Autant le dire : si le coton n’est plus une priorité, qu’on le dise alors !

Même si les météorologues prévoient que la saison des pluies va démarrer un peu tardivement, cela ne devrait pas être une raison pour la mise en place de l’ensemble du dispositif devant permettre aux producteurs de coton de le faire. Habituellement (sans doute que certains diront que ce n’est pas une obligation) les prix des intrants (engrais, pesticides et insecticides) et du prix d’achat du kilogramme de coton bord-champ sont communiqués au moins avant le début de la saison. En tout cas entre les mois d’avril et de mai. Ce qui permet aux producteurs de faire leurs prévisions de production. Car, tout comme les économistes et autres spécialistes des questions de production et d’économie, les producteurs font des calculs, parfois très rigoureux pour tenir compte du contexte. Ce ne sont donc plus des producteurs comme on les connaissait il y a cinq ou dix années en arrière.

C’est pourquoi, il est difficile de comprendre que jusqu’à présent (au moment où nous mettions sous presse la présente édition) les prix des intrants et du kilogramme de coton graine ne soient pas encore communiqués. Alors que les producteurs attendent de les connaitre pour prendre des décisions. Les expressions de besoins déjà faites ne sont pas des engagements définitifs. Les producteurs ayant la possibilité de retourner les intrants s’ils estiment que les conditions d’une meilleure production ne sont plus remplies. C’est à se demander si le coton est encore une priorité pour le Burkina Faso.

Il est sans doute vrai que le contexte international lié à la guerre en Ukraine et au Moyen Orient rend difficile l’approvisionnement en engrais dont les prix peuvent évoluer très rapidement à la hausse. Cependant, il est du devoir de l’autorité de trouver les mécanismes nécessaires afin de permettre aux producteurs du coton de bénéficier des intrants pour produire. Car, il est nul doute que la situation actuelle risque d’impacter les intentions de production cotonnière de la campagne en cours que les acteurs fixent à 500 000 tonnes.

Au moment où l’Etat burkinabè a décidé de prendre entièrement le contrôle de la Société burkinabè des fibres textiles (SOFITEX), société leader de la production du coton au Burkina Faso, il est indispensable de prendre des mesures pour assurer une production de coton assidue et continuellement en hausse au Burkina Faso. On ne peut pas engager une si forte industrialisation autour du coton et donner l’impression d’hésiter sur les mesures fortes à prendre pour assurer une production à grande échelle du coton. Les nombreuses usines et complexes de transformation du coton qui sont en construction ou en études, fondent leurs espoirs sur une forte production du coton dans les années à venir. Les industries de production d’huile alimentaire et d’aliments pour bétail n’en font pas moins.

Par ailleurs, la production du coton a un effet d’entrainement sur toutes les autres spéculations agricoles à tel point que peu de coton, peut induire des conséquences négatives par la production céréalière par exemple. Le coton, dit-on, n’enrichit pas des individus mais toute une communauté. Une faible production du coton pourrait donc priver des communautés entières de revenus pour leur bien-être. Si ce n’est pas tard, il faut donc aller vite, mais bien !

Dabaoué Audrianne KANI