
En effet, le cinéma ce n’est pas du cinéma au terme péjoratif qu’on lui accorde quand, pour dire de quelqu’un qu’il fait de choses peu sérieuses, on dit qu’il fait du cinéma. Tout comme on dira de quelqu’un que sa politique n’est pas bien, pour dire que c’est un « faux-type ».
Le cinéma est un puissant moyen de sensibilisation et de formation de l’identité culturelle d’un peuple. Plus que cela, c’est un moyen de conquête, de reconquête et de domination. Le cinéma, en donnant à voir, à écouter et à réfléchir, façonne notre esprit, nos comportements et nos habitudes. Il crée en nous l’envie sinon la nécessité d’appartenir aux valeurs (bonnes ou mauvaises) qu’il diffuse. C’est pourquoi, en ces moments difficiles de retour à nos valeurs culturelles africaines, de reconstitution de nos identités propres à nous pour bâtir des peuples endogènes forts, le cinéma occupe une place importante et a de ce fait un grand rôle à jouer.
Plus que jamais, le Fespaco et les autres manifestations culturelles porteuses de nos valeurs et de nos identités qui s’organisent au Burkina Faso, et partout ailleurs sur le continent, doivent bénéficier de tous les moyens pour remplir leur mission. L’Afrique a des valeurs qui, si elles sont bien enseignées, connues et mises en application, contribueront inéluctablement au changement de comportement dans beaucoup de secteurs, qu’ils soient économiques, sociaux, culturels et politiques. En clair, en termes de valeurs sociales, l’Afrique n’a rien à envier à quelque société humaine qu’elle soit.
En ramenant L’Etalon de Yennenga au Faso, vingt-huit ans après, Dani Kouyaté démontre, comme il l’a lui-même déclaré, la résilience du peuple combatif burkinabè pour qui, il n’y a rien d’impossible. « Ce film, je l’ai fait pour le Fespaco », a révélé le cinéaste de 64 ans pour conquérir L’Etalon de Yennenga. Et il l’a fait, après avoir échoué aux éditions précédentes. Là, aussi, c’est une autre valeur qu’il nous enseigne, celle de la combativité, de la résilience et de la patience.
Dani Kouyaté n’a pas fait que du cinéma. Il a traduit à travers « Katanga, la danse des scorpions » et à travers sa personne, des valeurs burkinabè et africaines et des comportements. En plus, il nous convie à la réflexion et à des changements de comportements pour redevenir nous-mêmes et bâtir des communautés fortes basées sur la solidarité, la fraternité, le vivre-ensemble dans le respect de principes propres à nous. L’Etalon de Yennenga reste au Burkina Faso jusqu’à la prochaine édition du Fespaco, dans deux ans. Tout comme Idrissa Ouédraogo avec Tilaï en 1991 et Gaston Kaboré avec Buud Yam en 1997, Dani Kouyaté a joué sa partition.
Dabaoué Audrianne KANI