
Autrefois, dans tous les recoins du Burkina Faso, le mortier était le principal ustensile de cuisine de la ménagère. Des céréales, des condiments et même les feuilles, tout passait au mortier. Mais aujourd’hui, la réalité est toute autre. Le mortier est délaissé au profit des moulins jugés plus rapides et efficaces. Les femmes font recours aux moulins pour moudre les céréales ou tout autre produit destiné à la vente ou à la consommation. Notre équipe a décidé, le mercredi 22 juillet 2026, de se rendre chez quelques meuniers de Bobo-Dioulasso afin de vivre leur quotidien.
Il est 11h lorsque nous arrivons chez Salif Soumandé, propriétaire de moulins au secteur 29. De loin, on aperçoit des sacs et plats de céréale alignés et des femmes assises sur des bancs, attendant leur tour. Le maître des lieux nous explique qu’il pratique cette activité depuis quelques années. « J’exerce cette activité depuis trois ans. Ce n’est pas aussi rentable mais ça me permet de subvenir à mes besoins. Mes principaux clients sont les ménagères. Elles viennent écraser tout type de céréales et mêmes les épices. Mais avec la saison pluvieuse, la clientèle est en baisse. Je dispose de quatre machines à moudre. Il y a des gens qui travaillent avec moi », laisse entendre le meunier.
Plus loin, chez Karim Gansonré, il n’y avait pas de client. Il nous fait savoir que l’affluence est forte dans les matinées et soirées. « Cette activité est rentable et me permet de subvenir à mes besoins. En plus de cela, je contribue à ma manière à aider la population car sans les moulins, les ménages auront des difficultés, puisque qu’ils sont déjà habitués. Je ne manque pas de clients, même si leur nombre est en baisse avec la saison des pluies. Je ne peux pas compter le nombre de clients qui viennent ici par jour. Les principaux clients sont les ménages et les vendeuses de farine. Nous moulons plus de maïs que les autres céréales », signifie-t-il.
Sié Adama Traoré, également meunier, à son tour dit ne plus se rappeler du nombre d’années qu’il exerce ce métier. « C’est ma seule activité depuis longtemps. Elle me permet de subvenir aux besoins de ma famille. Je gagne assez de clients, surtout les ménages et les vendeuses de farine. De nos jours, les femmes ne veulent plus se fatiguer pour piler, elles aiment ce qui est facile ; c’est notre chance. A cette heure-là, il n’y a pas de clientes car elles viennent tôt le matin et dans la soirée », souligne ce dernier.
Les femmes se réjouissent de l’apport du moulin
Awa Gakou, une vendeuse de farine et de beignets, témoigne de l’importance des moulins pour les ménages. « Je vends de la farine et des beignets. C’est grâce aux moulins que mes activités marchent. Avec les mortiers, il faut prendre des heures ou même toute la journée pour piler et c’est fatiguant. Mais avec les moulins, quelle que soit la quantité de tes céréales, tu as ta farine bien moulue en quelques minutes. Je pars au moulin tous les matins pour faire la farine de maïs et les soirs pour les beignets. Cela ne serait pas possible avec le mortier. Les prix ne sont pas trop élevés. Sans les moulins, je ne pourrai exercer mon activité, ni même faire ma cuisine », affirme-t-elle.
Awa Sanou, une vendeuse de faro rencontrée chez Salif Soumandé explique à son tour que le travail du mortier est très lent par rapport au moulin. « Le moulin nous permet de gagner en temps. Personnellement, je ne peux pas piler le haricot pour faire le faro. Il y a beaucoup de choses qu’on ne peut faire avec le mortier, mais avec le moulin, c’est très facile et moins cher. Donc au lieu de te fatiguer à piler, il suffit de venir au moulin et en quelques instants tu as ta farine et tu passes à autre chose ».
Safiatou Ouédraogo, assise à côté de Awa estime que l’heure n’est plus à l’usage du mortier. « De nos jours, les gens ne veulent plus piler. On retrouve rarement le mortier et rares sont les femmes qui savent piler. Avant, je pilais le maïs pour faire de la farine mais j’ai arrêté. On a tendance à faire croire qu’on pile par manque de moyen. C’est ce qui pousse les gens à se tourner vers les moulins. En plus, le moulin est plus performant que le mortier. Avec le moulin, fini les corvées de pilage. Il suffit de te rendre au moulin et le travail est vite fait », dit-elle.
Les difficultés rencontrées par les meuniers
En ce qui concerne les difficultés, les meuniers en évoquent plusieurs. Les coupures d’électricité sont leur principal problème. « Les coupures d’électricité perturbent notre travail, surtout les matins, car c’est à ce moment que nous avons la clientèle. Ce matin même il y avait un délestage. Il y a aussi certaines femmes qui veulent un travail bien fait mais n’acceptent pas dépenser. On ne peut pas travailler dans ces conditions », déplore Karim Gansonré.
Pour Salif Soumandé, en plus des délestages comme difficulté, il n’arrive pas à réaliser convenablement de bénéfice. « Je peine à faire des bénéfices car les factures d’électricité et l’entretien des machines me coûtent cher. En plus de cela, je dois payer les employés », a-t-il laissé entendre. Malgré tout, ces difficultés ne les effraient pas. « C’est la nature de toute activité », disent-ils. Avec l’initiative du gouvernement d’accroitre la production locale d’électricité, les meuniers nourrissent l’espoir qu’un jour ces difficultés prendront fin.
Latifa DONDBZANGA (Stagiaire)