Campagne déguisée, c’est la presse le problème

L’opposition a accusé la majorité présidentielle de faire de la campagne politique déguisée. Non seulement en utilisant les moyens de l’Etat, mais en la faisant couvrir par les médias d’Etat. Une accusation à laquelle la majorité a répondu à travers une déclaration dans laquelle elle a fait ressortir qu’elle ne fait pas la campagne déguisée car, l’Etat devant continuer de fonctionner, le président du Faso et les membres du gouvernement doivent poursuivre leurs activités. Pour clore ce débat pré-électoral, le Conseil supérieur de la communication (CSC) celui-là qui a parlé de campagne déguisée et pris la décision, a rappelé aux uns et aux autres qu’en réalité, sa décision ne concerne pas les activités des partis politiques. Autrement, les partis politiques peuvent poursuivre leurs activités, mais il est interdit à la presse de les couvrir. En clair, le problème, ce sont ni les partis politiques, ni leurs activités, mais la presse qui n’échappe pas au contrôle du CSC. Ce qui vient rendre encore plus ambiguë cette décision. Comment peut-on alors parler de campagne électorale déguisée alors que le pouvoir a besoin de rendre compte de son bilan et poursuivre les actions de développement ? Comment peut-on parler de campagne déguisée alors que les partis de l’opposition ont tous besoin de mener eux aussi leurs activités quotidiennes d’animation de la vie politique reconnues par la Constitution ? Empêcher la presse de couvrir des événements qui se passent sous son nez n’est-il pas une atteinte à la liberté d’information et au droit du public à l’information ? Pris sous cet angle, cette loi du code électorale en son article 68, reprise ou interprétée (c’est selon) par le Conseil supérieur de la communication pose réellement problème. Pire, cette loi constitue une atteinte même à la démocratie. Elle n’est plus en phase avec les réalités du moment. Aussi, l’ensemble des acteurs politiques (qui en pâtissent) trouveraient mieux de se retrouver, d’en discuter et de trouver rapidement une réponse. Afin qu’elle ne contribue pas à polluer l’atmosphère politique avant le début des choses séreuses. Une loi, dit-on, est faite pour les hommes. Quand elle ne les favorise plus, il faut avoir le courage de l’abroger purement et simplement. Car, la presse ne peut pas constituer un problème en cette période de pré-campagne. Au contraire, si la presse ne rend pas compte, si la presse n’informe pas les Burkinabè, comment pourront-ils comprendre les programmes des candidats et faire le bon choix le jour des élections ? Les 21 jours de campagne officielle sont-ils suffisants pour un candidat sérieux à la fonction suprême de son pays de faire son bilan et de présenter en même temps son programme de gouvernance ? Assurément, non ! En 21 jours, la presse qui sera enfin libérée pourra-t-elle couvrir et rendre compte entièrement et de façon équitable des événements politiques des différents candidats sans être taxée de partisane ? Assurément, non ! Pourquoi alors une telle loi ?

Dabaoué Audrianne KANI

 

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