Métier de tisserand à Gaoua : Léa Palenfo, la fille de Wèlè-Wèlè, rêve d’habiller le président du Faso

Dans la région du Sud-Ouest, le métier de tisserand a un visage féminin. On y retrouve des jeunes filles dont la plupart est issue des milieux défavorisés. Léa Palenfo est le symbole de cette frange démunie, qui a résisté à la tentation d’aller sur les sites d’orpaillage ou de se marier très vite pour rejoindre les plantations en Côte d’ivoire.  Elle a choisi le métier de tisseuse de pagne traditionnel, le Faso Danfani. De Wèlè-Wèlè son village à Gaoua dans le centre professionnel des jeunes filles Camille-Kambou, le parcours de Léa Palenfo est un ruisseau fait d’amertumes et d’espoirs.

Feu le président Thomas Sankara le disait dans l’une de ses adresses aux Burkinabè : «consommons ce que nous produisons», «valorisons nos producteurs». Dans le contexte précis nous devons valoriser nos tisseuses professionnelles, celles qui nous habillent avec le pagne tissé avec de la cotonnade made in Burkina.

Et les autorités actuelles du Pays des hommes intègres l’ont compris, à commencer par le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré lui-même, qui valorise à chacune de ses sorties le dur labeur de nos tisseuses. Ainsi voir les premiers responsables du pays donner de la valeur à ce que nos artisans produisent, leur donne de l’espoir. Et c’est cet espoir qui nourrit ces milliers de femmes tisseuses professionnelles de pagnes comme Léa Palenfo, formatrice au centre Camille-Kambou de Gaoua. Elles ont fait de la confection du Faso Danfani, leur source de pitance quotidienne.

Léa Palenfo est un modèle de ces filles battantes qui ont appris un métier pour s’en sortir dans la vie. En plus, c’est le métier de son cœur, celui qu’elle a toujours rêvé de faire. Mais, comment cette jeune fille pleine de rêve et d’ambitions a pu faire du tissage des pagnes son métier ?

De Wèlè-Wèlè au Centre de formation professionnelle Camille-Kambou de Gaoua

On peut dire sans se tromper que Léa Palenfo est venue dans le tissage de pagne par hasard. En effet, née à Wèlè-Wèlè  à 11 km de Gaoua sur la route de Loropéni en 2000 dans une famille polygame (son père a 3 femmes), Léa Palenfo est la première fille de sa mère. Elle a fait l’école primaire à Wèlè-Wèlè. Après l’obtention du certificat d’études primaires, Léa se rend à Gaoua pour continuer son cursus au lycée provincial Bafudji. Mais elle ne terminera pas la 6ème, non pas parce qu’elle n’est pas intelligente, mais parce qu’elle voulait faire comme les autres jeunes filles de son âge. Piquée par le virus de l’aventure dans un pays côtier.

Elle nous le confiera, elle n’avait qu’une seule envie : avoir un mari et aller dans les plantations en Côte d’ivoire. C’était en 2016. Dans cette entreprise, elle sera dissuadée par sa génitrice qui voyait en sa fille un autre avenir. C’est elle qui suggérera à Léa d’aller apprendre un métier au Centre de formation professionnelle Camille-Kambou. Marchande de soumbala, la mère de Léa explique qu’elle a utilisé ses relations au Centre de Gaoua pour que sa fille puisse l’intégrer.

Léa au centre Camille-Kambou

Sur conseil de sa mère donc, Léa va accepter d’apprendre un métier au Centre de formation professionnelle des jeunes filles Camille Kambou en 2016. Sa première scolarité a été payée par sa maman avec l’argent de ses activités génératrices de revenus. En ce moment son père était parti en Côte d’ivoire pour travailler dans les plantations. Entre-temps, Léa était repartie au village. Sa mère est allée la chercher pour l’inscrire au centre qui dispose d’un site d’accueil pour les filles qui venaient des villages. Elles doivent en contrepartie payer 2000 FCFA par mois. Entre le site d’accueil et le centre de formation, il y a une distance à parcourir et Léa, comme les autres filles, le faisait à pieds. Au début tout allait bien.

