Le village de Dogona, dans l’arrondissement 3 de Bobo-Dioulasso, connait depuis le mardi 15 septembre, des moments particulièrement tendus autour d’un différend portant sur un site funéraire
Sur place, l’atmosphère était loin d’être sereine. À notre arrivée, des jeunes circulaient dans les principales artères du village, certains munis de machettes, de gourdins, de haches, de bâtons et d’autres objets pouvant servir d’armes. Des femmes étaient également regroupées aux abords du cimetière, certaines tenant des objets similaires.
Origine du différend, l’exécution d’une décision de justice autour d’un cite utiliser comme cimetière par la population. Un particulier se revendique la propriété dudit site de culte. Les populations se sont opposés quand des machines sont venues pour la démolition du mur de la clôture du site. Les manifestations ont enregistré un décès dont les circonstances restent à établir. C’est dans ce contexte tendu, que les forces de sécurité ont pris position à l’intérieur du site afin d’en assurer la sécurisation et d’empêcher d’éventuels affrontements.
Une décision de justice exécutée
Joint par téléphone, le Président de la délégation spéciale (PDS) de l’arrondissement 3, Domonbagnèrè Kisito Dabiré, confirme l’exécution d’une décision de justice par un huissier. Le PDS précise que le site concerné est situé hors lotissement. Il indique par ailleurs que des démarches sont en cours auprès des différentes parties afin de ramener le calme et de trouver une issue apaisée à la situation.
Le chef de Dogona maintient son opposition
Pour entendre la position des responsables coutumiers, nous nous sommes rendus chez le chef du village de Dogona, Fidèle Sanou. Celui-ci nous a reçus en présence de ses notables. Le chef et les responsables coutumiers affirment œuvrer pour le retour au calme, conformément à l’appel des autorités. Mais ils maintiennent leur opposition à toute démolition du cimetière pour permettre, selon eux, la réalisation d’aménagements par un particulier. Pour eux, ce site constitue un espace funéraire appartenant à la communauté et ne saurait être simplement transformé au profit d’un particulier. Les notables évoquent également une autre source de préoccupation. Selon eux, leur principal lieu de culte serait lui aussi menacé par la même personne. Une situation qui, à leurs yeux, renforce les inquiétudes et la détermination des populations à défendre ces espaces.
Malgré la tension constatée sur le terrain, les responsables locaux et coutumiers disent vouloir éviter toute confrontation. La présence des forces de sécurité vise notamment à prévenir une éventuelle escalade et à maintenir l’ordre autour du site. Reste désormais à savoir comment les différentes parties pourront parvenir à un calme durable dans ce dossier mêlant décision judiciaire, revendication foncière et attachement communautaire à un espace utilisé comme cimetière. En attendant, la situation demeure suivie de près à Dogona. Nous restons dans l’attente de pouvoir entrer en contact avec Arouna Konaté, présenté comme le propriétaire du site, afin de recueillir sa version des faits et de permettre à toutes les parties concernées de s’exprimer.
Aymeric KANI
Judicaël DOFINI