Opération reconquête du territoire à Morolaba : Ce que nous avons vécu au front aux côtés de combattants

 

Dans la nuit du 16 au 17 septembre 2023, des combattant composées d’éléments des Forces de défense et de sécurité (FDS) et de Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) de la commune de Morolaba ont mené une opération de reconquête du territoire dans le village de Niamberla, dans la province du Kénédougou, occupé il y a quelque temps par des terroristes. L’objectif, débarrasser cette localité de ces derniers qui y sèment la terreur. Une équipe de L’Express du Faso était de la mission. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce n’était pas une promenade de santé. Le récit des événements !

Morolaba est une commune rurale de la province du Kénédougou, située à 140 kilomètres de la ville de Bobo-Dioulasso et compte 15 villages. Le samedi 16 septembre 2023, des forces combattantes composées de FDS et de VDP y ont mené une opération de reconquête de territoire en vue de traquer et neutraliser les groupes armés terroristes qui sévissent dans la zone il y a de cela un certain temps.

C’est aux environs de 16 heures que nous embarquons à Domberla, chef-lieu de la commune de Morolaba avec pour direction, Niamberla, ce village de la commune où tous les habitants ont pris la poudre d’escampette depuis le début du mois de septembre sous la pression des groupes terroristes.

De passage dans le village

Sur notre chemin, nous arrivons au premier village, Nangorla. Ce sont des habitations vides qui nous accueillent ; aucune âme, tout le monde a quitté le village. Selon des éléments de la patrouille, un ultimatum avait été donné aux habitants de quitter le village au plus tard le vendredi 15 septembre. La population a effectivement quitté les lieux, ce vendredi 15, la veille de notre arrivée.  Nous poursuivons le chemin jusqu’à N’Gorguerla, le village suivant. Là, les habitants sont sur place ; sans doute qu’ils n’ont pas reçu d’ultimatum. Puis nous mettons le cap sur Niamberla, là où les Groupes armés ont installé leur camp. Objectif, reconquérir ce village occupé par les groupes armés terroristes et duquel les populations ont fui.

Aux environs de 19 heures, alors que nous étions à un kilomètre du village de Niamberla, le convoi tombe dans une embuscade dans la forêt. De violents et intenses combats opposent les forces combattantes aux groupes armés terroristes durant quelques minutes. Face à la détermination et à la puissance de feu des combattants, les terroristes vont replier. Apparemment pour rejoindre leur base qui se trouverait dans une colline entre Sirasso et Niamberla.  Le premier accrochage est terminé. Tout le monde est au complet. Nous passons la nuit, quelque part, dans les buissons.

Au petit matin du dimanche 17 septembre, aux environs de 7 heures, les combats reprennent. Déloger les Groupes armés terroristes, c’est le mot d’ordre qui anime les forces combattantes. Malheureusement, au bout de quelques heures, alors qu’il pleuvait abondamment, l’information tombe : “Le Lieutenant est tombé, le combat est terminé”. Ainsi a pris fin le combat. Pour toujours, pour « Le lieutenant » et pour trois VDP. Les autres éléments du groupe de combattants replient ; les uns à Domberla, chef-lieu de la commune de Morolaba, les autres à N’Dorola. Dommage, Niamberla ne sera pas été libéré, comme il était prévu. En tout cas pas cette fois-ci.

Bilan de deux opérations

Des dizaines de terroristes ont été neutralisés au cours des combats. Du côté ami, un élément des Forces de défense et de sécurité et trois Volontaires pour la défense de la patrie sont, malheureusement, tombés. Rappelons que la même équipe de combattants avait mené une première opération du même genre dans la même localité dans la nuit du 09 au 10 septembre 2023. Au cours de cette opération, une douzaine de terroristes avaient été neutralisés, un capturé vivant, quatre tricycles, trois motos, un tracteur, des armes et des munitions récupérés.

Les populations s’inquiètent tout de même

La commune de Morolaba est une zone agricole, essentiellement productrice de coton et de maïs. En cette campagne agricole, les champs présentent à vue d’œil, une bonne physionomie.  Mais, à entendre les producteurs, ils sont préoccupés par la situation sécuritaire. ” Nous avons cultivé cette année. Nous attendons les récoltes mais, les menaces des groupes armés terroristes que nous recevons régulièrement nous disant que nous n’allons pas pouvoir récolter, nous inquiètent énormément. Il faut que l’autorité nous vienne en aide pour que nous puissions faire les révoltes en toute quiétude”, a affirmé un habitant de la commune.

Centres de santé, écoles…fermés

A la date d’aujourd’hui, tous les centres de santé de la commune sont fermés. Les écoles le sont également depuis janvier 2023. Trois villages (Niamberla, Sirasso et Nangorla) sont déguerpis. Les populations ont abandonné leurs productions dans les champs et ont rejoint d’autres villages tels que Domberla, Siguinasso, N’Dorola, Zoumahiri. D’autres sont venus à Bobo-Dioulasso. En plus de l’aspect sécuritaire, le volet humanitaire devient de plus en plus préoccupant au regard des déplacés internes dont le nombre croît de plus en plus.

 Ben Alassane DAO, de retour de Morolaba


Moi, sur un champ de bataille !

Cette mission sur un champ de bataille fut une première pour moi. Sur un champ de bataille armée, au milieu des armes. Ce que je n’ai jamais vécu. Mais que j’ai décidé de vivre, aux côtés de ces combattants qui donnent leurs vies pour sauver la patrie. Cependant, inutile de dire quelle frayeur ne m’a-t-elle animé tout au long des combats. Par moment j’ai eu de l’espoir, comme j’ai été aussi par moment tétanisé à l’idée que la vie peut s’arrêter ici, pour moi. A tel point qu’il m’est arrivé de me poser cette question : « qui m’a demandé de venir ici ? » Le crépitement des armes et le sifflement des balles, m’ont fait penser à beaucoup de choses : entre la vie et la mort, il n’y a qu’un pas. Ce jour restera, à jamais, gravé dans ma mémoire.


Ce que « Le lieutenant » m’a dit

« Il faut qu’on fasse cette guerre. C’est pourquoi j’ai décidé de prendre le destin en main pour libérer ma commune (Morolaba) dans les mains des terroristes. C’est la terre de mes ancêtres, j’ai mes parents dans le village, je suis né et j’ai grandi là-bas. Je vais aller à l’assaut des terroristes au péril de ma vie. Pas question de reculer». Effectivement « Le Lieutenant » n’a pas reculé. Malheureusement, il y a laissé la vie. Hommage.

Fermer le menu
eleifend Phasellus quis lectus Sed Praesent