Le prévenu K. A comparaissait devant le pôle économique et financier du TGI de Bobo en son audience du 19 mai 2025 dans la salle des fêtes de la mairie centrale. Il est poursuivi d’avoir détourné plus de 115 millions F CFA appartenant à une société partenaire espagnole.
K. A née en 1969 à Bobo-Dioulasso, commerçant de profession domicilié au secteur 20 de Bobo-Dioulasso. Il est gérant d’une société de commerce Export-Import de sésame, anacarde et or, dont lui-même est le fondateur. Il ressort des faits que K. A, homme d’affaires, aurait détourné en avril 2017 la somme de 115 425 552 F CFA au préjudice d’une société espagnole. Dans le cadre de leur relation d’affaires, une société partenaire lui a remis cette somme pour l’achat de 20 kg d’or pour le compte de ladite société. Cependant, les choses ne se sont passées comme prévu. K. A n’a pas respecté les termes du contrat, en ne livrant pas de l’or de qualité que voulait son partenaire. Il n’a pas livré l’or de qualité et l’argent aurait disparu. C’est alors que la société partenaire lui a demandé de rembourser son argent. Dans les mêmes circonstances, il lui est également reproché des faits de blanchiment de capitaux portant sur ladite somme. Pour le Parquet, le prévenu a tenté aussi de dissimuler l’origine de ces fonds qu’il a détournés afin de faire disparaître les traces. Le président du tribunal a précisé qu’au moment de la saisie de son relevé bancaire, il n’a été retrouvé que 21 millions F CFA sur les 115 millions F CFA reçus.
Interrogé pour savoir s’il reconnaît les faits. Il répond : « je ne reconnais pas les faits ». Avant de rentrer au fond des débats, l’avocat de la défense a soulevé une exception de prescription. Pour lui, les faits sont prescrits selon les textes.
« La loi a prévu qu’au-delà des trois ans en matière de délit, l’action publique s’éteint. Autrement dit, on ne peut plus poursuivre l’affaire. Il s’agit d’un délit ici. De l’acte de poursuite de 2018 à 2023, ça fait plus de 3 ans « , plaide l’avocat.
Le ministère public a rejeté l’exception de prescription soulevée par l’avocat du prévenu. Pour le Procureur, les interrogatoires ont retardé la procédure. Donc, il n’y a pas lieu de déclarer prescrit le dossier pour cause de délais des trois ans écoulés.
Le tribunal a décidé de poursuivre les débats pour délibérer sur l’exception ultérieurement
Selon le prévenu K. A, « nous avons signé un contrat d’achat d’or de 20 kg. C’est l’argent de 6 kg qui m’a été remis. J’étais à Bamako et j’ai rejoint Ouagadougou. Malheureusement, il y a eu des blocages au niveau de la banque. C’est la banque qui a porté plainte contre moi ».
Le Président du tribunal lui demande s’il a reçu les 115 millions de FCFA ? « Oui je les ai reçus monsieur le président ». « Cet argent était destiné à faire quoi ? « , poursuit le président. « Pour acheter 6 kg d’or « , dit-il.
Le juge lui demande combien il reste à rembourser à son partenaire ? « Il reste une cinquantaine de millions F CFA à lui rembourser « , souligne K. A.
» Où se trouve le reste de l’argent et qu’avez-vous fait de cet argent ?« demande le président du tribunal. K. A répond : » Je l’ai utilisé mais je ne sais même pas où j’ai mis l’argent « .
Les questions des juges ont fini par bloquer le prévenu dans son raisonnement. » Je n’avais plus de marché. Dans la vie il y a des hauts et des bas. C’est compliqué », regrette le prévenu.
Réclamations de la société espagnole
L’avocat de la victime précise que K. A a déjà remboursé plus de 58 millions de FCFA. Il lui reste à rembourser plus de 63 millions de FCFA. Pour ce faire, l’avocat a demandé que la société victime soit constituée partie civile. Il a réclamé la somme restante, plus de 63 millions F CFA. Elle réclame aussi la somme de plus de 3 millions de FCFA au titre du manque à gagner à raison de 5% du taux d’intérêt. Et également 2 millions F CFA au titre du préjudice moral et 2 millions de FCFA au titre des frais exposés pour ce procès. La société espagnole demande de lui restituer le montant des 21 millions de FCFA qui se trouve sur le compte au moment de la saisie.
Réquisitions du Procureur
Le Parquet a estimé que les faits d’abus de confiance et de blanchiment de capitaux sont largement constitués au regard des débats. Il a requis contre K. A la peine d’emprisonnement de 24 mois dont 03 mois ferme et une amende de plus 190 millions de FCFA dont 20 millions ferme. Le Procureur a aussi requis de restituer la somme de 21 millions de FCFA qui a été saisie sur le compte bancaire.
Le tribunal va donner le verdict à une date ultérieure.
Ben Alassane DAO
