
Patrice Ilboudo est titulaire d’une licence en Agronomie, option production végétale, obtenue à l’université privée Baba Coulibaly. Après l’obtention de son diplôme, ce jeune agronome ne chôme pas comme le font de nombreux jeunes diplômés sous nos cieux. Il a décidé de jeter son dévolu sur la culture hors-sol à son domicile au quartier Belleville de Bobo-Dioulasso. Il y cultive plusieurs types de légumes tels que la tomate, le chou, la salade, les aubergines, les oignons et le piment pour n’en citer que ceux-là. Zoom sur ce jeune agronome passionné qui a su transformer un espace réduit dans une cour habitation en un véritable jardin.
Mardi 11 août 2026. Dans une cour d’habitation se cache un jardin spécialisé dans la culture hors-sol. Des rangées de plants de piment, de tomate, d’oignon, de poivron et de chou poussent dans des pneus, des sacs et bien d’autres récipients remplis de limon et disposés soit par terre, soit sur le mur. Le décor montre des plants avec une fière allure. Nous sommes en cette matinée au quartier Belleville de Bobo-Dioulasso en compagnie de Patrice Ilboudo, agronome de formation, exploitant dudit jardin. Il passe au peigne fin tous les plants de sa superficie pour s’assurer soit de l’humidité ou anticiper sur d’éventuelles attaques de ravageurs. Ce geste est devenu un rituel qu’il exécute chaque matin avec enthousiasme. La trentaine bien sonnée, Patrice Ilboudo a décroché son diplôme de licence en agronomie en 2025 à l’Université privée Baba Coulibaly dans la cité de Sya. Mais avant tout, entre le jeune agronome et l’agriculture, c’est une question de passion et il ne le cache pas. Ce qui l’a d’ailleurs poussé à opter pour la filière agronomie en 2021 après l’obtention de son Baccalauréat. Les débuts de son jardin « hors-sol », relate-t-il, remontent à sa première année à l’université même le jardin était à titre expérimental. « Dès ma première année, j’ai commencé la production à la maison. Après la théorie à l’école, arrivé à la maison, je faisais la pratique et j’ai commencé par la culture du chou en hors-sol », raconte-t-il. Pour la petite histoire, pour l’obtention de son diplôme, son jardin lui a servi de cadre de stage pendant que bon nombre de ses camarades devaient se trouver un lieu de stage. C’est en octobre 2025, à l’en croire, que son petit jardin prendra véritablement son envol. Il décide d’intégrer à ses spéculations le poivron et surtout le piment. C’est à partir de là que Patrice Ilboudo commence à profiter véritablement des premiers « fruits » de son jardin. « J’ai commencé la commercialisation avec un sac de 25 kg », confie-t-il fièrement. La première récolte étant encourageante, il décide alors d’augmenter le nombre de support en ajoutant 70 sacs remplis de terre fertile. De 70 pieds au départ, le jardin compte aujourd’hui plus 450 plants dominés par le piment. Cette préférence du piment est bien réfléchie et M. Ilboudo a des explications. « J’ai opté pour le piment parce que c’est une production qui est rentable. Aussi le piment est une plante vivace qui peut aller jusqu’à 3 ans », laisse entendre le technicien agricole. Comme confidence, il nous confie que pour sa première récolte, il a eu au minimum 20 boites de piment alors que sur le marché la boite de piment coûte 4000 F CFA. A l’écouter, c’est concrètement en 2026 qu’il débute avec la commercialisation et sa clientèle, dit-il, est majoritairement constituée de vendeuses de condiments. « Il y a une dame qui s’est engagée à acheter mes productions, une fois les récoltes venues », annonce-t-il. En plus des vendeuses de condiments, Patrice Ilboudo a à son compte, les clients du quartier et ceux qu’il attire à travers ses publications sur les réseaux sociaux. Autre chose qu’il évoque, avec les notions de vente, marketing et de comptabilité qu’il a apprises à l’université Baba Coulibaly de Bobo-Dioulasso, il arrive à attirer la clientèle et à écouler ses marchandises.
« Son plus grand rêve »
Patrice Ilboudo n’est pas du genre à dormir sur ses lauriers. Seulement, il manque de ressources pour juguler les difficultés qui limitent ses ambitions. Son plus grand défi, c’est avoir un terrain aménagé digne de ce nom. Le projet qui le tient à cœur est d’avoir un terrain au minimum d’un hectare dédié exclusivement à la culture hors-sol. « Je vis de ma passion. Et j’aimerais mieux faire, si j’ai la capacité », ambitionne-t-il. L’entourage de notre agronome témoigne sur sa combativité et son amour pour ce qu’il fait. Nicolas Somda, son aîné de promotion à l’université, est son ami. Il sait de Patrice Ilboudo un jeune bosseur, dynamique, courageux, engagé et passionné de l’agriculture. Yacouba Keïta, lui, est le bailleur de Patrice Ilboudo. C’est lui qui a autorisé le jeune étudiant à utiliser gracieusement l’espace de sa cour pour son projet et il ne regrette pas de l’avoir fait. « Patrice est vraiment courageux et attentif. J’apprécie bien ce qu’il fait depuis qu’il est dans ma cour », indique M. Keïta. Il n’exclut pas, si les conditions venaient à être réunies, d’aider son jeune locataire combatif avec un terrain vide pour l’expansion de son projet. « Je sais qu’il peut mieux faire que cela. La cour est vraiment petite par rapport à son potentiel », affirme Yacouba Keïta. Pour le jeune homme, c’est cette passion et son engagement est sa façon de participer à la souveraineté alimentaire nationale. Tout comme le font d’ailleurs ceux qu’il cite comme ses idoles dans le domaine de l’agriculture comme le ministre d’Etat en charge de l’Agriculture, Ismaël Sombié. « Je veux le rencontrer, pas pour son titre de ministre mais pour son engagement et son abnégation afin que les Burkinabè puissent avoir au minimum deux ou trois repas par jour », argumente-t-il. En attendant, notre agronome n’a pas les gros moyens de ses ambitions, mais il a sa passion, sa volonté et son amour pour ce qu’il fait, la culture hors-sol.
Estelle Wende Mi KOUTOU