Si la campagne agricole rime avec angoisses pour les vrais producteurs, ceux qui se courbent dans les champs, ce n’est certainement pas le cas de ceux qui vivent de la campagne agricole et sur le dos de ceux qui se courbent. On ne cessera de le dire et de le répéter : tant que la saison agricole va rimer avec affaires dans les semences, les pesticides, les insecticides et autres produits agricoles, nous aurons toujours une campagne agricole à moitié. Car, tout porte à croire que tous ceux qui se proclament acteurs du monde agricole ne le sont pour certains que pour leurs intérêts personnels.
La semence, tous les producteurs et techniciens le savent, est la base de toute production. Autrement, la qualité et la quantité de ce qu’on veut récolter dépend de la qualité de la semence. Malheureusement, les semences ne sont pas toujours produites et commercialisées dans les mêmes conditions au Burkina Faso. Et pourtant, elle coûte chère. Aussi, pendant que les semenciers deviennent de plus en plus riches, ceux qui achètent la semence en comptant faire de bonnes récoltes ne le sont pas. On dira sans doute que les conditions pluviométriques, l’itinéraire technique, le dosage des intrants… n’ont pas été respectés. Alors que si la semence est améliorée, c’est justement pour résister aux poches de sécheresse, aux dosages des intrants et autres mauvaises herbes ! A moins qu’on dise le contraire. Après la semence, ce sont les herbicides et les insecticides. Il y en a tellement de qualités, de dosages, d’appellations et que sait-on encore à tel point que les producteurs ne se retrouvent pas. On a l’impression que chaque société de production ou de vente, pour ne pas dire chaque boutiquier-revendeur, a ses produits et ses prix. Pour ce qui concerne les engrais, comme chaque année, on va encore retrouver différentes qualités sur le marché. Tout ça, ça embrouille le producteur et compromet la campagne agricole et partant la production de façon générale. Le ministère de l’Agriculture doit prendre en main le contrôle de tous ces intrants agricoles en commençant par la semence. N’importe qui ne doit être ni producteur, ni revendeur de semences. Il y a assez de structures publiques et privées sérieuses pour faire cela. On ne doit pas confier notre agriculture à des dealers, des hommes d’affaires et des commerçants véreux qui n’ont d’yeux que pour l’argent. La deuxième proposition, c’est le renforcement du dispositif d’appui-conseil sur le terrain, à défaut la formation des producteurs eux-mêmes. On ne peut pas prétendre faire de bonnes récoltes sans des techniciens qui donnent le bon conseil sur le terrain ou sans des producteurs qui connaissent bien l’agriculture. En un mot, il faut professionnaliser l’agriculture et en faire une profession comme tout autre profession. Des actions sont, certes, en train d’être menées pour rendre performante notre agriculture, mais il faut aller vite et bien. L’offensive agro-sylvo-pastorale pour l’atteinte de l’autosuffisance alimentaire ne peut attendre encore longtemps. Comme la lutte contre l’insécurité, elle fait partie des priorités pour la souveraineté, l’indépendance et la dignité de notre peuple.
Dabaoué Audrianne KANI
