Page de la diaspora : Entretien avec Abdoul Aziz Sinka

L’homme des deux festivals, s’appelle Abdoul Aziz Sinka. Né et grandi à Bobo-Dioulasso, cet artiste musicien devenu promoteur culturel vit depuis 2003 à Berlin en Allemagne. A Berlin, c’est le festival «Woka-Kuma» et à Bobo-Dioulasso, c’est FESTICO. Dans cet entretien, Abdoul Aziz Sinka nous parle de son Bobo, de son association Woka-Kuma, et de ses activités culturelles.

 

Qu’est-ce qui vous lie à Bobo?

 

Bobo c’est ma maison, c’est tout pour moi Bobo! C’est là où tu es né et où tu as grandi, qui est chez toi ! Mes parents viennent du Boulgou et mes frères et moi nous sommes presque tous nés à Bobo-Dioulasso ; donc quand tu me demandes d’où est-ce que je viens, je viens de Bobo.

Bobo, c’est le vieux quartier Dioulassoba, parce que c’est là où je me cachais pour aller faire la musique. Quand j’ai commencé à faire la musique, mon papa n’était pas d’accord. Donc je me déplaçais jusqu’au vieux quartier pour y retrouver mes amis. J’y passais toutes mes journées. Il y a aussi les quartiers Bolomakoté, Kuinima, Diarradougou et mon quartier Kolsama. Mais, c’est dans le vieux quartier Dioulassoba que j’ai tout appris sur le plan artistique et depuis plus d’une dizaine d’année je vis à Berlin en Allemagne, où je mène des activités culturelles.

Nous collectons des fonds avec nos ami (e) s à Berlin pour soutenir des projets au Burkina Faso

Quels types d’activités artistiques faites-vous exactement à Berlin?

 

À Berlin, j’ai créé en 2018 avec des ami(e)s une association dénommée Woka-Kuma (donnons-nous la main en langue Bissa). L’association organise chaque année pendant le mois de septembre un festival qui porte le même nom Woko-Kuma. Nous faisons venir des artistes Burkinabé, pas seulement de Bobo mais de tout le Burkina-Faso. Ces artistes font des prestations pour faire connaître la riche culture du Burkina-Faso. En plus, nous collectons des fonds avec nos ami(e)s à Berlin pour soutenir des projets au Burkina-Faso. En 2019, nous avons rencontrés des députés allemands et des

 

On va revenir sur l’art. Quels sont les artistes qui sont venus au festival Woka-Kuma ?

 

Il y a Malika la Slameuse, Dicko Fils, Maï Lingani, Thaliane etc… Avant la création du Festival en 2013, j’ai fait venir des artistes tels que Moussa Coulibaly, Souleymane Diabaté, Diakaria Diabaté, Abdoulaye Diabaté, Adama Kienou, Mama Sanou, Alani, etc… Je faisais venir personnellement des artistes et mon association s’est engagée depuis 2 ans de les faire venir en son nom.

 

Votre association travaille-t-elle avec des partenaires à Bobo? Et que faites-vous ensemble?

 

Je travaille à Bobo avec l’association Woka-Kuma qui existe depuis 2003. C’est mon grand frère qui a créé cette association avec laquelle moi je travaillais. Bien que nos associations portent le même nom, ce sont deux structures différentes qui collaborent sur des projets bien définis. Au Burkina, nous travaillons avec les autorités locales, telles que la commune de Faramana dont le Maire est venu à Berlin en 2019 dans le cadre d’un projet de coopération ; en plus, il y a les mairies de l’arrondissement 1 et de l’arrondissement 7 de Bobo-Dioulasso. Je n’oublie pas la Maire de la commune de Bobo-Dioulasso et le Maire Central qui nous soutient. Nous parrainons aussi des enfants en payant leurs frais de scolarités. Enfin, nous faisons des dons aux hôpitaux, aux centres médicaux, et à des écoles. Je n’oublie pas les associations de femmes que nous supportons avec des moulins. L’année passée j’ai eu à travailler avec le Centre Ciraba.

