Autant le dire : Stratégie Togo-Sahel, le pragmatisme togolais

Là où la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et certains pays dans l’espace ouest-africain pris individuellement, sont en train de tergiverser, le Togo a pris ses responsabilités. La Stratégie Togo-Sahel répond sans fioriture à cette exigence. Tant que les pays de l’hinterland, notamment ceux du Sahel (Burkina Faso, Mali et Niger) ne sont pas stables sur les plans politique, sécuritaire et économique, les pays du Golfe de Guinée ne le seront jamais. Ces pays de l’Afrique de l’Ouest, regroupés au sein de la CEDEAO et de la Confédération de l’Alliance des Etats du Sahel sont tellement liés sur tous les plans qu’aucun ne peut assurer tout seul son développement sans les autres. Il est donc temps de se parler homme-à-homme. C’est ce que le Togo a entrepris.

Puisque, en plus des accords et des points de collaboration qui peuvent être envisagés au niveau multilatéral (entre CEDEAO et AES), chaque pays est libre de faire ses choix de coopération avec le Sahel ou le pays de son choix. Sur le plan sécuritaire, la preuve a été donnée à plusieurs occasions que les groupes armés ne connaissent pas de frontières. Ils ne choisissent pas non plus leurs cibles. Autant ils attaquent au Mali, au Niger et au Burkina Faso, autant ils attaquent en Côte d’Ivoire, au Togo, au Bénin au Nigéria et sont capables de le faire dans n’importe quel autre pays ouest-africain . Pour les contrer efficacement, il n’y a que la mise en commun des moyens et des stratégies de lutte. Tant sur le plan du renseignement que sur le plan de la lutte armée elle-même. Autrement dit, les groupes armés terroristes ne doivent pas pouvoir faire de certains pays des bases-arrières ou des pays de refuge quand ils sont traqués dans d’autres. Malheureusement, malgré la situation très préoccupante, c’est le cas depuis longtemps. Et c’est ce que le Togo refuse, officiellement mais surtout sur le terrain, d’être.

Sur le plan économique, les pays du Sahel sont liés au pays du Golfe de Guinée par le trafic maritime. Ce sont les ports de ces pays qui approvisionnent les pays du Sahel en diverses marchandises et autres produits. En retour, cela constitue d’énormes ressources financières pour les économies de ces pays. Les économies de ces pays sont donc étroitement liées. La nécessité de s’accorder sur l’essentiel et de coopérer s’impose forcément, en dehors de toute considération.

Sur le plan politique, la recomposition de la géopolitique, au plan mondial et africain, veut que les pays de l’Afrique de l’Ouest adoptent des positions plus ou moins communes s’ils veulent survire, devenir plus forts et préserver les intérêts de leurs peuples. Toute division et dispersion des énergies sera préjudiciable à la cohésion, à l’intégration des peuples et à la paix. Unis et rassemblés autour d’objectifs et de stratégies de développement communes, ils seront plus forts et puissants face à n’importe quel autre pays et regroupement de pays pour défendre les intérêts communs de leurs peuples. Car, les peuples ouest-africains ont des intérêts communs, et ce depuis la nuit des temps. Les dirigeants passent, mais les pays et les peuples demeurent.

Dabaoué Audrianne KANI