Dienepo née Fofana Fatoumata : «Le développement de Bobo est plutôt une question politique»

Mariée à l’un des descendants de la grande famille Dienepo de Sya, Madame DIENEPO née FOFANA Fatoumata est une Dafing qui n’hésite pas à taquiner les Bobos, pour faire vivre et revivre la parenté à plaisanterie entre les Dafing/Marka et les Bobo en Hexagone. Elle a un certain goût pour la notabilité, les chefs coutumiers, les leaders religieux et la vie des associations. Elle se livre à l’Express du Faso à travers ces lignes.

Qu’est-ce qui a marqué votre enfance à Bobo-Dioulasso ?

À Bobo, ce qui m’a marquée, c’est mon enfance. On a tendance à me dire que je suis une fausse Bobolaise car que j’ai vécu à Bobo seulement de ma naissance à la fin de l’école primaire. J’ai fréquenté l’école primaire Diarradougou A du CP1 au CM2. Après mon Certificat d’études primaires et l’entrée en 6ème, je suis allée à Ouagadougou pour des raisons familiales. À Ouagadougou, j’ai fréquentée le lycée Newton, le Lycée Philippe Zinda Kaboré et le Lycée Technique de Ouagadougou (LTO). Après le second cycle, je suis allée à l’Université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou.

Quand vous avez quitté Bobo pour aller à Ouaga, qu’est-ce qui vous manquait ? Quelle était la différence ?

Ce qui me manquait, c’était cette liberté qu’on a à Bobo parce que à l’école primaire, j’avais mes ami(e)s, on faisait beaucoup de groupes de sortie quand il n’y avait pas l’école ; on allait au champ, on faisait les marchés. Ce sont toutes ces activités de mon enfance qui me manquaient, en gros, à Ouagadougou. Aussi, à Bobo pendant le Ramadan par exemple, on avait des activités dans le quartier le soir et cela entre filles.

Aujourd’hui vous vivez en France. Quel regard portez-vous sur la ville de Bobo depuis Paris ?

Bobo c’est cette ville cosmopolite comme on a tendance à le dire. C’est un vrai carrefour où vous avez plusieurs civilisations qui se rencontrent. Quelqu’un qui vient du Mali ne se sentira pas étranger à Bobo. Quelqu’un qui vient de la Guinée ou bien de la Côte d’Ivoire ne se sentira pas étranger à Bobo. Il y a ce côté social de la ville qui est très marquant qui est que quand on arrive à Bobo on est accueilli avec un tel respect, une telle joie que l’on est tout de suite à l’aise et cela, sans un regard sur ton statut social ou ta provenance. On est tout simplement bien accueilli à Bobo en tant qu’Être Humain ! Ça, c’est quelque chose qui me manque.

N’est-ce pas trop angélique cette description de Bobo ? N’est-ce pas un portrait de Bobo des années 50-90 ?

Dire que Bobo perd un peu de sa valeur ou qu’elle se modernise, ceci est exagéré à mon avis. C’est vrai que la modernité s’installe partout avec tous les moyens actuels qu’on a. C’est normal car cela va dans le bon sens ! Mai, moi, je pense quand même qu’au fond, Bobo est resté quand même toujours Bobo, parce que jusqu’à preuve du contraire, on a la notabilité qui « fait foi » à Bobo. On a des activités culturelles qui sont toujours d’actualité même si les choses ne se passent pas comme de notre temps. C’est vrai qu’il y a des efforts à faire pour maintenir certaines choses. C’est pour ça d’ailleurs quand je vois des associations qui se mettent en place, ça me fait chaud au cœur. La modernité on n’y peut rien. Cependant, cela ne doit pas nous empêcher de garder en mémoire tout ce que nous avons pu traverser jusqu’ici ; Et moi, je pense que Bobo est bien parti. Il n’y a pas mal de choses qu’on a gardées quand même !

Je pense quand même qu’au fond, Bobo est resté toujours quand même Bobo

Quand vous parlez de la notabilité, dans quel sens évoquez-vous ce terme notabilité ?

La Notabilité, je l’évoque dans le sens que, quand on arrive à Bobo, la première chose à faire, c’est d’aller présenter comme le disent les diplomates, « ses lettres de créance au Chef Suprême des Bobo Madarê ». C’est lui qui est le porte-parole des différents chefs de terre et des chefs de village de Bobo. Ça, c’est connu de tout le monde ! On a aussi les chefs coutumiers de toutes les autres ethnies qui cohabitent à Bobo et qui se fréquentent paisiblement. En plus, il y aussi, les chefs et les leaders religieux respectés comme il se doit à Bobo ! Voilà, ce sont des choses qui sont importantes et qui sont utiles à prendre en compte pour une bonne vie dans la cité.