Depuis plus d’une dizaine d’année je vis à Berlin en Allemagne, où je mène des activités culturelles

 

Comment peut-on rendre Bobo attractif?

 

Ce qui manque à Bobo, c’est le lieu de prestations, les scènes ou les artistes peuvent prester et montrer leurs arts.

 

Il y a le théâtre de l’amitié, la maison de la culture….!

 

Oui mais combien d’artistes au Burkina peuvent louer ces lieux ? Les artistes manquent de moyens pour exercer leurs arts. Par exemple, un artiste qui loue le théâtre de l’amitié à un coût minimum de 500.000F doit être sûr de pouvoir remplir ce lieu mythique de spectacle. Mais combien d’artistes Burkinabè peuvent s’en sortir avec ces coûts ? Ce n’est pas facile » (rire).

 

Voulez-vous dire que les salles de prestation à Bobo-Dioulasso sont trop grandes pour les artistes bobolais/ses? Et il faut les petites salles? ou bien Bobo manque-t-il de promoteurs culturels?

 

Non. Elles ne sont pas grandes les salles, mais elles sont chères pour que les artistes puissent faire des bénéfices. Certains artistes peuvent remplir les salles de spectacles, pour pratiquer leurs arts, mais il faut des promoteurs culturels pour soutenir les artistes. Ce n’est pas aux artistes d’organiser leurs propres concerts.

 

À Berlin, il y a le festival Woka-Kuma et à Bobo?

 

Notre festival à Bobo s’appelle le FESTICO: Festival de danse et de musique traditionnelles de Colsama. Nous avons commencé par des prestations des artistes sur un podium et au fil des années, le festival s’est enrichi des prestations de musiciens et de danses de masques. Aussi, il y a des activités avec des élèves de la ville de Bobo. Par exemples pendant le festival, mes amis berlinois/ses et moi travaillons dans des écoles sur des textes avec des élèves : les élèves prennent trois jours pour rédiger leurs propres histoires et ces histoires sont lues le dernier jour du festival.

Cette année, nous avons aussi organisé des spectacles, des ateliers de danses et de musique dans les écoles. Le festival a fait venir un danseur de Ouaga spécialement pour venir faire un stage de trois jours gratuitement. Aussi, un DJ est venu spécialement de Berlin et il a donné pendant deux jours un atelier aux DJs de Bobo à la maison de la culture. Les participants à cet atelier ont fait un mixage qu’ils ont présentés sur la scène du festival. Cet atelier fut financé par l’ambassade d’Allemagne à Ouagadougou.

Nous avons travaillé aussi avec la Commission de l’Informatique et des Libertés (la Cil). En effet, nous avons constaté que certains artistes ne connaissent pas les dangers des réseaux sociaux. Une formation délivrée par la Cil pendant deux jours a permis de donner des éléments de droits aux artistes sur la protection des données personnelles sur les réseaux sociaux.

 

Vos partenaires vous soutiennent-ils financièrement ?

 

L’Ambassade d’Allemagne est un partenaire solide qui finance certains projets. Aussi, la mairie de l’arrondissement 7 de Bobo nous soutient ; mais la plus grande partie de nos financements vient de nos ami(e)s berlinois/ses.

Au Burkina Faso, ce qui est marrant, c’est que très souvent on ficèle les projets et des activités avec des partenaires qui nous promettent de potentiels financements. Au moment du festival, tu ne peux même pas les avoir au téléphone ; tu ne les vois pas ! Après le festival, les factures ne sont pas gérées. La plupart du temps, je dois puiser dans mes propres fonds pour régler les factures et les honoraires des artistes. C’est aussi ça l’engagement pour sa ville (rire) !

Entretien réalisé par Kibidoué Eric BAYALA

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