
Autant le Président du Nigeria justifie la situation sécuritaire dans son pays par l’incapacité des trois pays du Sahel (Burkina Faso, Mali et Niger) à juguler le terrorisme, autant les Présidents des trois pays sont plus autorisés à l’accuser pour avoir laissé l’insécurité se propager dans toute la sous-région. Car, s’il avait efficacement maté Boko Haram, qui est antérieur au Jnim (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans) et à l’EIGS (État islamique au grand Sahara), certainement que ces deux branches du terrorisme n’auraient pas existé au Sahel. Car, quoi qu’on dise, tous ces groupes ont des liens. Ils propagent pratiquement la même idéologie, ils sont tous criminels.
Aussi, au lieu d’accuser les trois pays de l’Alliance des Etats du Sahel (AES), le Président nigérian devrait plutôt se rapprocher d’eux. Pour envisager ensemble les perspectives d’une coopération renforcée afin de mener ensemble le combat. C’est ce que les Présidents des trois pays de l’AES ont compris très tôt après avoir quitté la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en créant d’abord l‘AES puis une force militaire unifiée composée de plusieurs milliers d’hommes. Le premier objectif est de mutualiser les moyens de lutte. Car, une fois de plus, ils ont compris que pris individuellement, les trois pays sont fragiles et ne peuvent en aucun cas venir à bout des groupes armés terroristes. Qui, quand ils sont traqués dans un pays, se réfugient dans un autre. D’où le deuxième objectif qui consiste à les poursuivre partout sur n’importe quel territoire des trois pays. Autrement, dès qu’il y a un danger dans l’un des trois pays, la force unifiée intervient sans restriction de frontière. Malheureusement, aucun des trois pays n’est autorisé à pourchasser des groupes terroristes sur le territoire du Nigeria. C’est à cette perspective que le Président nigérian devrait réfléchir plutôt que de tenir des propos défaitistes qui pourraient fragiliser la lutte contre l’ennemi commun.
Une fois de plus, que les Présidents de la sous-région le sachent. Les peuples ne sont pas intéressés par leurs divergences idéologiques. Ils veulent la sécurité et la paix. Aussi, s’ils veulent réellement rentrer dans l’histoire par la grande porte, ils ont l’obligation de se parler franchement, de définir une politique sous-régionale globale, cohérente et résolument engagée contre les groupes armés terroristes.
Au début, les pays du Sahel, notamment le Niger et le Burkina voyaient ce phénomène terroriste de très loin. Même des pays du Golfe de Guinée pensaient qu’ils étaient épargnés. Aujourd’hui, aucun pays en Afrique de l’Ouest n’est à l’abri des attaques terroristes. Qui qu’il soit, ils ont presque tous été attaqués, d’une manière ou d’une autre. Malheureusement, seuls quelques-uns ont mis en place une coopération militaire conjointe contre l’insécurité et le terrorisme. En attendant, les groupes armés terroristes vont d’un pays à l’autre, attaquent, tuent et pillent. Pauvre Afrique de l’Ouest.
Dabaoué Audrianne KANI