Réconciliation nationale, course contre le temps à la dernière minute

Le président de l’Assemblée nationale, pour justifier le report des élections législatives demandé après des sorties dans les zones à risques a donné comme raisons, entre autres, la nécessité de la réconciliation nationale. Et ce immédiatement après la présidentielle car pour lui, aucune arme aussi chère et sophistiquée qu’elle soit, ne peut venir à bout du phénomène du terrorisme sans une véritable réconciliation des filles et fils de la nation. Dans la même dynamique, le ministère délégué à la Cohésion sociale multiplie depuis un certain temps les sorties et les rencontres sur le terrain avec des personnes ressources et des chefs coutumiers et religieux autour de la recherche d’une véritable voie en vue de réaliser la réconciliation. Bazoumboué Léandre Bassolé, le président du Haut conseil pour la réconciliation et l’unité nationale (HCRUN) et les membres de son conseil font actuellement le tour des chefferies coutumières pour recueillir les avis des chefs dans la même dynamique d’assurer la réconciliation dans un proche futur. Certainement avec un modèle propre au Burkina Faso. Que cela soit !

Mais la question qu’on peut légitimement se poser est celle de savoir pourquoi maintenant, à l’orée des élections législatives et de la présidentielle ? Pourquoi maintenant, à la fin du mandat du président Kaboré ? Est-ce maintenant qu’on se rend compte que sans la réconciliation, la lutte contre le terrorisme sera vaine ? Même s’il convient de saluer ce revirement qui peut être la preuve qu’on a enfin compris, il faut aussi convenir avec certains observateurs que lier la nécessité de la réconciliation à la réussite des législatives (puis après les municipales) et non à la présidentielle est un pur calcul politique.

De nombreux députés et conseillers municipaux (élus maires ou non) sont convaincus que si on va aux législatives et aux municipales dans le contexte tel qu’il est actuellement, ils ne seront plus réélus.  D’abord leurs partis politiques ne les aligneront pas ; au cas contraire ils seront battus sur le terrain. Les partis politiques de la majorité sont bien conscients de cette situation. Aussi, prendre un peu de temps et revoir les calculs politiques peut bien servir. Malheureusement pour eux, les acteurs ont dit niet.

Revenant à la réconciliation nationale, on peut dire que si la volonté politique y avait été, elle aurait été déjà enclenchée. En tout cas, ce ne sont pas les initiatives qui ont manqué. Surtout dans l’opposition politique et au sein de certains acteurs de la société civile. Malheureusement en politique, quand on est au pouvoir, on pense que tout doit venir de soi.

En effet, la réconciliation nationale nécessite l’adhésion de tous. Autrement, quand on parle de réconciliation, cela veut dire qu’il y a au moins deux personnes ou deux camps à réconcilier. Ceux vers qui on va actuellement sont certes concernés par la réconciliation, mais ils ne sont pas forcément ceux qu’il faut réconcilier. A moins que le triptyque vérité-justice-réconciliation nationale ne soit pas le meilleur moyen d’y parvenir, notamment dans son volet justice où entre la justice classique et la justice transitionnelle, les avis sont partagés.

Dabaoué Audrianne KANI

 

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