Lavage autos et motos à Banfora : “il n’y a pas de métier uniquement destiné aux hommes”, Madjelia Barro

 

Madjelia Barro présidente de l’association des filles leaders de la région des Cascades lave des motos et des véhicules à Bounouna. Le lundi 27 février 2023, nous l’avons rencontrée sur son lieu de travail, un endroit de lavage d’engins dans la cité du paysan noir.

Qui est Madjelia Barro ?

Je suis une citoyenne comme les autres. Je suis la présidente des filles leaders de la région des Cascades. Je lave également des motos et des véhicules en face de la salle polyvalente de Banfora sise à Bounouna.

Lavage auto et moto, n’est pas un métier réputé pour femme. Il y a plein de métiers pour femme, pourquoi avoir choisi celui-là ?

Je ne sais pas, mais à vue d’œil les gens ont tendance à m’attribuer un comportement d’homme. C’est déjà un atout pour embrasser un métier d’homme. Mais les gens doivent comprendre qu’il n’y a pas un métier d’homme. Là où je peux travailler pour subvenir à mes besoins, c’est déjà un acquis. Travaillons seulement ! Chaque personne dispose d’un engin et je pourrai couper gros. 

Comment a été le début ?

Le début a été difficile, et jusqu’à présent. En tant que femme, ce n’est pas facile ; en plus avec la situation, il n’y a pas de marché. Aussi avec le découragement des gens, on me dit que ce n’est pas un métier de femme et que je ne vais pas m’en sortir. Mais j’ai foi en moi.

Avec les critiques, est-ce que vous n’allez pas jeter l’éponge ?

Non, c’est mal connaître Madjelia Barro, je ne vais pas jeter l’éponge. J’aime les challenges et j’aime relever les défis. Là où on me dit que je vais échouer, c’est là-bas que je relève les défis avec brio. Je vais foncer et ça me motive. Quand on te critique, ça voudrait dire que tu as des talents. Je ne lâche pas. Je me battrai jusqu’à mon dernier souffle.

 Par jour combien d’engins pouvez-vous laver ?

Par jour, je peux laver environ une dizaine de motos. Le week-end, je peux aller au-delà. En matière d’entrepreneuriat, ce n’est pas facile. J’essaie de faire avec les moyens de bord et avec les clients qui me font confiance.

Les difficultés ?

Je suis actuellement la seule dame qui lave les motos à Banfora. Ce n’est pas simple, les gens me critiquent beaucoup qu’au lieu d’aller faire de la coiffure et autre, je viens laver des engins. En plus ici, il n’y a pas un maquis. S’il y avait un maquis, cela pouvait me donner beaucoup de chance. Mais je vais toujours me battre, je n’ai pas eu d’endroit de lavage en ville voilà pourquoi. Je suis sous le soleil, je n’ai pas les moyens pour améliorer mon service. Il y a manque de clients, manque de moyens, manque de personnel, etc.

Combien de personnes employez-vous ?

Pour le moment j’emploie une seule personne. Je n’ai pas les moyens d’abord. Je veux bien faire, mais je manque de moyens. Si ça allait, j’allais employer beaucoup de personnes, mais hélas. Comme je vous l’ai dit, si je vis je vais toujours me battre.

 Avez-vous un message particulier à l’endroit de vos camarades jeunes filles ?

Je demande à mes camarades jeunes filles de prendre leur destin en main.  De nos jours, il n’y a pas un métier uniquement destiné aux hommes et aux femmes. On doit travailler et cesser de critiquer les uns et les autres. Nous femmes, nos ennemis, ce sont nos camarades femmes. On a un mental faible et on aime les critiques faciles. Le temps est venu pour nous de nous battre, on ne doit pas accuser qui que ce soit.

Entretien réalisé par

Besseri Frédéric OUATTARA/ Banfora 

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