Alain Sanou, 4ème adjoint au maire chargé de la culture : « Nous avons travaillé pour une prise de conscience de la population »

Avec la prolongation décidée par le gouvernement, il reste encore quelques mois avant la fin du mandat en cours pour le conseil municipal de Bobo-Dioulasso. Qu’a-t-il pu mettre en œuvre côté “culture” ? Alain Sanou, 4ème adjoint au maire chargé entre de la culture, a rendu visite à notre rédaction. Substance d’un entretien pour bilan culturel dans la cité des masques et des silures du Dafra.

L’occasion d’un bilan culturel

N’eut été la prolongation du mandat, nous sommes à son terme. Il est donc temps de parler bilan. Nous avions trois volets à développer concernant la culture pour notre mandat. Nous sommes venus trouver une situation de stagnation dans ce secteur. Beaucoup de Bobolais ignoraient que leur ville a été désignée comme capitale culturelle du Burkina Faso.

Le premier combat a été donc de mener des actions de sensibilisation pour qu’il y ait une prise de conscience en ce sens et que chacun sache qu’une ville peut se développer à partir de la culture.

Ensuite, nous avons mis l’accent sur l’originalité. Car, c’est elle qui est valorisée dans la chose culturelle. Il y a beaucoup de potentialités dans les différentes cultures présentes à Bobo-Dioulasso. Il s’agit de voir dans quelle mesure exploiter ces différentes sensibilités culturelles de la population ?

Par ailleurs, nous avons travaillé à jouer notre rôle par rapport à notre vocation envers l’État. Nous sommes responsables de pas mal d’activités dans notre ville, notamment la Semaine Nationale de la Culture (SNC) qui se déroule chaque deux ans dans notre ville. C’est un outil très important pour notre ville.

Mais, c’était comme une activité qu’on venait nous donner pour un temps, et repartir ensuite avec ça à Ouagadougou. La commune et la population ne s’étaient pas approprié cette activité. Nous avons revendiqué notre place dans l’organisation de cette activité et cela a été reconnu.

Troisièmement, il nous revient de travailler à maintenir et à valoriser ce que l’Etat nous donne sur le plan culturel comme soutien. Sur les trois volets on peut parler de satisfaction, car aujourd’hui les masques au niveau de la communauté bobo  restent une activité phare annuellement dans la ville de Bobo. Ces valeurs, ces potentiels sont reconnus dans la ville et notre politique est la prise de conscience. Les coutumiers nous accompagnent par rapport à notre implication. Le calendrier des funérailles que nous voulons proposer, c’est pour qu’il n’y ait pas de hasard dans la tenue annuelle de cette activité touristique qui génère des devises et participe ainsi au développement de la ville.

La pérennité de statut de la ville et la mise en place des structures et infrastructures qui y manquent.

A ce niveau, nous pouvons dire que tout est lié à la vision et à la volonté du conseil municipale. Si un conseil municipal n’est pas dynamique, s’il n’a pas une vision de promotion de la culture, il est clair que son mandat sera un moment mort pour la ville. Et ce sera l’occasion pour d’autres villes de se faire une place au soleil à son détriment.

Le maire et ses collaborateurs sont conscients des enjeux et travaillent pour que toute la ville raisonne et sonne culture. Bobo-Dioulasso devait avoir des écoles d’art, des accompagnements au nom de l’Etat. Il y a des projets de développement de la ville en ce sens, comme le projet de construction de la cité des artistes et le gouvernement participe aux activités culturelles de la ville à travers les ministères. C’est déjà un bon signe pour le développement de la ville. Plusieurs fois, le président est passé à Bobo. Cela montre son intérêt pour la ville.

La participation de tous les acteurs de développement culturel

C’est une question importante. C’est le rôle de la commune toujours. Nous avons un directeur de la culture qui n’est pas forcément un Bobo. Mais, cela ne veut pas dire que c’est un directeur qui ne s’intéresse pas aux masques : il s’y intéresse pleinement. Mais aujourd’hui, il est prématuré pour celui qui n’est pas Bobo de s’y impliquer à proprement parler.

Cela ne rassure pas les coutumiers. C’est en cela qu’il y a un intérêt à ce que le maire de la culture que je suis, soit un Bobo. Donc, je peux parler avec eux tous, tous ces acteurs qui ont de la compétence en la matière. Pour pouvoir donner cette vision-là, nous voyons dans quelle mesure parler à la population pour qu’elle puisse mieux s’auto-organiser.

En tant que chargé de la culture dans la commune, je parle aux acteurs culturels et ceux qui sont compétents dans le domaine. Ils font leurs propositions et nous voyons dans quelle mesure, nous irons chez les autochtones et la communauté pour gérer l’activité. Un jour viendra, ça sera des gens purement techniques qui viendront les aider à travailler et le maire chargé de la culture ne sera pas présent. Mon rôle, c’est un rôle de communicateur et de sensibilisation auprès des acteurs culturels.

Nous allons faire un calendrier des funérailles, c’est du jamais vu. Actuellement, pour un week-end il y a au moins quatre à huit villages qui font les funérailles le même jour. Cela n’est pas intéressant. Il faut travailler à l’avance pour que les villages ne puissent pas s’entrechoquer. Cela profitera au tourisme sur le terrain.

La SNC et la cité des artistes

Nous nous intéressons à la SNC et la cité des artistes. Mais, il ne nous appartient pas de dire à quelle date la SNC sera organisée et même à quel niveau est la construction de la cité des artistes. Nous sommes toujours présents. C’est vrai que nous sommes proches de l’information lorsqu’elle est donnée. Mais, soyez rassurés ! Tout le monde est pressé pour que l’édition qui a échoué puisse voir le jour. Les techniciens sont entrain de travailler dans ce sens. Egalement au niveau de la cité des artistes, le maire de la commune va y faire une sortie bientôt. La mairie a joué sa partition en trouvant un site à ses artistes. Ce site n’a pas fait l’objet de bruit, car les propriétaires terriens ont été dédommagés.

Des chantiers en vue ?

Quand je parle de bilan, je parle de politique de sensibilisation. Comprenez que vous avez à faire à des chefs coutumiers qui ne raisonnent que coutumes et cultures. Qu’ils acceptent qu’on apporte un petit changement par rapport à la faisabilité, à la bonne formule à trouver et à l’agenda. Cela veut dire que la sensibilisation a marché.

Aujourd’hui, ils sont conscients que l’activité des masques peut rapporter quelque chose à la population car, c’est une richesse culturelle, une industrie culturelle qu’on peut développer. A chaque fois qu’ils ont des activités, la mairie est conviée. Aujourd’hui sans prise de conscience, la culture serait morte. Prenez le cas des dodos.

Le dodo que nous avons connu avant, n’est plus. La mairie a travaillé pour qu’un dodo qui ressemble à un masque ne soit plus vu dans la ville. Cette collaboration existe entre nous. Je voudrais remercier les coutumiers et tous les responsables de nos traditions et le gouvernement par rapport au bon choix qu’ils ont donné à notre ville à travers cette vocation.

Nous sommes prêts à aller à l’étape suivante à savoir, «la modernisation » de nos traditions. On ne touche pas au sacré, mais quelle est l’intelligence qu’on peut trouver pour que cela puisse avoir du succès.

Propos recueillis par Sibiri SANOU

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