Construction du marché du secteur 25 : Ce qui oppose le maire de la commune et le maire de l’arrondissement 5

Le marché du secteur 25 dans l’arrondissement 5 est inscrit sur la liste des infrastructures marchandes à réaliser dans la commune de Bobo-Dioulasso. Par l’Agence française de développement dans le cadre d’une convention avec l’Etat burkinabè. Ce que le maire de l’arrondissement 5, Christophe Sanou ne veut entendre. Voici ses raisons !

La commune de Bobo-Dioulasso a obtenu, via le gouvernement burkinabé une subvention de l’Agence française de développement et de l’Union européenne d’un montant d’environ 11 milliards de F CFA pour la construction du marché du secteur 25 et du marché du secteur 20 (Lafiabougou). Les gares routières du secteur 24 et du secteur 20 Lafiabougou sont inscrites dans la même convention. Une convention de financement qui devait être signée le 8 avril dernier. Et patatra !

Le 13 avril 2021, le maire de l’arrondissement 5 adresse une correspondance au Directeur de l’Agence française de développement (AFD) dont le maire de la commune est ampliateur au même titre que beaucoup d’autres autorités régionales et nationales. Cette correspondance, dont l’objet porte sur la construction du marché du secteur 25 en mode Partenariat public-privé demande à l’AFD de sursoir à la construction du marché du secteur 25. En lieu et place, le maire propose d’aller construire celui du secteur 27 dans le même arrondissement (ndlr : si tant est que l’ADF tient à réaliser un marché dans ledit arrondissement). Car, pour le maire de l’arrondissement, « la mairie de l’arrondissement 5, en collaboration avec les acteurs locaux notamment les commerçants et les personnes ressources, a entrepris la procédure de construction du marché du secteur 25 depuis 2019 ».

Mieux, toujours selon lui, « l’étude de faisabilité en mode Partenariat public-privé a été faite et le rapport y relatif a été adopté par délibération prise en conseil d’arrondissement ». Mieux encore, « un avis de pré-qualification a été publié dans la revue des marchés publics n°2904 du mercredi 19 août 2020 ».
A en croire le maire Christophe Sanou, toutes les conditions sont réunies, ou du moins tout est prêt pour le démarrage des travaux de construction du marché du secteur 25 en mode partenariat public-privé. Puisqu’il rappelle que « le développement local dans le cadre de la décentralisation requiert la participation de l’ensemble des acteurs et la prise en compte des préoccupations des acteurs locaux dans la réussite des projets de développement ». Sur le site, à l’en croire, « tous les commerçants occupant ont été recensés et ont également approuvé et adhéré au projet ». Où se trouve donc le problème ?

Le maire Christophe Sanou va plus loin en ajoutant qu’il y a un besoin de construction de 11 marchés dans la commune de Bobo-Dioulasso. Aussi, reste-t-il convaincu que l’AFD ne peut en aucun cas construire l’ensemble de tous ces marchés. C’est pourquoi, il estime qu’il est « important d’encourager les initiatives locales de financement des projets locaux, basés sur le caractère endogène de l’organisation socio-économique des populations à la base ». Car a-t-il ajouté, « le développement endogène dans le cadre de la décentralisation responsabilise les acteurs qui sont obligés de participer à la réussite de leurs projets car ils ont été faits par eux et pour eux ». Qu’à cela ne tienne !

Les questions qui se posent

La première est toute simple : pourquoi le maire de l’arrondissement 5 s’est-il directement adressé à l’Agence française de développement (AFD) alors qu’il aurait pu s’adresser au maire de la commune de Bobo-Dioulasso ? Soit par écrit, soit discuter directement avec lui et les maires d’arrondissements de la question ou encore avec toutes les autres autorités ampliateurs de sa correspondance ? Ou bien toutes ces portes lui ont-elles été fermées ?

La subvention accordée à la commune de Bobo-Dioulasso (d’un montant d’environ 11 milliards de F CFA) l’a été par le biais de l’Etat à travers le ministère de l’Economie, des Finances et du Développement. Autrement dit, le maire de l’arrondissement 5 ne dispose d’aucune compétence pour adresser directement une correspondance à l’AFD dans le cadre de ces projets. Qu’est-ce qui a donc motivé une telle correspondance ?

La deuxième question est celle de savoir entre la subvention (qu’on peut perdre non pas pour le seul marché du secteur 25 mais pour les trois autres infrastructures comprises) et le partenariat public-privé, qu’est-ce qui est plus avantageux pour les populations, notamment les plus pauvres qui n’ont pas les moyens de préfinancer l’achat d’une boutique ? La preuve est qu’au marché de Sarfalao en construction en Partenariat public-privé, des souscripteurs peinent à honorer leurs engagements. Alors qu’en réalité, elles sont les premières bénéficiaires qui deviennent ainsi les victimes.

L’autre question est de savoir entre la mairie de l’arrondissement 5 et l’AFD, qui est plus indiqué à aller construire le marché du secteur 27 en lieu et place du marché du secteur 25 ? Notons que la construction du marché du secteur 25 n’est pas dissociable de celle du marché du secteur 20 et des deux gares routières des secteurs 20 et 24 ! Autrement, la commune court le risque de perdre toutes ces réalisations.

Le choix des infrastructures à réaliser n’a pas été faite au hasard. En effet, dans le cadre du développement de zones secondaires, il est prévu la construction de la rocade (route) depuis le secteur 25 pour rejoindre le port-sec. La construction du marché du secteur 25 et de la gare du même secteur devait permettre le développement cette partie de la ville et désengorger ainsi le centre-ville. Il en est de même du marché et de la gare de Lafiabougou.

Du reste, aucun projet de construction de marché en mode Partenariat public-public introduit par les maires d’arrondissements n’a pas été approuvé. Et ce d’autant plus que le mode Partenariat public-privé tel qu’il est compris n’est pas la bonne formule.

Ce mode veut qu’un projet conçu soit entièrement réalisé par un partenaire dit privé qui l’exploite ensuite et le rétrocède après avoir recouvré son investissement. Alors que dans le cas prévu à l’arrondissement 5, il est question de faire payer des acteurs pour réaliser un projet. Ce qui est loin d’être un partenariat public-privé, encore moins un actionnariat populaire.

Séri Aymard BOGNINI

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