Autant le dire… : tentative de coup d’État, les Burkinabè n’en ont pas besoin !

Il faut le dire tout net. Le Burkina Faso n’a pas le droit d’envisager un énième coup d’État. Aussi, toute tentative allant dans ce sens doit être vigoureusement dénoncée et condamnée. Le pays a déjà souffert des multiples coups d’État et insurrections qu’il a connus, voire subits. À l’analyse, on pourrait même dire que le retard de développement et de progrès que les Burkinabè accusent est dû en partie à ces nombreuses remises en cause perpétuelles des politiques publiques dans ce sens. Quel développement durable peut connaître un pays dont tous les chefs d’État ont quitté le pouvoir à la suite de coup d’État ? Quelle stabilité politique durable peut connaître un pays dont les institutions ont toujours été déstabilisées à la suite d’un coup d’État ou d’une insurrection populaire ? Le président Maurice Yaméogo a quitté le pouvoir suite à une insurrection le 3 janvier 1966. Six ans seulement après l’indépendance politique du pays. Le président Aboubacar Sangoulé Lamizana a été destitué par le coup d’État du colonel Saye Zerbo en 1980. Celui-ci sera à son tour déchu en 1982 par le coup d’État qui a porté le médecin commandant  Jean-Baptiste Ouédraogo au pouvoir.

Deux ans après, ce dernier sera chassé du pouvoir en 1983 par un coup d’État. Le Capitaine Thomas Sankara arrive au pouvoir mais il sera destitué et assassiné quatre ans après en 1987 par un autre coup d’État. Après un long règne de 27 ans, Blaise Compaoré va quitter le pouvoir à la suite d’une insurrection populaire en 2014 qui aura fait 24 morts. Élu après une courte transition d’une année, le président Roch Marc Christian Kaboré sera évincé en janvier 2022 par le coup d’État de Paul-Henri Sandaogo Damiba qui n’aura passé que huit mois au pouvoir. Car un autre coup d’État conduit par le Capitaine Ibrahim Traoré met fin à son règne. Au pouvoir depuis fin septembre 2022, le Capitaine Ibrahim Traoré a subi plusieurs tentatives de coup d’État. Autant donc dire que ce pays est ingouvernable ? En tout cas, les faits parlent d’eux-mêmes.

Que les Burkinabè le sachent une fois pour toute : un coup d’État aurait mis un terme aux réformes actuellement en cours dans notre pays. En plus, il aurait divisé davantage les Burkinabè comme tous les coups d’État précédents l’ont fait. Même déjoué, il ne divise pas moins et ne creuse pas moins le fossé des frustrations déjà assez grand entre les Burkinabè. A tout point de vue, cette énième tentative de coup d’État vient fragiliser l’élan de refondation du pays amorcée par les autorités au pouvoir et le discrédite, le fragilise. Pire, elle vient radicaliser davantage le pouvoir en place dans ses positions. Ce qui est tout à fait naturel car tout pouvoir qui se sent menacé et persécuté renforce sa protection et sa sécurité. Par conséquent, devient plus menaçant et moins conciliateur avec toute opposition. A dire vrai, si certains estiment que le pouvoir du Capitaine Ibrahim Traoré st dictatorial, c’est en partie parce qu’il est continuellement menacé de déstabilisation et la vie de ceux qui l’exercent toujours menacée. Il faut arrêter tout cela parce que ça nous empêche d’avancer vers le développement, le progrès et le bien-être. Il faut que le pouvoir prenne des mesures pour criminaliser les coups d’État afin de dissuader toute éventuelle velléité. Les Burkinabè en ont assez et veulent enfin se concentrer exclusivement sur l’avenir de leur pays.

Dabaoué Audrianne KANI