Pour la 65e fois, les Burkinabè vont fêter l’indépendance de leur pays. Si depuis une dizaine d’années cette fête du 11-Décembre n’est plus organisée dans les mêmes conditions festives que par le passé, c’est parce que les Burkinabè se sont sans doute rendus compte qu’en réalité, ils ne sont pas indépendants. On pourrait même dire qu’ils ont passé le temps à fêter leur indépendance en oubliant ce qu’ils devaient faire pour être effectivement indépendants. Pour paraphraser un homme politique, on pourrait dire que nous avons passé le temps à nous développer individuellement et à faire la fête en oubliant que c’est plutôt le pays qu’il fallait développer.
Aujourd’hui, nous nous sommes rendus à l’évidence. 65 ans après, le Burkina Faso est obligé de tendre la main à des partenaires pour nourrir ses enfants. 65 ans après, les Burkinabè n’ont pas accès à l’eau potable sur toute l’étendue du territoire national. 65 ans après, les Burkinabè ne sont ni en sécurité ni en paix chez eux parce que nous n’avons réuni toutes les conditions pour ça. 65 ans après, de jeunes Burkinabè sont obligés de braver l’aventure à la recherche d’un eldorado qui devait exister chez eux parce qu’ils y ont toutes les ressources nécessaires pour ça. 65 ans après, des Burkinabè sont obligés d’aller à l’extérieur (pour ceux qui ont les moyens) pour bénéficier de soins de santé appropriés.
Bref, tout porte à croire que nous avons vendangé 65 années d’indépendance dans le tâtonnement à la recherche du meilleur chemin sans nous interroger véritablement sur nos capacités à prendre en main notre destin. En 1983, l’arrivée de la Révolution démocratique et populaire (RDP) avec le régime du Président Capitaine Thomas Sankara devait nous « ouvrir les yeux ». Malheureusement, quatre années après, l’espoir a été assassiné. L’insurrection populaire des 30 et 31 octobre qui était partie pour être une nouvelle prise de conscience a été, à tout point de vue, mal assumée. Si bien qu’on est retombé dans les mêmes travers.
La Révolution progressiste populaire (RPP) en cours doit être comprise comme la énième occasion offerte aux Burkinabè pour prendre définitivement conscience qu’ils sont et seront toujours les seuls à assumer leurs intérêts et leur avenir. Tous les peuples, pays et autres qui prétendent être nos amis, hier comme aujourd’hui, ne le font pas pour nos beaux yeux ; ils ne font pas parce qu’ils nous aiment. Ils sont là, à nos côtés, parce qu’ils ont des intérêts à défendre et à sauvegarder. Il nous appartient de tirer le maximum de profit de toutes ces amitiés et partenariats, sincères ou pas.
Les toutes prochaines années seront déterminantes car les Burkinabè espèrent fortement que leurs conditions de vie vont s’améliorer, parce que le changement sera réel. Pour ce faire, il faut leur dire la vérité, celle qui rougit les yeux sans les casser. Tout en ayant à l’esprit qu’on ne peut pas coudre une camisole pour quelqu’un en son absence. Autrement dit, l’unité par la réconciliation pour une vision commune et bien partagée est indispensable pour un Burkina Faso nouveau qui aspire au développement.
Dabaoué Audrianne KANI
