Entretien : « Chaque Bobolais de la diaspora qui en est capable devrait investir dans l’industrie à Bobo », Lassina Ouattara, résidant au Congo

Chef d’entreprise dans la diaspora vivant au Congo- Brazzaville, il vient à Bobo-Dioulasso au moins une fois par an. Lassina Ouattara raconte avec fierté qu’il est né à Bobo à la maternité Guimbi Ouattara, le 27 juin 1977. Ce « Doulakiê » est marié et est père de trois enfants. Brazzaville l’a accueilli en 2002 et il y a trouvé sa voie ! Entretien.

Comment raconterais-tu Bobo, en quelques mots ?

Bobo-Dioulasso, c’est le moment de mon adolescence dans les années 1990 :  des souvenirs inoubliables à jamais car riches de promenades entre amis, les jeux au Maracana (football). Il y a aussi les séries brésiliennes Dona Beja, au moment où la télévision en couleur était un luxe pour bon nombre de Burkinabè

Bobo Dioulasso, c’est là où mon cordon ombilical est enterré. C’est aussi cette ville cosmopolite avec des brassages de plusieurs cultures, grâce aux rencontres diverses. Bobo-Dioulasso est la ville de la princesse Guimbi Ouattara, symbole de courage et d’engagement féminin.  Dans mes souvenirs, il y a la grande mosquée de Dioulassoba, la mairie centrale, la RAN, le lycée Ouezzin Coulibaly, les quartiers Kombougou, Farakan, le mausolée Guimbi Ouattara.

Et votre vie scolaire ?

J’ai fait mon école Primaire à Nasso, et après le Lycée Ouezzin Coulibaly (LOCà de 1992 à 2000. Au LOC, il y avait la cantine où on pouvait manger à 100 francs. Les tickets de la cantine du mois pour les boursiers s’élevaient à 3.000 FCFA.

Ce qui m’a marqué au LOC, ce sont les nuits culturelles, avec des troupes de danse et de théâtre. Aussi, les nuits culturelles étaient accompagnées de bal, le plus souvent au club SONABEL à Accart-ville.

La vie scolaire à Bobo-Dioulasso, c’était aussi les nuits blanches au LOC passées à bosser à l’ombre des lampadaires. En ce moment, la sécurité était là et on pouvait traverser le LOC pour aller à Ouezzin-ville sans avoir peur car le LOC n’était pas clôturé.

J’ai fait mes études supérieures au Congo Brazzaville à l’École Supérieur de Gestion et d’Administration des Entreprises (ESGAE). J’ai un Master 2 en prospective stratégique et management des PME (NDLR : Petites et Moyennes Entreprises).

Quels sont les évènements de votre vie à Bobo qui vous ont marqués et que vous ne retrouvez pas au Congo-Brazzaville ?        

Pour un Dioula de Bobo, les évènements qui m’ont marqué à Kombougou, ce sont les concours de lecture du Coran pendant le « Kouroubideni » et le « Kouroubiba », respectivement pendant le 14ème jour et le 26ème jour du mois de Jeûne ou mois de Ramadan.  Pendant ces lectures, on choisissait la personne qui avait la plus belle voix ou qui avait fait la plus belle prestation. Ces lectures furent des moments marquants pour moi et elles étaient faites par les Sanogo, qui sont les marabouts installés à Kombougou à Bobo-Dioulasso.

Il y a aussi les mariages traditionnels Dioula que l’on appelle aussi Fourou (NDLR : mariage) pendant lesquels il y a la cérémonie appelé Kouroun (NDLR : Pirogue). Pendant le Kouroun, la femme est portée sur les épaules par les jeunes hommes âgés le plus souvent de 18 à 30 ans.

La jeune mariée est assise sur les épaules d’un jeune homme sous forme de chaise et le groupe de jeunes hommes accompagnés de jeunes filles se promène avec elle sur leurs épaules et on entonne des chants de mariage à la gloire des mariés et on danse dans le quartier. Quand le porteur est fatigué, un autre jeune homme baraqué prend la relève et porte la femme sur son épaule. Ce sont des moments auxquels j’ai participé et dont je me rappelle toujours !

Au LOC, je n’oublie pas qu’il y avait en son temps aussi, une compétition de gourmandise pendant laquelle, on choisissait la personne qui arrivait à manger trois plats de riz pendant le repas ! Je me souviens que mon cousin m’avait demandé de participer au concours. Ce fut très drôle, car souvent, il y a des élèves qui se bourraient le ventre et avaient des maux de ventre par la suite.

