Dépigmentation : Des conséquences dévastatrices, et pourtant…

La dépigmentation est devenue un problème de santé publique au Burkina Faso. D’où la décision de l’Association Siyosin Junior de s’engager dans la lutte contre cette pratique. Dans cette dynamique, elle a organisé une conférence publique sur le sujet, le samedi 23 avril 2022 au Gouvernorat de Bobo-Dioulasso.

« Pratiques et conséquences de la dépigmentation volontaire des adultes et dépigmentation imposée aux enfants, un enjeu de santé publique », c’est le thème de cette conférence animée par Dr Yéri Lydie Tioyé, dermatologue au Centre hospitalier universitaire Souro Sanou (CHUSS) de Bobo-Dioulasso. Elle a d’abord démontré le rôle protecteur de la peau pour l’organisme et les autres organes internes. Et particulièrement celui de la mélanine, qui donne la couleur noire à la peau et protège contre les rayons ultraviolets du soleil. Or, la dépigmentation consiste justement à détruire cette substance protectrice.

Sa destruction a des conséquences graves comme les infections de la peau, les cancers de peau, les vergetures, l’ochronose (peau cramée), la dyschromie (peau à plusieurs teintes), etc. Cette pratique entraine d’autres complications au-delà de la peau. L’on peut noter la décalcification osseuse, la fonte musculaires, l’obésité, les œdèmes, des troubles de cicatrisation, de vision, ou psychiatriques, la malformation du fœtus… Sans oublier les conséquences économiques. En effet, selon Dr Tioyé, au Burkina Faso les femmes dépensent entre 500 et 1 million FCFA par mois pour l’achat de produits dépigmentant. Ce qui peut conduire à la prostitution et/ou au vol.

Et pourtant, le phénomène prend de plus en plus d’ampleur et est même devenu un « problème de santé publique », selon Dr Tioyé, Qui précise que 50% des consultations au service dermatologie du CHUSS de Bobo-Dioulasso sont liées à la dépigmentation. Elle a aussi noté que, selon une étude à Bobo-Dioulasso et Ouagadougou en 2005, 49,2% des femmes se dépigmentaient. Depuis, les choses se sont empirées. Puisqu’une autre étude en 2016 a montré que 65 % des femmes à Bobo-Dioulasso s’adonnaient à cette pratique. Malgré les conséquences néfastes connues, qu’est-ce qui peut expliquer la persistance du fléau ? Les motivations sont multiples de l’avis de Dr Tioyé. Selon des enquêtes, les intéressées elles-mêmes citent pêle-mêle, « être belle, avoir un teint clair et brillant, avoir un mari, retenir le mari, avoir de la considération sociale, exigence du mari, un enfant clair plait… »

Que faire ? Dr Tioyé propose d’intensifier la sensibilisation, interdire l’importation, la vente et l’utilisation de ces produits, faire la promotion de la peau noire. Pour les représentants des coutumiers et religieux à la conférence, cette pratique est contraire aux préceptes religieux qui veulent que se Dieu donne à l’homme, c’est ce qui est bon pour lui. S’adonner à la dépigmentation, voudrait dire que Dieu s’est trompé en nous donnant la peau noire. L’exposé du Dr Tioyé a été suivi d’échanges et de questions/réponses. Selon son président Adama Soré, l’Association Siyosin Junior a pour mission principale, la promotion des droits humains, la cohésion sociale, la paix et les activités socioéconomiques, culturelles et sportives dans la région des Hauts-Bassins.

Aly KONATE

alykonat@yahoo.fr

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