Présidentielle risquée en Côte d’Ivoire

Alassane Ouattara est parti pour s’offrir une élection ‘’rien en face’’ pour un troisième mandat à la tête de la Côte d’Ivoire. Ses principaux alliés dans la construction de ce boulevard électorale ne sont autres que ses principaux opposants, les présidents des deux principales formations de l’opposition politique actuelle en Côte d’Ivoire. Le PDCI/RDA de l’ancien président Henri Konan Bédié, et le FPI de l’ancien Premier ministre de Laurent Gbagbo, Pascal Affi N’Guessan.  En déclarant ne pas se sentir concernés par cette élection présidentielle sans garantie de conditions de transparence, ils laissent la voie libre au président sortant et candidat à sa propre succession, Alassane Dramane Ouattara. Il est presque certain que celui-ci ne lésinera pas sur les moyens pour garantir la tenue effective du scrutin. Car, le boulevard électoral risque d’être obstrué par des militants autrement plus déterminés que les mots d’ordres de leurs chefs. On ne sait comment les partisans des deux hommes répondront à leur appel le jour du vote et même avant. Beaux joueurs, les deux grands opposants, en décidant de s’en laver les mains, délégitiment à leur façon ce scrutin avec de sérieuses menaces de perturbations par cet appel à un boycott actif. La dernière phase de cette fronde vient de commencer. La campagne électorale est ouverte en effet depuis minuit de ce jeudi 15 octobre 2020. Et sauf ce retrait, les quatre candidats (le quatrième étant Koffi Konan Bertin) auraient eu jusqu’au 29 de ce mois pour convaincre les 7 millions et demi d’Ivoiriens inscrits sur les listes de la CEI (Commission électorale indépendante) à voter chacun en sa faveur. Et à la date du 31 octobre, le vote utile aurait eu lieu selon les souhaits du président de la CEI ivoirienne. Mais, combien des inscrits feront-ils le déplacement vers les urnes et pourront-ils dans la sérénité remplir ce devoir citoyen munis de leurs cartes d’électeurs ? C’est la chose la moins sûre dans la situation actuelle qui a quelque chose de potentiellement explosif et inquiétant au regard du passé récent. Les deux grands adversaires ont donné des consignes de boycott du processus de distribution même des cartes d’électeurs et donc de participation au scrutin. Quant on sait la fougue de la rue ivoirienne en pareille circonstance, la suite peut aller plus loin que les mots exprimés. Est-ce le but recherché et inscrit dans ces menaces peu voilées ? ‘’ Il n’y aura pas d’élection le 31 octobre en Cote d’Ivoire’’, clament les opposants.  Lundi 22 octobre déjà, c’est à Accra, après un insolite séjour touristique à Koumassi qualifié de retour aux sources par l’ancien président, qu’Henri Konan Bédié en appelait à la communauté africaine et internationale pour qu’elles s’impliquent dans le processus électoral en cours dans son pays. Car, estimé illégale du fait de la candidature jugée anticonstitutionnelle du président Ouattara pour un troisième mandat. Alassane Ouattara pourrait donc se retrouver sinon seul, seulement en face d’un opposant moins lourd que Bédié et Affi N’Guessan, à savoir Koffi Konan Bertin. La détermination de la coalition Bédié-Affi N’Guessan, si elle se traduit aussi fermement dans les rues ivoiriennes que dans les discours de certains de leurs sympathisants, a de quoi inquiéter dans ce pays où les tensions sociopolitiques peuvent dégénérer jusqu’au pire, comme le rappelle durement un passé que personne ne veut revivre ou revoir dans la sous région. A commencer par les Ivoiriens eux-mêmes !

Sibiri SANOU

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