Mais, dira-t-elle, «le troisième jour de la formation, nous avons roulé les fils toutes la journée et à la fin j’avais mal aux pieds. Donc l’idée m’a traversée d’abandonner le tissage pour faire la coiffure. Mais on m’a conseillée de continuer, parce qu’au niveau du tissage les premiers moments sont difficiles et on finit par s’habituer». Après quelques mois de marches entre le site d’accueil et le centre, Léa Palenfo et ses camarades auront la chance d’avoir des vélos. Des vélos offerts par la directrice du centre. C’était au deuxième trimestre, dit-elle. La vie au site d’accueil dure juste deux ans. Après, les anciennes doivent laisser la place à de nouvelles et se trouver un logement.. Léa Palenfo après ces deux ans passés sur le site d’accueil, a été confiée à sa tante. C’est avec elle qu’elle vit dans une maison située sur une colline moyenne et qui n’est pas totalement achevée.

Du statut d’élève à celui de formatrice

Deux ans de formation et Léa Palenfo sort du centre avec les techniques nécessaires pour tisser les pagnes traditionnels. Avec le matériel qu’on leur a remis pour s’installer, elle envisage d’ouvrir son propre business. Mais elle sera rappelée par la présidente du centre de formation professionnelle Camille-Kambou, très satisfaite de son travail, pour assurer la formation des nouvelles. « Après notre sortie officielle, j’ai eu des échanges avec la présidente du centre. Elle voulait que je revienne former les nouvelles. A notre sortie, nous étions 4 filles. Une  a décidé d’aller s’installer dans son village, une autre est tombée enceinte et la troisième ne maîtrisait pas trop. C’est pourquoi le centre m’a fait appel », explique notre héroïne. Léa va commencer à travailler au centre en 2020 mais après deux mois, elle décide de ne plus partir : « J’ai refusé de repartir et de rester chez nous à la maison pour travailler parce qu’au début, la présidente voulait me payer 15000 FCFA par mois. Et quand je calcule, je gagne plus en restant travaillé à la maison. Elle refait signe cette année, et cette fois-ci, elle augmente mon salaire à 20 000 FCFA par mois ».

Léa s’installe à son propre compte

Léa débute son entreprise et tisse des modèles qu’elle présente à ses voisines, en même temps qu’elle travaille au centre comme formatrice. «Mes premiers clients, ce sont mes voisines. Quand j’ai commencé à tisser à mon propre compte, ce sont mes voisines qui venaient acheter mes pagnes tissés », indique-t-elle. Ensuite elle fera des modèles qu’elle proposera à ses parents à Wèlè-Wèlè, qui ont commencé à commander le pagne tissé avec elle.  Actuellement, dit-elle, « j’ai beaucoup de clients au village ».

Elle travaille à 100% avec le fil du Burkina Faso. En plus de cela, elle a appris à faire la teinture. Tout son souhait, c’est de pouvoir partager son expérience avec d’autres centres pour se perfectionner davantage. Elle cultive un grand rêve. Celui de pouvoir tisser des pagnes made in Burkina Faso pour le président du Faso. Celui-là même qui valorise le travail de ces milliers de tisseuses professionnelles.

Ce qu’on pense de Léa Palenfo au centre de formation professionnelle Camille-Kambou

Kpoda Julie Viviane, première année d’apprentissage en tissage

« Léa Palenfo est notre deuxième formatrice. Elle nous forme bien et n’a aucun problème.  Elle nous apprend à tisser les uniformes pour le centre et d’autres pagnes tissés. Elle n’est pas trop sévère avec nous. On peut dire sans se tromper qu’elle connaît bien son travail.  Elle explique bien. C’est vraiment une bonne formatrice ».

Sami Kambiré, directeur des études du centre Camille-Kambou

« Léa Palenfo fut apprenante au centre. Après sa formation, elle s’est installée sur place à Gaoua.  Je suis passé au moins deux fois la voir dans son travail. Elle travaille bien et on l’a même recrutée pour être la formatrice adjointe et maintenant formatrice du centre.  Elle prend son travail au sérieux. Elle est très consciente. L’année passée, elle avait des problèmes de marché et le centre voulait l’accompagner à trouver des marchés. C’est une fille battante, si on l’accompagne elle pourra s’en sortir ».

Firmin OUATTARA

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