Combien d’entreprises avez-vous au Congo et dans quel secteur d’activités ?

J’ai créé il y a deux ans la Société Africaine de Recouvrement (SAR) qui est la première société de recouvrement professionnel de créances au Congo-Brazzaville. Ma société se porte bien ! Je suis aussi actionnaire dans une autre société et je suis dans les BTP et l’industrie légère. Par exemple, en ce moment, nous sommes en train d’installer des lignes de transformation de produits locaux du Congo en jus. Nous avons des jus de gingembre, du jus de bissap, du jus d’ananas etc… La société s’appelle en dioula SOFATT et ça veut dire « Sô fara », la maison est remplie ou pleine, pour dire qu’il y a de l’abondance dans la maison.

D’où vous vient cet esprit d’entrepreneur ?

Cet esprit me vient d’un ami à mon papa qui s’appelait Traoré Bassirima qui était entrepreneur. Dans les années 80, quand il venait voir son ami, mon papa, il amenait toujours un présent et il parlait beaucoup des affaires. Moi, tout petit, je l’écoutais religieusement et je me suis fait un vœu : si Dieu me donne une longue vie, je serai aussi un entrepreneur ! Mais cet esprit d’entrepreneur a grandi et a pris corps une fois que je me suis installé au Congo. Je me suis donc fais de l’expérience à travers mes rencontres et contacts avec mes frères maliens et sénégalais au Congo.

Avec ces expériences, j’ai pu mettre en pratique les idées et les projets que je caressais quand j’étais plus jeune. Mon esprit entrepreneurial, je le dois à Traoré Bassirima, ami de mon papa qui fut aussi mon papa. Il fut un très grand entrepreneur dans les années 70 et 80 et il approvisionnait en vivres le LOC et le camp militaire de Bobo (NDRL. Camp Ouezzin Coulibaly). Il était de Kôkô, mais il résidait à Ouezzin-ville (paix à son âme).

Combien d’employés avez-vous ?

J’ai environ 80 employés directs et permanents. Dans le BTP, on travaille plus avec des intérimaires et des temporaires. Quand on a un marché, on peut recruter des centaines de travailleurs indirects et si le projet finit, le contrat des temporaires prend fin aussi. Ça, c’est pour le BTP.

En ce qui concerne l’unité de production de jus, la partie opérationnelle est assurée par des Congolais et il y a aussi une dizaine de Burkinabè qui travaillent avec moi.

Avez-vous des relations d’affaires avec des Burkinabè ?

J’ai des relations d’affaires avec des Burkinabè de la diaspora. Mon conseiller juridique est Poda Latin qui réside au Burkina Faso. Il est un expert en droit de l’OHADA (NDLR : Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires), c’est un Bobolais comme moi et il est un de mes hommes de confiance et mon conseiller en droit. Il y a aussi Traoré Lassina qui est venu me voir en février 2020 au Congo.

Comment vous vous en sortez avec ces multiples entreprises et projets ?

Bobo m’inspire beaucoup ; la pratique du sport du Bobolais est toujours intacte en moi et c’est bien ce qui me rend productif et endurant. Mais aussi, l’esprit d’ouverture et de partage du Bobolais m’a ouvert plusieurs portes dans mes affaires. L’esprit Bobolais paye !

Avez-vous installé des affaires à Bobo, votre ville natale ? Est-ce que Bobo est attractif ?

Pour l’attractivité de Bobo, il nous faut une stratégie de communication offensive sur les opportunités qu’offre la ville de Bobo aux investisseurs et chaque Bobolais et Bobolaise de la diaspora qui en est capable devrait investir dans l’industrie à Bobo. Investir pour créer de l’emploi et lancer l’économie de la ville et du Burkina-Faso.

Pour ma part j’ai commencé avec le foncier et j’ai acquis, 4000 m2 dans la zone industrielle sur la route de Bama.  Les études sont en cours, et si Dieu le veut d’ici mi-2022 les travaux seront lancés. J’envisage de développer sur mon terrain un projet d’industrie agroalimentaire avec la production de jus avec de fruits locaux. J’ai aussi modestement investi dans l’immobilier par l’achat des parcelles.

EricKibidouéBAYALA

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