Fait de chez nous : L’escroc et le faux aveugle

La vie est faite de hauts et de bas. C’est pourquoi certaines personnes tentent de dire que le monde a changé. Et pourtant ! Ce sont les gens qui ont choisi de vivre autrement sinon depuis la nuit des temps, le soleil se lève à l’Est et se couche à l’Ouest. Voici une histoire qui montre à dessein que les hommes aiment plus la facilité qu’ils bradent leur dignité pour peu.

Dans cette ville du pays des Hommes intègres, une frange de la population se retrouve à un endroit pour chercher sa pitance quotidienne. Il s’agit de personnes qui, d’une manière ou d’une autre, ont perdu l’usage de la vue qu’on appelle par moment des aveugles. Comme on le dit,  le malheur des uns faisant le bonheur des autres, un escroc sans pitié décide de profiter de ces pauvres personnes en les dépouillant de leurs gains. Comment procède Frédo, l’escroc ?

Régulièrement, il part se poster sous un arbre et observe les éventuels passants qui laissent soit une pintade, soit une poule comme sacrifice à ces mendiants. Dès que le sacrificateur continue son chemin, Frédo s’approche pour demander si la volaille reçue est à vendre. En espérant glaner quelques jetons, le pauvre répond par l’affirmative. L’escroc fait semblant de prendre pour voir et il s’éclipse laissant le pauvre aveugle à son sort. Malgré les malédictions, les injures et autres, Frédo continue calmement avec le poulet. Il faut signaler que la plupart de ces aveugles sont conduits tôt le matin sur place par des gamins qui ne reviennent qu’au crépuscule pour les raccompagner à la maison.

Soumaïla, et certains de ses amis sont mis au courant du comportement de Frédo. Avec l’aide de ses complices, Soumaïla se déguise en aveugle pour se joindre aux malades sur place dans le but de piéger Frédo, l’escroc. Moins d’une semaine a suffi pour que l’escroc tombe dans le piège. Ce vendredi matin vers 10 heures, Soumaïla a reçu une grosse pintade toute blanche. Frédo ne sachant pas que c’est un piège est pressé de voir partir le donateur. Il s’approche un instant après pour demander le prix de la pintade en ces termes : « baliman tchiè, camiin bi féré wa ? » (Mon frère, la pintade-là est à vendre ?) en langue dioula. Le faux aveugle de répondre : « a bi féré. Tchinmin dourou di i ba taa » (oui donne deux mille cinq cents francs et elle est à toi). Il prend la pintade et se retire juste derrière le cailcédrat sous lequel est installé l’aveugle. Ce dernier demande de donner l’argent ; mais point de réponse. Tranquillement il se lève, portant ses lunettes noires avec son bâton et dit : « on vient me donner une pintade et toi tu viens me la voler.

En tout cas, je vais frapper au hasard et toute personne que je vais toucher c’est le voleur qui l’aura fait ». Et pourtant il voit très bien son voleur caché derrière l’arbre. Il fait semblant de le dépasser et brusquement il lui assène un coup violent. Le voleur court derrière un autre arbre. Le faux aveugle le guette bien et fait semblant de tâter au hasard. En tout cas si je frappe un innocent, c’est le voleur qui a provoqué ça. Il va vers cet arbre comme s’il va dépasser et encore un bon coup reçu par Frédo qui est obligé de hurler en disant « tiens ta pintade ; tu vas me tuer non ? Toi tu n’es pas aveugle ». Soumaïla reprend sa pintade et regagne sa place. Frédo tout honteux qui a eu chaud repart bredouille. Depuis ce jour, ces pauvres mendiants ont retrouvé la paix. Frédo n’y a plus mis les pieds. C’est le sens de l’adage populaire qui dit que : « tous les jours pour le voleur, un seul pour le propriétaire ».

Siaka SANON

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