Ça ne doit pas du tout faire sourire d’entendre que des enfants, nos enfants dont l’âge doit être compris entre 14 et 16 ans, ont fraudé à l’examen du Brevet d’études du premier (BEPC) et doivent passer devant le juge, le 17 juin prochain, pour répondre de leurs actes. Malheureusement, ce n’est pas la première fois que ces enfants commettent des actes de ce genre. Le comble est que ce n’est pas évident que cette fois-ci soit la dernière. Comme une seconde nature, les fraudes aux examens et parfois aux concours de la fonction publique sont tellement récurrents qu’on est en droit de se demander quand est-ce que ce phénomène prendra fin ?
Mais, à voir de près, les enfants n’ont pas « volé » ce comportement de fraudeur ou de tricheur, de partisan du moindre effort et du gain facile. A l’analyse, ils nous renvoient le visage hideux de ce que nous sommes en réalité. Nous devrions en avoir honte.
Il y a de cela quelques jours, la Coordination nationale de lutte contre la fraude (CNLF) dénonçait des faits de fraudes sur des hydrocarbures subventionnés par l’Etat et qui se retrouvent dans les mains de sociétés non éligibles aux produits subventionnés. Combien de fois la même Coordination a-t-elle saisi des produits impropres à la consommation mais qui, par la fraude, se retrouvent sur le marché et dans nos assiettes ?
Des ministres, de grands commerçants, des hommes d’affaires, des commis de l’Etat, des fonctionnaires du privé comme du public, sont très souvent devant les juridictions pour répondre de faits de fraude et de corruption. Comment peut-on éduquer et enseigner à nos enfants que la fraude et la corruption ne sont pas bien alors que nous sommes nous-mêmes fraudeurs, corrompus ou corrupteurs ?
En effet, il ne faut certainement pas avoir peur de le dire. Le phénomène de la fraude et de la corruption est en train de prendre des proportions si inquiétantes qu’il faut s’en inquiéter. On a même l’impression qu’il s’est institutionnalisé. « Qu’est-ce que moi je gagne en te donnant tel ou tel marché ? » « Si tu veux, il faut faire quelque chose ; là on verra sinon il n’y a pas de solution ». Sur les routes, au lieu de se mettre en règles, les conducteurs préfèrent glisser un billet de banque dans le porte-documents tout en sachant qu’en cas d’accident de la circulation, ils seront pénalisés pour manque d’assurance, de carte grise ou de visite technique.
Cependant, tout cela ne doit en aucun cas décourager les structures et personnes engagées dans la lutte contre la fraude et la corruption. Notamment les autorités à tous les niveaux dans leur engagement et leur détermination, à défaut de mettre fin à ces phénomènes, à les réduire considérablement. Même si on arrivait à réinsérer socialement ces enfants fraudeurs, ils garderont en mémoire durant toute leur vie qu’ils sont été arrêtés, jugés et condamnés pour des faits de fraude au BEPC. Ils en porteront les séquelles pour toujours. Leurs parents et proches aussi. C’est dommage !
Dabaoué Audrianne KANI
