Ceux qui l’ont connu physiquement ont vu ou revu le fringant Capitaine des années 1983 à cette fatidique date du 15 octobre haranguant les foules et lançant ses diatribes contre l’impérialisme et ses valets locaux. Ceux qui ne l’ont pas connu physiquement mais à travers la littérature, l’ont certainement imaginé dans ses prises de positions à l’Assemblée générale des Nations unies, au sommet de l’Organisation de l’unité africaine ou encore en train de fustiger la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
Dans un cas comme dans l’autre, Thomas Sankara a été définitivement fixé en un lieu qu’est ce mausolée qui deviendra sans aucun doute un lieu de pèlerinage et le site touristique le plus visité du Burkina Faso. Ce qui constitue une belle œuvre et un engagement respecté car il s’agit de faire revivre Thomas Sankara dans la mémoire collective, mais principalement enseigner ses idéaux, ses idées, ses pensées panafricaines et les valeurs fondamentalement endogènes qu’il a incarnées.
Faire revivre Sankara, disons-le tout de suite, ne veut pas dire se servir du nom de Thomas Sankara comme un marchepied (comme certains l’ont fait par le passé) pour se faire un renom, accéder à des privilèges particuliers et vivre comme des pachas, contrairement à ce qu’était Thomas Sankara. Faire revivre Thomas Sankara ne signifie pas chanter à tout vent le Ditanyè, crier « La Patrie ou la Mort, nous Vaincrons », le poing levé pendant que le cœur et l’esprit sont ailleurs dans la corruption, le détournement des deniers publics, l’enrichissement illicite. Faire revivre Thomas Sankara, c’est servir son peuple, un peuple qu’on aime à jamais et non se servir sur le dos de ce même peuple. « Malheur à ceux qui bâillonnent leur peuple », disait Thomas Sankara.
« Tuer Sankara et naitront des milliers d’autres Sankara », prophétisait le père de la Révolution démocratique et populaire (RDP). Car, Thomas Sankara était bien convaincu de son combat et certain qu’il se poursuivrait au-delà de sa personne. Aussi, ajoutait-il : « On peut tuer un homme, mais pas ses idées ». Aujourd’hui plus que jamais, Thomas Sankara n’est pas physiquement vivant mais les « idées de Thomas Sankara » dominent et gouvernent au Burkina Faso, au Sénégal, au Tchad, au Mali, au Niger…partout en Afrique et dans la diaspora noire. Oui, ils sont nés partout, ces milliers de « Sankara » pour faire revivre les idées vivantes de Thomas Sankara.
Cependant, comme le disait encore Thomas Sankara lui-même, « Thomas Sankara n’est pas un messie ». Il a été un homme comme tous les autres hommes, avec ses forces et ses faiblesses ; ses hauts et ses bas ; parfois compris, parfois incompris ; qui a fait de grandes choses, mais aussi des choses moins grandes ; qui a connu des réussites, mais qui a aussi commis des erreurs. Ne pas le reconnaitre et corriger ce que Sankara n’a pas su et pu bien faire, c’est tuer à nouveau Thomas Sankara. Thomas Sankara a profondément aimé son peuple et s’est sacrifié pour lui. Il est mort sans rien laisser de matériellement enviable. C’est tout dire !
Dabaoué Audrianne KANI
