4-Août 1983 : personne ne veut être comme Sankara !

Harouna Kaboré, le ministre de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat s’est offusqué parce qu’au Burkina Faso, «tout le monde cite Sankara et Norbert Zongo mais veut frauder, vendre des boissons frelatées». «Je m’adresse à ceux qui veulent qu’on ait des routes, des recettes, des industries, qu’on sorte de la mendicité internationale mais veulent évoluer dans le faux et quand on tape sur les commerçants qui le font, on dit qu’on fait du zèle. Il faut qu’on soit cohérent !». «C’est incroyable… !», s’est écrié Harouna Kaboré.

En d’autre temps, ou dira que Harouna Kaboré est très naïf. Ce qu’il n’a pas compris, est que les gens citent Thomas Sankara et Norbert Zongo tout simplement sur les bouts des lèvres ; juste pour se contenter. Mais en vérité, personne ne veut être comme Thomas Sankara, ni comme Norbert Zongo qui, eux ont joint l’acte à la parole jusqu’à le payer de leur vie. Harouna Kaboré n’a pas besoin d’aller loin pour faire le constat.

A côté de lui, même ceux qui se réclament officiellement de Thomas Sankara sont très loin de se comporter comme lui. Alors que Sankara roulait dans une Renault 5, ils sont pour la plupart dans des «V8 full option». Alors que Sankara n’avait pas de maison digne de ce nom, eux, ils ont chacun des châteaux, en plus des nombreuses maisons, des domaines fonciers et des sociétés dont ils sont propriétaires.

Que ce soit le Burkinabè d’en bas ou celui d’en haut, aujourd’hui personne ne veut être comme Thomas Sankara ou Norbert Zongo. A la limite, les deux constituent un bon business dont se sont prévalus certains pour être là où ils sont aujourd’hui. Même quand les procès des deux trainent devant la justice, ça profite à des gens. Qui, contrairement à ce qu’on pense, souhaitent sans le dire que cela dure encore longtemps. C’est cynique !

Tous ceux qui ont connu la Révolution, qui ont aimé Thomas Sankara non pas seulement parce que c’était lui, mais parce qu’il incarnait une certaine droiture, savent bien que l’idéal sankariste n’existe plus que dans les paroles. Mieux, l’idéal Thomas Sankara est plus connu et mieux partagé à l’extérieur qu’à l’intérieur du Burkina par les Burkinabè. Autrement dit, il ne suffit pas de se pavaner en Faso Danfani pour dire qu’on est sankariste ou qu’on aime son pays. Il ne suffit pas non plus de crier sur tous les toits de consommer burkinabè alors que soi-même, on n’aime que les produits importés ! Il ne suffit pas de déclarer la lutte contre la corruption et la fraude alors qu’on est soi-même corrompu ou corrupteur ou vit des produits de la contrebande ? L’incivisme, sous toutes ses formes, est le sport favori des Burkinabè. Alors que tout le monde sait comment Sankara était très attaché au respect du civisme et des valeurs de solidarité, de fraternité, de patriotisme, de vivre-ensemble. Malheureusement !

Dabaoué Audrianne KANI

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