagnes de plantation d’arbres pour lutter contre la désertification. Les infrastructures routières, les logements sociaux et plusieurs bâtiments publics sont construits grâce à des initiatives communautaires.
La vision de Thomas Sankara
Thomas Sankara développe une vision politique fondée sur plusieurs principes. Il prône la souveraineté nationale et estime que le développement doit être porté par les Burkinabè eux-mêmes. Son mot d’ordre, « Produisons ce que nous consommons et consommons ce que nous produisons », résume sa volonté de réduire la dépendance économique. Il défend une gouvernance exemplaire, condamne le culte de la personnalité et appelle les dirigeants à vivre comme leurs concitoyens. Sankara accorde une place importante à la femme dans le développement. Il lutte contre les mariages forcés, encourage la scolarisation des filles, combat les mutilations génitales féminines et favorise l’accès des femmes aux postes de responsabilité. Sur la scène internationale, il devient l’une des principales voix du panafricanisme. Lors du sommet de l’Organisation de l’unité africaine à Addis-Abeba en 1987, il appelle les États africains à refuser collectivement le paiement de la dette extérieure, qu’il considère comme un instrument de domination. Le 15 octobre 1987, Thomas Sankara, père de la révolution est tué lors d’un coup d’État conduit par Blaise Compaoré. Douze de ses compagnons trouve également la mort. Cet événement met fin à la Révolution démocratique et populaire et ouvre une nouvelle période politique au Burkina Faso.
Un héritage toujours vivant
Près de quatre décennies après sa disparition, Thomas Sankara demeure une figure majeure de l’histoire africaine. Son engagement pour la bonne gouvernance, la justice sociale, l’émancipation des femmes, la protection de l’environnement, la souveraineté économique et l’intégrité continue d’inspirer de nombreux citoyens, chercheurs et dirigeants. Si les contextes historiques sont différents, plusieurs observateurs relèvent des similitudes dans les discours et certaines orientations affichées par les Capitaines Thomas Sankara et Ibrahim Traoré. Comme Thomas Sankara, Ibrahim Traoré met en avant la souveraineté nationale, la reconquête de l’indépendance dans les choix politiques et économiques, ainsi que la valorisation des ressources locales. Tous deux insistent sur la nécessité de compter d’abord sur les capacités des Burkinabè pour bâtir un développement durable. Les appels au patriotisme, à l’intégrité, à la mobilisation populaire et à la défense de la patrie occupent une place importante dans leurs interventions. Chaque 4 août rappelle non seulement le début de la Révolution de 1983, mais aussi une période de profondes transformations qui a marqué durablement le Burkina Faso. Quelles que soient les appréciations portées sur cette expérience politique, elle reste l’un des épisodes les plus marquants de l’histoire contemporaine du pays et continue d’alimenter les réflexions sur le développement, la gouvernance et l’indépendance de l’Afrique.
Estelle Wende Mi KOUTOU