Autant le dire… : Les chefs d’Etat de la CEDEAO n’ont pas encore compris

La junte au pouvoir en Guinée n’est pas passée par quatre chemins pour signifier aux chefs d’Etat de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) que toutes les sanctions prises contre elle, ne les concernent pas. Car pour les militaires, les problèmes des Guinéens seront résolus par les Guinéens sur le sol guinéen. Pour un désaveu, c’en est vraiment un. Au Mali, le Premier ministre semble emboucher la même trompette. A demi-mots, il a lui aussi fait savoir que le Mali est suffisamment souverain pour décider de ce qui est bien pour lui et de ce qui ne l’est pas. Si la CEDEAO n’a rien pour empêcher ce qui est arrivé au Mali, elle n’a pas à s’ingérer pour empêcher le pays de décider de son avenir démocratique et économique.

A l’analyse, les chefs d’Etat de la CEDEAO n’ont pas encore compris que les peuples africains, notamment sa frange jeune, ont décidé de prendre leurs responsabilités. Ils savent très bien ce qui est bien pour eux, et ce qu’ils veulent. En plus de sa crédibilité qu’elle joue, la CEDEAO se fragilise de plus en plus par la prise de sanctions en déphasage complet avec les aspirations des peuples. C’est à se demander si elle n’est pas plus une CEDEAO des chefs d’Etat qu’une CEDEAO des peuples. En tout cas, au Mali comme en Guinée, les peuples ne s’y reconnaissent pas. Si elle insiste à appeler d’autres institutions comme l’Union africaine et l’ONU à adopter les sanctions qu’elle a prises contre la Guinée, la jeunesse ouest-africaine risque de descendre dans tous les pays contre elle. L’opinion générale qui se dégage dans l’espace sous-régional est que la CEDEAO se présente comme une organisation qui ne défend pas véritablement les aspirations de ces peuples. Si ce n’est le président ghanéen, Alassane Ouattara qui cumule un troisième mandat n’était pas la personne indiquée pour aller défendre la cause d’Alpha Condé. Cela a certainement agacé davantage la junte au pouvoir en Guinée.

Bref, si elle veut survivre et continuer de se faire entendre et de se faire respecter, la CEDEAO doit s’adapter aux préoccupations des peuples de son espace. Autrement, si elle veut jouer son rôle d’ingérence dans les affaires politiques internes des Etats qui la composent, qu’elle joue d’abord un rôle de prévention de ces crises politiques. En Guinée comme au Mali, elle a assisté passive à la déliquescence des deux pays. Qui parmi les chefs d’Etat est intervenu pour dire à Alpha Condé de ne pas briguer un troisième mandat et d’éviter d’emprisonner les opposants ? Qui parmi eux a dit en son temps, à Ibrahim Boubacar Kéïta que sa gouvernance n’était pas la bonne ?

Mettre aujourd’hui la pression sur les militaires au Mali et en Guinée afin de rétablir un quelconque ordre constitutionnel précipité et sans fondement institutionnel solide, c’est rassoir le même système qui a occasionné les crises. A quoi cela aura servi ? Ce que la CEDEAO peut bien faire, c’est d’aider ces deux pays à se doter d’institutions démocratiques véritablement fortes.

Dabaoué Audrianne KANI

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