Autant le dire… :quand la justice s’ouvre, les opprimés jubilent

 

 

 

Aujourd’hui s’ouvrent à Bobo-Dioulasso les portes ouvertes de la justice. Pendant trois jours (26, 27 et 28 juin), les populations auront ainsi l’occasion d’aller visiter le palais de justice et comprendre davantage comment fonctionne la justice burkinabè. En organisant une telle activité, les acteurs de la justice veulent non seulement se rapprocher des populations, mais ils veulent surtout que la population connaisse encore plus les rouages et le fonctionnement de la justice. Il ne s’agira certainement pas de démystifier la justice et son rôle, mais de faire comprendre qu’étant là pour les populations, elle est au cœur des préoccupations de cette même population. Car une justice qui n’est pas en phase avec les aspirations des populations sera incomprise et vouée aux gémonies.

C’est d’ailleurs ce que la justice burkinabè a longtemps vécu comme l’une de ses difficultés. Incomprise dans certaines de ses décisions elle l’a très souvent été. Inféodée au pouvoir politique, elle l’a très souvent été. Tout simplement parce que les Burkinabè ne savent pas exactement comment elle fonctionne et parfois même son rôle dans la préservation de la cohésion sociale et de la paix.

En effet, la justice est le dernier rempart vers lequel tout le monde, faible comme fort, court lorsqu’il estime que ses droits sont bafoués. Même contre la puissance de l’Etat, c’est à la justice que les justiciables se réfèrent. Mais comment la saisir ? Où peut-on la saisir et dans quelles conditions ? N’est-elle pas faite pour ceux qui ont les moyens financiers ou des « bras longs » comme on le dit ? Tout le monde peut-il saisir la justice ? Autant de questions que se posent les populations et auxquelles elles auront sans doute des réponses.

Mais, ce n’est pas tout. Car les populations voudraient qu’on leur explique davantage le rôle de l’avocat dans un dossier de justice. Est-il indispensable pour une bonne administration de la justice ? L’huissier de justice fait-il partie de la justice ? Si oui, quelle est véritablement sa mission ? On entend très souvent parler de greffier et de greffier en chef ? Quel rôle joue-t-il en matière de bonne administration de la justice ? Dans quelles conditions une personne peut-elle être déposée en prison alors qu’elle n’est pas encore jugée et déclarée coupable ? Comment faire appel après un jugement qu’on estime qu’il n’est pas satisfaisant pour soi ?

En outre, s’il faut saluer l’utilisation des langues nationales (ce qui se faisait déjà) pendant les procès, il n’en demeure pas moins que le langage judiciaire, de façon générale, est inaccessible au Burkinabè lambda. Très peu de gens, à l’issue d’un procès, savent ce qu’il faut faire exactement. Au-delà donc des procès, il faut faire en sorte que les langues nationales entrent véritablement dans le milieu judiciaire de manière à ce que tout justiciable ou usager qui entre dans un palais de justice en ressorte satisfait.

Par ailleurs, que vaut la justice elle-même sans ceux qui sont chargés de la rendre ? Ce qui interpelle tous les acteurs de la justice sur leur comportement, leur intégrité et leur engagement à rendre une justice juste. Car la justice est faite pour tout le monde et non pas pour une catégorie de Burkinabè parce qu’ils sont supposés avoir des moyens ou un certain niveau de compréhension de son fonctionnement. Elle doit donc être à la portée de tous. Et dite au nom de tous. Car, la cohésion sociale, la paix et le vivre-ensemble qui sont aujourd’hui menacés dépendent en grande partie de son administration.

Dabaoué Audrianne KANI