Crise au Mali, Ibrahim Boubacar récolte ce qu’il a semé

A la crise sécuritaire est venue s’ajouter la crise politico-sociale. Si bien que, depuis les premières manifestations du Mouvement du 5-Juin Rassemblement des fortes patriotiques, le président Ibrahim Boubacar Kéïta n’a plus le sommeil tranquille. Même si les dernières négociations avec la coalition de personnalités politiques, de la société civile et du monde religieux qui exigeait sa démission ont permis de sauver son fauteuil. Mais pour combien de temps?

Car en effet, la coalition exige du président sa démission, la formation d’un gouvernement d’union nationale avec un Premier ministre de pleins pouvoirs issu de ses rangs (ce qui réduirait considérablement les pouvoirs du président), la dissolution de l’Assemblée nationale et de la Cour constitutionnelle. Des revendications difficiles à accepter et à mettre en œuvre par le camp présidentiel qui ne semble pas, jusqu’à présent, avoir compris le message.

A l’analyse, ce n’est pas la personne d’Ibrahim Boubacar Kéïta qui pose problème, mais la gouvernance politique, socio-économique et sécuritaire du Mali. Et dire que l’organisation et les résultats des dernières élections est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Alors que le pouvoir était donné perdant dans plusieurs localités dont des communes à Bamako, des recours introduits à la Cour constitutionnelle ont permis au pouvoir de reprendre certains sièges et de conserver ainsi, avec ses alliés, la majorité à l’Assemblée nationale. Ce qu’il n’en fallait pas, puisque c’est suite à cela que l’opposition politique qui avait crié au scandale, en coalition avec la société civile et des leaders religieux envahit les rues de Bamako.

N’ayant certainement compris le message (ou ayant refusé de le comprendre), le pouvoir bande les muscles et organise des contre-manifestations. La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest intervient, fait des propositions dont la formation d’un gouvernement d’union nationale, la reprise partielle des élections législatives là où il y a soupçons de fraudes. Malheureusement, le président malien continue de tergiverser, presser sans doute par la majorité. Après les rencontres du week-end, il suggère à la coalition de discuter avec la majorité présidentielle de son mémorandum qui lui a été transmis par les soins de l’Imam Mahmoud Dicko. Croyant ainsi se débarrasser de ces «emmerdeurs de gouverner en paix».

Ce sera une grosse erreur pour le président malien s’il refuse de discuter directement avec ceux qui sont en face. Car, le principal acteur, c’est lui et non aucun membre de sa majorité. Puisque, finalement, c’est cette majorité que les «coalisés» ne reconnaissent pas. S’il refuse de discuter, ce sera sans doute après lui. Car, tout compte fait, le président de la République c’est lui. C’est à lui que les problèmes sont directement posés. Ce qu’il faut retenir, c’est que les marches et conte-marches n’ont jamais profité à un pouvoir en place. Compter aussi sur l’essoufflement du mouvement pour pouvoir reprendre la main sera une grosse erreur, car les problèmes qui sont posés sont d’ordre structurel et par conséquent, ne peuvent être occultés en aucune manière.

Dénis Dafranius SANOU

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