Autant le dire… Côte d’Ivoire : la présidentielle a eu lieu, la bagarre n’a pas eu lieu

Ce samedi 25 octobre, le jour s’est levé sur la Côte d’Ivoire. Et les Ivoiriens, en tout cas ceux qui le voulaient, sont allés aux urnes et ont voté le futur président de la République. Ceux qui ne le voulaient, conformément à leur ligne, ont incendié matériel électoral, brûlé des pneus, barricadé des routes. A leur façon, ils ont participé aux élections. Seulement, la bagarre annoncée n’a pas eu lieu. Quant à l’élection présidentielle, elle a eu lieu sans aucun incident majeur pouvant entacher la crédibilité du processus.

En effet, le 25 octobre, date de l’élection du président de la République de Côte d’Ivoire, était redoutée non seulement par la classe politique, les Ivoiriens eux-mêmes mais aussi par les observateurs de la scène politique au bord de la lagune Ebrié. Et pour cause ! Pendant que les uns battaient campagne pour aller aux urnes et élire le futur président, les autres appelaient non pas au boycott, mais à la bagarre. « Trop c’est trop », avait lancé Laurent Gbagbo, le leader de cette contestation. Pour ce faire, il avait publiquement appelé ses partisans à la « bagarre ». « Ils veulent qu’on se batte, alors on va se battre. Ils veulent la bagarre, alors on va faire la bagarre », avait-il lancé. Car pour Laurent Gbagbo, il n’est pas question qu’Alassane Ouattara brigue un quatrième mandat, synonyme de « mandat de trop », de « mandant anticonstitutionnel ».

Pour le leader du Parti des Peuples Africains de Côte d’Ivoire (PPA-CI), la Constitution ivoirienne proscrit plus de deux mandats à la présidence de la République. Pour le camp du président Alassane Ouattara, il ne s’agit pas d’un quatrième mandat, mais du deuxième mandat de la Troisième République, la Constitution ayant été révisée le 8 novembre 2016 alors qu’Alassane Ouattara était à son deuxième mandant. Un débat que la Cour constitutionnelle ivoirienne avait tranché en 2020. Ce qui avait permis à Alassane Ouattara de briguer un premier mandat. C’est d’ailleurs sur cette basse qu’en annonçant sa candidature le 29 juillet dernier, il disait que sa candidature se justifie entre autres par le fait que la Constitution lui permet de se présenter.

L’élection présidentielle ivoirienne, telle qu’elle s’est déroulée, vient démontrer la volonté du peuple ivoirien à s’inscrire résolument sur la voie de la démocratie et du respect du droit. Car, elle constitue l’une des meilleures voies pour la stabilité et la paix dans un pays dont le cours de l’histoire n’a pas toujours été comme un fleuve tranquille.

Cette élection présidentielle ivoirienne du 25 octobre sonne comme la fin d’une génération et le passage du témoin à une autre plus jeune, plus ambitieuse sans doute. Laurent Gbagbo ayant annoncé sa retraite après les législatives prochaines, nul doute qu’Alassane Ouattara est au soir de son combat politique. Même s’il le voudrait, il ne trouverait pas d’adversaire de sa génération pour compétir. C’est donc la fin d’une époque qui a, à tout point de vue, marqué la vie politique de ce pays de paix et d’hospitalité. Encore faut-il que les Ivoriens le comprennent ainsi !

Dabaoué Audrianne KANI