Croyez-vous que la Notabilité, les Chefs coutumiers et les leaders religieux puissent être un frein pour la modernisation de Bobo-Dioulasso ?

Pour moi non ! Quand on prend certains pays d’Europe où c’est la monarchie qui règne encore, le respect de cette monarchie n’empêche pas ces pays-là de se développer ! Bobo peut bien se développer et je pense que le développement de Bobo, est plutôt une question politique. C’est plutôt l’organisation sociale qui constitue quelquefois des freins au développement de Bobo. Il y a aussi peut-être quelque chose à faire au niveau des jeunes sur le plan de la création des emplois.

La jeunesse bobolaise se sent toujours accusée de tous les maux ! Dans quel sens devrait-on travailler avec la jeunesse ?

Dans le sens de les booster, les orienter vers des filières productives. C’est pour ça que je crois que le développement est politique. Cela veut dire que ce sont les politiques qui doivent justement tirer les jeunes vers des activités de développement. Aujourd’hui, je pense que pour quelqu’un qui a envie d’exercer une activité, il a besoin de soutien et je pense que c’est ce soutien qui manque aux jeunes à Bobo.  Sans soutien de plusieurs natures et une orientation politique, les gens vont attendre ce qui n’est pas à leur portée et on ne démarrera jamais !

Que faites-vous de votre côté pour aider cette jeunesse qui manque d’emploi ?

Moi, je suis de l’Association Faso durable et nous sommes en Europe. Nous n’avons pas concentré toute notre activité au Burkina. En France, nous essayons de mener des activités notamment sur le plan social, culturel et le développement durable. Nos projets prennent en compte trois grands volets : le social, l’environnement et l’économie. On ne s’est pas cantonné sur un seul volet car nous souhaitons toucher un grand public. Nous avons organisé une journée Faso durable à l’ambassade du Burkina en France et nous avons eu une projection cinématographique ; puis nous avons échangé sur le thème du traitement des déchets ménagers au Burkina Faso. Pendant cette journée culturelle, nous avons aussi fait un concours de danse entre parents à plaisanterie. Je n’oublie pas que nous procédons à des distributions de repas aux migrants. Aussi, chaque année à la Saint-Sylvestre, nous organisons une fête pour collecter des fonds. Malheureusement avec le COVID-19, cette année nous n’avons pas pu organiser notre réveillon. Mais pour la rentrée scolaire passée, nous avons utilisé une partie de nos fonds dans des activités de soutien scolaire à Bobo.

Je tiens à noter que toutes les activités de Faso Durale visent à dégager des ressources pour aider la jeunesse bobolaise à se former et à créer des entreprises.

“Nos projets prennent en compte trois grand volets”

Comment souhaitez-vous aider les femmes à développer des projets à Bobo ?

Les projets que nous avons, c’est avec l’association Mousso Dèmè (aide aux femmes en Dioula). Nous aimerions aider les femmes en général, mais plus particulièrement celles qui nettoient les rues de Bobo. Ce sont des femmes au foyer et elles ont un certain âge. Vous savez entre temps la ville avait recruté des femmes pour nettoyer les rues de Bobo, mais par manque de moyen, les autorités municipales ont réduit le nombre de femmes qu’ils avaient recrutées pour faire ce travail. Certaines de ces femmes se sont retrouvées au sein d’une association et elles cherchent aujourd’hui à mener collectivement des activités. Ces activités vont leur permettre de subvenir à leurs besoins. Elles souhaiteraient aussi se mettre en coopérative pour travailler dans le secteur de la production alimentaire telle que le fonio, les noix de cajou et la production de jus. Il y a aussi un projet de gestion de déchets ménagers avec les femmes.

Auriez-vous déjà des partenaires au Burkina Faso ?

Nous sommes en contact avec les autorités municipales de Bobo, surtout la mairie de l’arrondissement N°7. Nous avons par exemple échangé autour du projet de bacs à ordures que nous souhaiterions déposer dans différents secteurs de la ville de Bobo.

 

Entretien réalisé par Kibidoué Éric Bayala

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